08.02.2008
Le MEDEF désavoue Sarkozy
Dans son rapport "Cartes sur table" qui expose chaque année le diagnostic patronal sur l'état de l'économie, le MEDEF condamne implicitement les orientations économiques de l'actuel chef de l'Etat.
En se définissant comme "le président du pouvoir d'achat", Nicolas Sarkozy s'inscrivait dans la longue tradition politicienne - de Chirac 1975 à Mitterrand 1981 - de stimulation de la croissance par la consommation intérieure.
A cette politique "de la demande" , qui privilègie la capacité des ménages à consommer, s'oppose "la politique de l'offre" qui met l'accent sur l'aptitude des entreprises à proposer des produits et des services. C'est la politique de l'offre, que le MEDEF défend dans son rapport annuel.
L'organisation patronale et l'actuel chef de l'Etat sont d'accord sur l'objectif: augmenter le rythme de création de richesses. Ils divergent gravement sur les moyens.
Pour augmenter le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy aggrave les déficits publics et accroît l'endettement national. (Un Etat ne peut pas être déclaré en faillite, mais il est limité dans ses moyens d'action par le poids budgétaire du remboursement de la dette et par les pressions européennes qu'exercent la Commission de Bruxelles et la Banque Centrale. )L'entrave de l'endettement interdit à la puissance publique toute initiative susceptible d'encourager l'innovation et les exportations, moteurs d'une politique de l'offre.
Selon le MEDEF, une croissance annuelle de 2% réduirait les déficits publics de moitié en cinq ans. Une croissance de 2,5% redonnerait à l'Etat de puissants moyens d'action en effaçant complètement la charge de la dette en cinq ans. A condition, bien sûr, que l'actuel chef de l'Etat cesse de promettre des dépenses nouvelles toutes les semaines pour essayer de redresser sa courbe de popularité dans les sondages d'opinion.
Ce que l'organisation patronale s'abstient d'expliquer, c'est la raison pour laquelle les entreprises françaises sont incapables de s'engager dans une politique de l'offre sans le soutien de l'Etat. (Voir ma note du 7 février sur le déficit commercial de la France). En effet, si la demande de produits industriels a augmenté de 11% entre 2000 et 2007 et si l'offre française de produits industriels n'a augmenté que de 4,5 % au cours de la même période, c'est bien parce que les entreprises françaises n'offrent pas les produits que les consommateurs français achètent à l'étranger - automobiles de nouvelle génération, ordinateurs, téléviseurs à écrans plats, appareils numériques de toutes sortes - d'où la hausse de 36% des importations au cours des sept dernières années.
Le diagnostic du MEDEF "sonne" juste. Il est plus conforme à la réalité de la mondialisation économique que le comportement de plus en plus irrationnel de l'actuel chef de l'Etat. Le problème est que le MEDEF a ouvertement appelé à voter pour un homme qui pratique de manière brouillonne une politique contraire à celle qui motivait ce soutien.
Il y a décidément un gros problème de discernement au sein des élites françaises. Et si les élites manquent de discernement, elles ne méritent plus d'être traitées comme telles.
SOURCE: "Le Figaro"
12:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MEDEF, Sarkozy, offre, demande, croissance, déficits, endettement
08.01.2008
Nicolas Sarkozy refait le monde
La conférence de presse du président de la République a permis d'apprendre, que dans le seul domaine de l'économie, Nicolas Sarkozy veut, en 2008, abroger les lois Aubry sur les 35 heures, modifier les instruments de mesure de la croissance française, étendre la participation et l'intéressement à toutes les entreprises, réformer le mode de distribution des stock options, modifier le statut de la Caisse des Dépôts et Consignations pour en faire l'instrument d'une politique de défense et de promotion des intérêts économiques de la France, créer une taxe sur les recettes publicitaires des chaînes de télévision privées ainsi qu'une taxe sur les connexions internet et sur la téléphonie mobile, réformer le mode de distribution de la presse écrite, réformer le Fonds Monétaire International ainsi que la Banque mondiale, réformer la gouvernance des hôpitaux français, lancer dix projets de rénovation universitaire, réformer l'enseignement primaire, réformer les relations entre Paris et ses banlieues.
