06.03.2008
Le taux de chômage et son halo
Le fétichisme des chiffes et la sous-culture journalistique servent la communication gouvernementale à quelques jours des élections municipales.
Le chômage a diminué entre 2006 et 2007. Ce fait n'est pas contestable puisque la diminution du nombre des demandeurs d'emploi ( -0,8 %) est corroborée par le nombre de création d'emplois ( + 340.000), par la diminution (-0, 6%) du pourcentage des "presque chômeurs" (personnes qui souhaitent travailler mais qui n'ont pas encore effectué la démarche ou qui ne sont pas disponibles dans les deux semaines); enfin le taux d'activité, qui est une mesure plus sérieuse du niveau de l'emploi, a augmenté de 0,4% en un an,.
Mais cette évolution positive, soulignée par la ministre de l'économie et amplifié par les médias, est "bémolisée" par un halo qui est pour ainsi dire gommé de l'actualité pré-électorale.
Le sous-emploi augmente. Le sous-emploi mesure le nombre de personnes qui ne sont pas au chômage mais qui souhaitent travailler plus. Ce sont, en général, des emplois à temps partiel. Ce sous-emploi augmente de 0,3% en un an.
Il y avait moins de chômeurs à la fin de 2007 qu'à la fin de 2006 parce que certains d'entre eux sont devenus des travailleurs pauvres.
Deux remarques:
1 - Du point de vue de la considération sociale et des possibilités de réinsertion, il vaut sans doute mieux être "travailleur pauvre" que chômeur voué à l'assistanat.
2 - Du point de vue économique, l'augmentation du pourcentage de travailleurs pauvres freine la consommation et ne contribue donc pas à soutenir la croissance économique.
SOURCE: INSEE
13:10 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08.11.2007
La pauvreté fait baisser la courbe du chômage
La version électronique du journal "Le Monde" daté du 7 novembre a trouvé dans un interminable compte-rendu d'obscurs travaux parlementaires la confirmation officielle d'un soupçon récurrent: les statistiques du chômage sont manipulées. Jamais le cynisme de cette manipulation (*) n'avait été révélé de manière aussi concise, en une seule phrase.
Cette confirmation se situe à la fin d'un très long procès-verbal qui transcrit mot à mot les réponses des membres du gouvernement aux questions des députés membres de la Commission des Finances et des Affaires sociales. Ces élus s'intéressent en ce moment, loin de l'actualité médiatique, aux dépenses de l'Etat dans le cadre de l'examen du projet de loi de Finances pour 2008. Dans son avant-dernière réponse, Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives déclare textuellement ceci: "Effectivement, si la moitié seulement des allocataires du RMI sont inscrits à l’ANPE, c’est aussi qu’on leur demande de ne pas s’y inscrire pour ne pas alourdir les statistiques."
Dans cette logique, les gouvernements ont objectivement intérêt à favoriser un assistanat qui leur permet de s'attribuer des succès apparents dans la lutte contre le chômage. La "lutte" contre le chômage consisterait, en somme, à faire basculer le plus grand nombre possible de jeunes sans qualification, de femmes seules et de salariés âgés dans la pauvreté afin que des ministres puissent venir se rengorger chaque mois à la télévision quand les tombent "les bons résultats de l'emploi".
La pauvreté progresse mais elle n'est pas rendue perceptible sous la forme de statistiques que les politiques agitent comme des quolifichets fétichistes. Les dépenses publiques d'aides à la survie des exclus explosent - triplement en quelques années des dépenses sociales des départements - mais les sommes exhibées permettent aux gouvernements de "montrer" qu'ils font "du social" (à la manière des dames patronesses qui donnent ostensiblement une pièce aux miséreux le dimanche à la sortie de la grand messe). Les dépenses sociales qui augmentent contribuent à l'accroissement de la dette au même titre que les allègements d'impôts consentis aux contribuables les plus aisés.
(*) Un directeur de l'INSEE a été récemment et discrètement limogé pour avoir, pendant la campagne électorale, résisté aux arguments de l'actuel président de la République sur la présentation statistique du marché du travail.
