09.10.2007
Syndicats: financement, représentativité et instrumentalisation
La possibilité qu'un dirigeant de la principale organisation patronale pourrait avoir financé des syndicats de manière occulte n'a rien d'étonnant. Les organisations qui prétendent représenter les salariés n'ont pratiquement pas d'ahérents. Ils sont donc forcément subventionnés, officiellement et officieusement.
A l'origine de cette exception française en forme d'imposture, la Charte d'Amiens (dont personne n'a osé célébrer le centenaire) qui proscrit toute collaboration donc tout compromis, avec les possédants et leurs représentants politiques. Parmi les anarchistes qui ont manipulé le congrès fondateur du syndicalisme français tel qu'il perdure figuraient des indicateurs de police. Tout ceci est raconté dans un excellent livre de Dominique Labbé, chercheur à Grenoble.
Le résultat de cette tare originelle est que, focalisé sur le mythe du Grand Soir, le syndicalisme français n'a jamais su donner aux salariés des raisons solides et durables de se syndiquer. Les syndicats d'Europe du Nord ne se contentent pas de revendiquer et de menacer: ils offrent de multiples services professionnels aux salariés. Ils sont appréciés, représentatifs et puissants. Ils savent conclure des compromis intelligents et engager, éventuellement, des épreuves de force.
En France, seules les corporations qui sont en mesure de paralyser le pays (cheminots, agents de la RATP, contrôleurs aériens) ont la capacité à faire plier le patronat ou le pouvoir politique. Les autres participent à une parodie de relations sociales.
Dominique Labbé vient d'établir (1), avec d'autres chercheurs, que le taux de syndicalisation ne dépasse pas 7,2% du salariat, soit 1.800 000 adhérents dont 200 000 retraités. Quel que soit le montant de la cotisation par adhérent, il est évident que le produit total de cette ressource ne peut pas faire vivre les nombreuses organisations si peu représentatives. Même en y ajoutant les subsides publics aux associations, le compte n'y est pas. D'où les perquisitions policières dans les locaux de certains comités d'entreprise ou chez le président d'une puissante fédération patronale.
Le mode de financement des syndicats et surtout ses troubles canalisations déterminent l'instrumentalisation de quelques leaders. Le rôle qui leur est assigné par ceux qui les financent consiste à se répandre dans les médias afin de "faire comme si" les salariés avaient des représentants capables de faire fléchir les patrons et le gouvernement . Il n'en est évidemment rien. Cependant, le spectacle scénarisé de la confrontation sociale permet aux pouvoirs établis de produire un dérivatif en forme de simulacre. Le simulacre de la confrontation sociale permet aux leaders syndicaux qui s'y prêtent de faire croire qu'ils sont légitimes.
(1) On retrouve des traces du travail de Dominique Labbé dans ce document, notamment pages 7 et 8
19:40 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Syndicats, financement, représentativité, Charte d'Amiens, légitimité