Nicolas Sarkozy a oublié la réforme de la mondialisation et surtout la réforme de l'économie elle-même.
16:00 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, conférence de presse, économie, 35 heures, lois Aubry, croissance, participation
22.12.2007
Encore une relance ratée
La relance économique ratée est une spécialité française. Jacques Chirac avait signé en 1975 un échec magistral. La gauche en avait essuyé un autre en 1984. Tout incite à penser que la relance à double détente de Nicolas Sarkozy (heures supplémentaires en octobre 2007 puis RTT monétisée en janvier 2008) connaîtra le même sort. Cette persistance dans l'erreur est due à l'aveuglement que provoque le volontarisme politique.
Cet aveuglement conduit parfois à soumettre la politique économique aux inavouables visées clientélistes d'une échéance électorale. Il peut aussi résulter d'une approche théorique fallacieuse (libéralisme = moins d'impôts) qui contrarie et aggrave la mauvaise conception d'une stratégie keynésienne (1). C'est le cas en ce moment.
La France sort affaiblie du dernier cycle de croissance
Le graphique simplifié ci-dessous montre les quatre cycles économiques qui se sont succédés depuis 1980. En vert, les périodes de croissance. En rouge, les périodes de ralentissement ou de récession. Le creux de 1984 est la conséquence des erreurs commises par la gauche en 1981. Celui de 1993 est la conséquence différée de la première Guerre du Golfe en 1991. Celui de 2001 est évidemment lié aux évènements du 11 septembre avec les prolongements de la guerre en Irak jusqu'en 2003.

Le dernier cycle de croissance a culminé en 2006. La France n'en a pas profité pour adapter ses structures économiques aux nouvelles conditions mondiales de croissance pour une nation avancée: effort de recherche, offre améliorée de produits et de services innovants, développement de grosses PME performantes, recherche de marchés porteurs dans puissances émergentes. Elle a en outre négligé de constituer une réserve budgétaire pour enclencher une relance économique au moment du ralentissement, c'est à dire à partir de maintenant et durant les premiers mois de 2008 qui s'annoncent baissiers. L'économie française sort donc doublement affaiblie du dernier cycle de croissance: elle ne s'est pas réformée quand les circonstances le permettaient; elle a gaspillé les atouts qui lui auraient permis de relancer pour réaliser tardivement des réformes socialement difficiles. C'est l'héritage de douze ans de chiraquisme avec le concours de l'actuel président de la République.
Nicolas Sarkozy a préparé lui-même son échec
Pour essayer de rattraper le temps perdu - dont il a été co-responsable en tant que ministre de l'Economie - Nicolas Sarkozy déploie une stratégie qui vise à compenser les inconvénients de réformes drastiques par l'euphorie d'une croissance stimulée. Dans cette stratégie, la baisse du chômage et hausse du pouvoir d'achat sont censées "faire passer" la dislocation du Code du Travail et l'amputation des services publics.
Le problème est qu'en procédant aux baisses d'impôts voulues par Jacques Chirac depuis 2002, et en en imposant de nouvelles cet été à son gouvernement assez réticient, Nicolas Sarkozy a lui-même préparé son probable échec. A cause des allègements fiscaux, la part du salaire dans le revenu disponible brut est tombée très en-dessous de la moyenne européenne. Le salaire contribue peu à la consommation qui soutient la croissance. C'est la flèche verte en déclin dans le graphique. Si la Droite n'avait pas alourdi la dette par des allègements d'impôts qui étaient injustifiés en période de croissance, le gouvernement actuel disposerait de marges budgétaires pour faire en sorte que la flèche verte se redresse et soutienne l'activité économique déclinante. Faute d'une relance à la hauteur d'une fin de cycle, la croissance française va probablement fléchir de 1,8 % cette année à 1,5% l'an prochain.
La diminution de la part des salaires dans le Revenu Disponible Brut est une des faiblesses structurelles françaises, que Nicolas Sarkozy essaie de masquer en demandant aux entreprises qui le peuvent de racheter les RTT de leurs employés. Initiative contrariée, comme la détaxation des heures supplémentaires, par la hausse du pétrole, celle des matières premières et la baisse du dollar. C'est la flèche rouge qui regroupent les contraintes extérieures: elles accentuent le ralentissement de l'activité. La consommation diminue, les exportations aussi et Nicolas Sarkozy a épuisé d'emblée les faibles possibilités budgétaires dont son gouvernement disposait encore.