Source: Assemblée nationale via "Le Monde électronique"
12:20 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, RMI, chômage, travaux parlementaires, commission des finances, Martin Hirsch, projet de loi de finances
09.10.2007
Syndicats: financement, représentativité et instrumentalisation
La possibilité qu'un dirigeant de la principale organisation patronale pourrait avoir financé des syndicats de manière occulte n'a rien d'étonnant. Les organisations qui prétendent représenter les salariés n'ont pratiquement pas d'ahérents. Ils sont donc forcément subventionnés, officiellement et officieusement.
A l'origine de cette exception française en forme d'imposture, la Charte d'Amiens (dont personne n'a osé célébrer le centenaire) qui proscrit toute collaboration donc tout compromis, avec les possédants et leurs représentants politiques. Parmi les anarchistes qui ont manipulé le congrès fondateur du syndicalisme français tel qu'il perdure figuraient des indicateurs de police. Tout ceci est raconté dans un excellent livre de Dominique Labbé, chercheur à Grenoble.
Le résultat de cette tare originelle est que, focalisé sur le mythe du Grand Soir, le syndicalisme français n'a jamais su donner aux salariés des raisons solides et durables de se syndiquer. Les syndicats d'Europe du Nord ne se contentent pas de revendiquer et de menacer: ils offrent de multiples services professionnels aux salariés. Ils sont appréciés, représentatifs et puissants. Ils savent conclure des compromis intelligents et engager, éventuellement, des épreuves de force.
En France, seules les corporations qui sont en mesure de paralyser le pays (cheminots, agents de la RATP, contrôleurs aériens) ont la capacité à faire plier le patronat ou le pouvoir politique. Les autres participent à une parodie de relations sociales.
Dominique Labbé vient d'établir (1), avec d'autres chercheurs, que le taux de syndicalisation ne dépasse pas 7,2% du salariat, soit 1.800 000 adhérents dont 200 000 retraités. Quel que soit le montant de la cotisation par adhérent, il est évident que le produit total de cette ressource ne peut pas faire vivre les nombreuses organisations si peu représentatives. Même en y ajoutant les subsides publics aux associations, le compte n'y est pas. D'où les perquisitions policières dans les locaux de certains comités d'entreprise ou chez le président d'une puissante fédération patronale.
Le mode de financement des syndicats et surtout ses troubles canalisations déterminent l'instrumentalisation de quelques leaders. Le rôle qui leur est assigné par ceux qui les financent consiste à se répandre dans les médias afin de "faire comme si" les salariés avaient des représentants capables de faire fléchir les patrons et le gouvernement . Il n'en est évidemment rien. Cependant, le spectacle scénarisé de la confrontation sociale permet aux pouvoirs établis de produire un dérivatif en forme de simulacre. Le simulacre de la confrontation sociale permet aux leaders syndicaux qui s'y prêtent de faire croire qu'ils sont légitimes.
(1) On retrouve des traces du travail de Dominique Labbé dans ce document, notamment pages 7 et 8
19:40 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Syndicats, financement, représentativité, Charte d'Amiens, légitimité
05.10.2007
L'horreur bureaucratique des heures supplémentaires
Mesure emblématique du "choc fiscal de confiance" recherché par l'actuel président de la République, la détaxation des heures supplémentaires va plonger les chefs d'entreprise et leur directeurs des ressources humaines dans l'horreur bureaucratique. La voici résumée en six points, parmi d'autres :
1 - Les employeurs sont tenus de déclarer à l'Inspection du Travail le nombre d'heures supplémentaires qu'ils comptent utiliser dans l'année.
2 - Les employeurs sont tenus de créer et de mettre à jour une fiche mensuelle d'heure supplémentaires pour chacun de leurs salariés. Cette fiche individuelle d'heures supplémentaires devra être signée chaque mois par chaque salarié.
