08.02.2008
Le MEDEF désavoue Sarkozy
Dans son rapport "Cartes sur table" qui expose chaque année le diagnostic patronal sur l'état de l'économie, le MEDEF condamne implicitement les orientations économiques de l'actuel chef de l'Etat.
En se définissant comme "le président du pouvoir d'achat", Nicolas Sarkozy s'inscrivait dans la longue tradition politicienne - de Chirac 1975 à Mitterrand 1981 - de stimulation de la croissance par la consommation intérieure.
A cette politique "de la demande" , qui privilègie la capacité des ménages à consommer, s'oppose "la politique de l'offre" qui met l'accent sur l'aptitude des entreprises à proposer des produits et des services. C'est la politique de l'offre, que le MEDEF défend dans son rapport annuel.
L'organisation patronale et l'actuel chef de l'Etat sont d'accord sur l'objectif: augmenter le rythme de création de richesses. Ils divergent gravement sur les moyens.
Pour augmenter le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy aggrave les déficits publics et accroît l'endettement national. (Un Etat ne peut pas être déclaré en faillite, mais il est limité dans ses moyens d'action par le poids budgétaire du remboursement de la dette et par les pressions européennes qu'exercent la Commission de Bruxelles et la Banque Centrale. )L'entrave de l'endettement interdit à la puissance publique toute initiative susceptible d'encourager l'innovation et les exportations, moteurs d'une politique de l'offre.
Selon le MEDEF, une croissance annuelle de 2% réduirait les déficits publics de moitié en cinq ans. Une croissance de 2,5% redonnerait à l'Etat de puissants moyens d'action en effaçant complètement la charge de la dette en cinq ans. A condition, bien sûr, que l'actuel chef de l'Etat cesse de promettre des dépenses nouvelles toutes les semaines pour essayer de redresser sa courbe de popularité dans les sondages d'opinion.
Ce que l'organisation patronale s'abstient d'expliquer, c'est la raison pour laquelle les entreprises françaises sont incapables de s'engager dans une politique de l'offre sans le soutien de l'Etat. (Voir ma note du 7 février sur le déficit commercial de la France). En effet, si la demande de produits industriels a augmenté de 11% entre 2000 et 2007 et si l'offre française de produits industriels n'a augmenté que de 4,5 % au cours de la même période, c'est bien parce que les entreprises françaises n'offrent pas les produits que les consommateurs français achètent à l'étranger - automobiles de nouvelle génération, ordinateurs, téléviseurs à écrans plats, appareils numériques de toutes sortes - d'où la hausse de 36% des importations au cours des sept dernières années.
Le diagnostic du MEDEF "sonne" juste. Il est plus conforme à la réalité de la mondialisation économique que le comportement de plus en plus irrationnel de l'actuel chef de l'Etat. Le problème est que le MEDEF a ouvertement appelé à voter pour un homme qui pratique de manière brouillonne une politique contraire à celle qui motivait ce soutien.
Il y a décidément un gros problème de discernement au sein des élites françaises. Et si les élites manquent de discernement, elles ne méritent plus d'être traitées comme telles.
SOURCE: "Le Figaro"
12:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MEDEF, Sarkozy, offre, demande, croissance, déficits, endettement
26.09.2007
Le pari hasardeux du budget 2008
Au-delà des réductions d'effectifs dans la fonction publique, l'équilibre général du projet de budget pour 2008 est affecté par un manque à gagner de 15 milliards dans les recettes de l'Etat. Cette amputation a été exigée par le président de la République, initiateur d'allègements fiscaux susceptibles selon lui de stimuler la croissance de l'économie française.
Il y a donc, au sommet de l'Exécutif, le pari que 15 milliards enlevés à la puissance publique pour être distribués à une partie de la consommation privée vont donner à la France le point de croissance qui lui manque et qui en fait un pays retardaire au sein de l'Union européenne.