(1) Très schématiquement: la théorie libérale recommande de baisser les impôts afin de permettre aux acteurs les plus dynamiques d'innover et de créer de l'offre de produits et de services à haute valeur ajoutée; la théorie keynésienne recommande à la puissance publique de stimuler financièrement la demande (c'est à dire la consommation) quand la croissance ralentit.
17:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : relance, politiciens, Jacques Chirac, volontarisme, croissance, échec, Nicolas Sarkozy
10.12.2007
Sarkozy envoie les entreprises à la recherche du point de croissance qu'il n'a pas trouvé
Christine Lagarde est une ministre de l'Economie respectable en raison d'une honnêteté intellectuelle difficile à maintenir compte tenu des gens qui sont "au-dessus" d'elle. Après avoir été humiliée pour avoir annoncé une rigueur budgétaire dont son employeur ne veut pas entendre parler, elle vient de ridiculiser Nicolas Sarkozy: "Toutes les mesures prises depuis l'été pour relancer le pouvoir d'achat devraient rapporter 0,3% de croissance en 2008" a-t-elle benoîtement déclaré.
Ainsi, le mouvement de menton rageur avec maxiliaires serrées à s'en briser les molaires, sourcils relevés, froncements de sourcils et petits poings serrés pour éructer: " J'irai chercher le point de croissance qui nous manque !", ne rapporterait officiellement et à priori qu'un tiers de point de croissance.
Entre 15 et 20 milliards de dépenses pour un tiers de point, c'est un minable retour sur investissement.
D'autant plus minable que le trépignant "volontariste" de l'Elysée renonce à aller chercher lui-même le point de croissance qui nous manque. Il envoie les entreprises chercher le petit tiers de point qu'il n'a pas su trouver tout seul.
Christine Lagarde a la pudeur de ne pas se demander comment les entreprises vont grappiller le 0,3 % sachant que tout gain de pouvoir d'achat peut être soit épargné, soit dépensé. D'après la ministre de l'Economie, le gain de pouvoir d'achat provenant de 15 à 20 milliards de dépenses (ou manque à gagner) publiques équivaudrait à un mois de salaire pour tous les salariés. Elle ne dit pas que quel salaire il s'agit mais acceptons cette quantification vague, floue et flottante afin pousser le raisonnement officiel jusqu'au bout de sa logique, c'est à dire jusqu'à l'absurdité macro-économique (1).
Tout gain de pouvoir d'achat se répartit entre l'épargne et la consommation. Au mieux, un tiers d'épargne et deux tiers de consommation. Mais plus de la moitié des dépense de consommation vont aux importations ( écrans plats, appareils photo numériques, etc...).
Le tiers de point de croissance que Nicolas Sarkozy ne cherche plus lui-même ne viendra pas, ou peu, des exportat françaises. Il viendra peut-être de la moitié des deux tiers du gain de pouvoir d'achat que le gouvernement espère octroyer en échange de 15 à 20 milliards de dépenses. En supposant une moyenne de 18 milliards de supplément de pouvoir d'achat, les deux tiers soit 12 milliards iraient à la consommation mais la moitié servirait à acheter des produits importés. Resteraient 6 milliards pour des produits français, donc pour la croissance.
C'est petit.
(1) Du point de vue de l'absurdité économique, Nicolas Sarkozy est l'héritier en ligne directe de Jacques Chirac qui, en 1975 alors qu'il était Premier ministre, avait déclenché le même type de relance; elle avait profité aux importations allemandes et la France avait dû dévaluer sa monnaie. La seule différence entre les deux absurdités est qu'aujourd'hui le disciple de Jacques Chirac ne peut pas dévaluer l'euro.
Source
13:10 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Christine Lagarde, ministre de l'Economie, rigueur budgétaire, Nicolas Sarkozy, pouvoir d'achat, croissance, entreprises
23.10.2007
Le projet présidentiel devient illisible
Moins de six mois après l'élection d'un nouveau président de la République, il devient de plus en plus difficile de définir le projet qui anime l'Exécutif.