3 - Toutes les feuilles de salaires doivent désormais comporter quatre lignes supplémentaires:
A - heures supplémentaires
B - heures supplémentaires défiscalisables
C - heures supplémentaires soumises à la CSG ou pas
D - heures supplémentaires sousmises à la CRDS ou pas
Les logiciels de paie doivent être reconfigurés dans toutes les entreprises.
4 - Petite arnaque en passant: contrairement à la plupart des lois sociales, celle qui défiscalise les heures supplémentaires n'est pas supérieure aux conventions collectives. Concrètement, si une convention collective prévoit une augmentation inférieure à 25% des heures supplémentaires, les salariés concernés par cette convention collective ne bénéficieront pas des avantages de la loi. (Inégalité devant la loi: c'est un cas de saisine du Conseil Constitutionnel).
5 - Autre arnaque: les heures complémentaires des temps partiels ne peuvent pas dépasser 10% du temps de travail, selon la nouvelle loi. Problème, dans la convention collective de la restauration rapide, les heures complémentaires des salariés à temps partiel peuvent atteindre un tiers du temps de travail.
6 - Gros mensonge sur le slogan : "Travailler plus pour gagner plus". La nouvelle loi prévoit que les heures supplémentaires pourront être payées en repos compensateurs. Principales victimes, les cadres seront priés de travailler davantage sans gagner plus et ils seront suffisamment culpabilisés pour ne pas oser demander leurs repos compensateurs.
19:20 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Heures supplémentaires, horreur bureaucratique, fiches mensuelles, Inspection du Travail, repos compensateurs, temps partiel, heures complémentaires
27.09.2007
20 CDD en un an pour les séniors
Le 9 mars 2006, la CFDT, la CGC-CFE et la CFTC signaient avec le MEDEF un accord sur l'emploi qui comporte notamment le CDD Séniors.
Un décret du 29 août 2006 transformait cet accord contractuel en possibilité légale:
Les salariés de plus de cinquante sept ans et sans emploi depuis au moins trois mois peuvent être embauchés dans le cadre d'un CDD de 18 mois renouvelable une fois.
Un an après la mise au point du compromis entériné par l'Etat, on dénombre difficilement 20 CDD Séniors.
Quatre remarques:
1 - Les accords sans intervention de l'Etat entre le patronat et des syndicats sont rares.
2 - La rapidité avec laquelle l'administration a publié le décret d'application est exceptionnelle.
3 - Si le MEDEF signe un accord qui n'est appliqué ni par les branches professionnelles ni par les entreprises, la représentativité de l'organisation patronale pose un problème.
4 - L'actuel président de la République est très éloigné des réalités quand il proclame sa "volonté" de réhabiliter le travail en général et le travail des séniors en particulier. La réalité est que les entreprises "ne veulent plus" des salariés âgés; elles préfèrent les jeunes salariés précarisés qui leur coûtent deux fois moins cher.
20:05 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : CDD Séniors, travail, accord sur l'emploi, MEDEF, CFDT, CGC-CFE, CFTC
11.09.2007
Productivités comparées
Les salariés américains sont les plus productifs du monde et continuent à prendre de l'avance sur les salariés des autres pays développés. C'est le double constat du Bureau International du Travail.
Avec 63 885 dollars de valeur ajoutée par personne en 2006, les États-Unis sont suivis de très loin par l’Irlande (55 986 US$), le Luxembourg (55 641 US$), la Belgique (55 235 US$) et la France (54 609 US$).
Le Bureau International du Travail rappelle que "la hausse de la productivité résulte principalement du fait que les entreprises combinent mieux capital, travail et technologie."
Et d'ajouter: " Un manque d’investissement dans les ressources humaines (formation et qualification) et dans les équipements et les technologies peut conduire à une sous-utilisation du potentiel de la main-d’œuvre."
Le triple retard français dans l'organisation du travail, dans les investissements et dans le recours aux technologies innovantes constitue sans doute le lien explicatif entre le niveau élevé du chômage et la faible productivité des salariés dans l'Hexagone.
13:40 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : productivité, salariés français, travail, investissements, technologies, ressources humaines, formation