La pertinence de ce pari est cependant limitée par les conséquences d'une aggravation des déficits publics et de l'endettement national. La France est en effet menacée d'une sanction sans précédent depuis l'adoption du Traité de Maastricht: une "recommandation politique" émise par Bruxelles et qui n'est rien d'autre qu'une remontrance. C'est le début d'une procédure de sanction communautaire qui n'a jamais été engagée contre aucun pays membre jusqu'à présent. La France ne peut pas prendre le risque d'être stigmatisée de cette manière au moment où elle va assumer son tour de présidence de l'Union.
Pour exorciser cette possibilité d'humiliation, le gouvernement parie que la croissance lui rapportera l'an prochain 18 milliards de recettes spontanées, sans augmentation des taux de prélévements obligatoires. Le calcul est le suivant: 18 milliards de recettes spontanées - 15 milliards d'allègements fiscaux = 3 milliards pour réduire le déficit et donner un signe de bonne volonté à Bruxelles.
Or, les recettes spontanées ont été dès juillet dernier, inférieures de 3 milliards à ce qui était attendu cette année. C'était avant la crise boursière, qui va affecter les comptes des banques en décembre. Si la crise boursière touche l'économie réelle en 2008, le rendement de l'impôt sur les sociétés, de la TVA et de l'impôt sur le revenu ne sera pas à la hauteur des attentes gouvernementales. Le pari des 18 milliards spontanés sera perdu.
Le président de la République a pris le risque de diminuer artificiellement les ressources de l'Etat alors qu'elles vont probablement stagner ou baisser en raison de la conjoncture générale. Autrement dit, les 15 milliards d'allègements fiscaux ne produiront probablement pas le fameux point de croissance que "veut" le chef de l'Etat. Ils pourraient creuser le déficit public et aggraver l'endettement national.
19:55 Publié dans Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : budget 2008, allègements fiscaux, recettes, croissance, économie, consommation, déficits
24.09.2007
Assurance maladie: un peu de franchise
Lorsqu'il a annoncé pour la première fois l'instauration de moindres remboursements par l'Assurance maladie de dépenses médicales et pharmaceutiques, l'actuel président de la République a d'abord affirmé qu'il s'agissait de "responsabiliser les assurés sociaux."
Puis il s'est ravisé et il a invoqué une motivation compassionnelle, la maladie d'Alzheimer. Personne ne peut refuser d'être un peu moins remboursé, c'est à dire de dépenser un peu plus, pour aider les malades et leurs familles.
Enfin, ses collaborateurs viennent d'avouer que le déficit croissant des finances de la Protection sociale est la véritable raison de ces moindres remboursements. Ce qui signifie que la maladie d'Alzheimer n'était qu'un prétexte pour infliger une nouvelle ponction financière aux assurés.
Inventer une raison compassionnelle pour justifier un prélèvement est une vieille lâcheté politique. Paul Ramadier avait justifié l'instauration d'un impôt sur l'automobile - la vignette aujourd'hui disparue - par l'état de misère dans lequel se trouvaient certaines personnes âgées à la fin des années cinquante du siècle dernier. Il est troublant de constater que de Paul Ramadier à Nicolas Sarkozy, les mêmes émotions morbides sont activées pour "faire passer" des mesures iniques. Car la fameuse "vignette" a, en réalité, contribué au financement de la guerre d'Algérie. Comme la "franchise" servira notamment à améliorer le sort des médecins libéraux tout en faisant croire que le gouvernement lutte contre les déficits.
La vérité est que, de déficits creusés en petits prélèvements inefficaces, c'est vers une privatisation partielle de l'assurance maladie que s'oriente le gouvernement. Il s'agit de mettre à la disposition des compagnies d'assurances l'énorme clientèle captive de Français vieillissants, donc fragilisés, donc obligés de souscrire des contrats pour compléter les remboursements,de plus en plus chétifs, de la Sécurité sociale.
Les Français sont ainsi poussés à admettre qu'ils devront se tourner vers l'assurance privée s'ils veulent éviter de connaître le sort de 47 millions d'Américains sans couverture sociale. Mais, bien sûr, s'ils ont les moyens de ne pas subir cette rupture sournoise du pacte républicain.
19:45 Publié dans Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franchises médicales, assurance maladie, dépenses pharmaceutiques, assurés sociaux, maladie d'Alzheimer, déficits, protection sociale