Les causes de ce brouillage sont au nombre de quatre:
1 - Trop d'engagements simplistes, idéologiques et mal préparés pendant la campagne. Exemple: le slogan "travailler plus pour gagner plus" transformé en détaxation des heures supplémentaires. Avant la mise en oeuvre, 94 % des chefs d'entreprise affirmaient qu'ils allaient utiliser ce dispositif; après la mise en oeuvre le 1er octobre, 85 % des chefs d'entreprise déclarent qu'ils n'utiliseront pas ce système, bien trop compliqué. (Source: Centre des Jeunes Dirigeants, ce mardi sur France Info).
2 - Trop de groupes de travail, commissions, rapports et négociations et conférences dont les recommandations s'avèrent incompatibles. Exemple: la commission Attali sur les freins à la croissance propose des solutions, comme l'abandon du principe de précaution, que la conférence baptisée "Grenelle de l'Environnement" ne peut accepter. Constitués à seule fin de troubler l'opinion en recrutant des gens de l'opposition, ces commissions prolongent inutilement le débat national qui a eu lieu avant l'élection. Le fait de se mettre à réfléchir de manière intensive après le débat national prouve que le candidat n'avait pas beaucoup réflechi avant et pendant la campagne électorale.
3 - Trop d'effets d'annonces "surmédiatisés". L'instauration d'un service minimum dans les transports publics a excité les médias au début de l'été. Au milieu de l'automne, les grèves à la SNCF et à la RATP se traduisent par des nuisances comparables à celles qui existaient avant qu'il soit question d'instaurer un service minium. Le résultat concret est hautement préjudiciable à la crédibilité de l'Exécutif.
4 - Trop d'intentions affichées et de décisions contradictoires et parfois absurdes. Exemple de contradiction: la conférence sur le pouvoir d'achat s'ouvre au moment où la loi de financement de la Sécurité sociale ponctionne, par les fameuses franchises, le pouvoir d'achat des plus vulnérables, les malades. Exemple d'absurdité: l'actuel président de la République a menacé, le 18 septembre dernier, de supprimer les allègements de charges sociales aux entreprises qui ne négocient pas suffisamment sur les salaires. C'est une absurdité doublée d'une belle hypocrisie: conditionner les allègements de charges sociales aux augmentations de salaires reviendrait à subventionner les salaires au détriment de la sécurité sociale puisque - voici l'hypocrisie - le gouvernement met beaucoup, vraiment beaucoup de temps, à rembourser à la Sécurité sociale le manque à gagner que représentent les allègements de charges.
Si l'on entend par "projet national" un ou deux objectifs prioritaires affectés d'un échéancier et des moyens à mettre en oeuvre, la France n'a plus de projet économique. Ni à droite, ni à gauche.
12:20 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : projet présidentiel, groupes de travail, commissions, rapports, conférences, négociations, croissance
28.09.2007
Chômage, croissance et erreur stratégique
En admettant que la hausse de 0,6% du taux de chômage en août soit dûe aux mauvaises conditions météorologiques qui auraient pénalisé les travailleurs intérimaires ( tourisme, hôtellerie), elle appelle quand même trois remarques:
1 - La baisse du chômage statistiquement constatée sans interruption depuis le milieu de l'année 2005 est plus fragile que ne le laissaient penser les chiffres sur les créations d'emplois (180 000) au premier semestre, sans parler des déclarations officielles.
2 - Impossible de ne pas comparer le rebond du chômage en France avec ce qui se passe en Allemagne où le taux de chômage a atteint son niveau le plus bas depuis 1993. La France crée moins d'emplois que l'Allemagne parce qu'elle importe plus qu'elle n'exporte. L'idée que la consommation des ménages français pourrait stimuler la croissance est donc fausse puisque si les Français consomment davantage de produits importés, ils stimulent la croissance, et donc l'emploi, dans les pays étrangers, dont l'Allemagne.
3 - Les deux remarques précédentes confortent le jugement selon lequel l'actuel président de la République commet deux erreurs majeures:
a) l'euro n'est pas responsable des difficultés françaises puisqu'avec la même monnaie, l'Allemagne affiche de meilleurs performances que la France. Le problème n'est donc pas l'euro mais la France. Or, en creusant les déficits et en agravant l'endettement public, la France de Nicolas Sarkozy oblige la BCE à renforcer sa vigilance contre l'inflation, ce qui revient à maintenir les taux élevés que la France dénonce.
b) l'actuel locataire de l'Elysée se trompe lourdement en croyant résoudre les problèmes français par des allègements fiscaux qui stimuleraient une demande intérieure, au demeurant très soutenue jusqu'à présent, mais dont profitent les importations. C'est l'offre de produits et services français qui fait défaut.
Rappel: à l'automne 1974, un Premier ministre nommé Jacques Chirac avait commis la même erreur que l'actuel président de la République en organisant une relance de la consommation qui avait essentiellement profité aux importations allemandes et japonaises. En 1981, la même erreur commise par la gauche - relance de la consommation au profit des productions étrangères - avait conduit un certan Michel Jobert, ministre du commerce extérieur, à bloquer les magnétoscopes importés du Japon. Il n' y a aucune rupture dans la politique imposée par Nicolas Sarkozy. Une parfaite continuité dans l'erreur.
19:20 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : croissance, chômage, France, Allemagne, importations, exportations, Chirac
26.09.2007
Le pari hasardeux du budget 2008
Au-delà des réductions d'effectifs dans la fonction publique, l'équilibre général du projet de budget pour 2008 est affecté par un manque à gagner de 15 milliards dans les recettes de l'Etat. Cette amputation a été exigée par le président de la République, initiateur d'allègements fiscaux susceptibles selon lui de stimuler la croissance de l'économie française.
Il y a donc, au sommet de l'Exécutif, le pari que 15 milliards enlevés à la puissance publique pour être distribués à une partie de la consommation privée vont donner à la France le point de croissance qui lui manque et qui en fait un pays retardaire au sein de l'Union européenne.
La pertinence de ce pari est cependant limitée par les conséquences d'une aggravation des déficits publics et de l'endettement national. La France est en effet menacée d'une sanction sans précédent depuis l'adoption du Traité de Maastricht: une "recommandation politique" émise par Bruxelles et qui n'est rien d'autre qu'une remontrance. C'est le début d'une procédure de sanction communautaire qui n'a jamais été engagée contre aucun pays membre jusqu'à présent. La France ne peut pas prendre le risque d'être stigmatisée de cette manière au moment où elle va assumer son tour de présidence de l'Union.
Pour exorciser cette possibilité d'humiliation, le gouvernement parie que la croissance lui rapportera l'an prochain 18 milliards de recettes spontanées, sans augmentation des taux de prélévements obligatoires. Le calcul est le suivant: 18 milliards de recettes spontanées - 15 milliards d'allègements fiscaux = 3 milliards pour réduire le déficit et donner un signe de bonne volonté à Bruxelles.
Or, les recettes spontanées ont été dès juillet dernier, inférieures de 3 milliards à ce qui était attendu cette année. C'était avant la crise boursière, qui va affecter les comptes des banques en décembre. Si la crise boursière touche l'économie réelle en 2008, le rendement de l'impôt sur les sociétés, de la TVA et de l'impôt sur le revenu ne sera pas à la hauteur des attentes gouvernementales. Le pari des 18 milliards spontanés sera perdu.
Le président de la République a pris le risque de diminuer artificiellement les ressources de l'Etat alors qu'elles vont probablement stagner ou baisser en raison de la conjoncture générale. Autrement dit, les 15 milliards d'allègements fiscaux ne produiront probablement pas le fameux point de croissance que "veut" le chef de l'Etat. Ils pourraient creuser le déficit public et aggraver l'endettement national.
19:55 Publié dans Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : budget 2008, allègements fiscaux, recettes, croissance, économie, consommation, déficits
18.09.2007
La Réserve fédérale baisse ses taux
La Réserve fédérale américaine a diminué son principal taux directeur d'un demi point de 5,25 % à 4,75 %, ce qui représente une baisse deux fois plus importantes que prévu.
L'autorité monétaire explique que l'inflation évolue de manière "modeste" mais que la crise boursière fait désormais peser des menaces sur l'économie réelle. Preuve que la situation est jugée sérieuse, la Réserve fédérale fait savoir qu'elle est prête à diminuer encore son taux directeur.
Quatre remarques:
1 - C'est la première fois depuis quatre ans que la Réserve fédérale baisse le coût de l'argent.
2 - Elle semble se rallier au point de vue de son ancien directeur Alan Greenspan qui prévoit une récession aux Etats-Unis.
3 - Le signal qu'elle vient de donner peut être interprété comme le fait que la situation est décidément très grave. Si les bilans prochainement publiés des grandes banques sont mauvais, la panique reprendra.
4 - La baisse des taux américains intervient au moment où l'euro bat tous ses records face au dollar; or, une baisse des taux américains signifie que le dollar va encore se déprécier, donc que l'euro va s'apprécier. C'est excellent pour compenser les hausses du pétrole payé en dollars. C'est très mauvais pour les exportations européennes, donc pour la croissance française.
21:45 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dollar, euro, croissance, Réserve fédérale, crise boursière, récession, exportations
05.09.2007
Croissance: volontarisme et réalités
Alors que le gouvernement maintient son objectif de croissance à 2,25 % pour 2007, l'OCDE révise ses prévisions à la baisse, de 2,2 à 1,8 %.
Tout repose maintenant sur le comportement des ménages au regard des allègements fiscaux décidés cet été. Si l'amélioration du pouvoir d'achat se maintient à + 3,2 %, les ménages ont le choix entre consommer et épargner.
Le choix de la consommation justifierait la relance keynésienne et démentirait, peut-être, les prévisions de l'OCDE. Pour qu'il en soit ainsi, il faudrait que la consommation progresse d'au moins 0,9% aux troisième et quatrième trimestres.
Le choix de l'épargne marquerait l'échec, pour 2007, du "choc de confiance" recherché par le président de la République. Toute hausse du taux d'épargne exprime en effet une crainte de l'avenir, ce qui est le contraire de la confiance. Le taux d'épargne remonte actuellement vers 16,5%, niveau inégalé depuis 2002.
Dans l'immédiat, les nouvelles prévisions de l'OCDE amplifient le décrochage ( 0,7% jusqu'à présent) de la croissance française par rapport à la moyenne européenne.
11:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : croissance, OCDE, consommation, ménages, épargne
02.09.2007
Coûts comparés des administrations publiques
Selon une étude commandée par l'association des petits entrepreneurs de Mestre, dans la région de Venise, le coût par citoyen de l'administration publique serait plus élevé en France que dans les pays européens comparables: 5765 euros par an et par citoyen.
L'administration italienne serait quasiment aussi onéreuse (5564 euros). L'Espagne serait le pays où la bureaucratie est la moins chère (3247), suivie par l'Allemagne (4115) et la Grande-Bretagne (5182). Ces résultats ont été obtenus à partir des données disponibles sur Eurostat.
La tentation est grande de vérifier les thèses libérales sur "les freins étatiques à la croissance" en regardant si les coûts moyens des administrations ont un rapport avec les niveaux d'activité économique. A première vue, c'est le cas puisque le pays où l'administration est la moins chère, l'Espagne, est aussi celui où la croissance est la plus forte (3,3%) tandis que la France est créditée de 2%. L'Allemagne (2,8%) est plus proche de l'Espagne dans la relation "Coût de l'administration/dynamisme économique" et, les mêmes "causes" semblant produire les mêmes effets, l'Italie est assez proche de la France avec une croissance de 1,9%. Au milieu du tableau, la Grande Bretagne est à 2,6% de croissance avec un coût administratif relativement élevé.
En fait, l'apparente antinomie entre la bureaucratie et la prospérité ne peut pas être validée par une comparaison binaire aussi simpliste. La croissance espagnole, par exemple, est largement dopée (et compromise) par une inflation de 3,3%.
Par ailleurs, l'étude ne compare pas ce que "produisent" les différentes administrations, l'étendue de leurs missions respectives.
L'étude qui reste à faire, afin d'en extraire des pistes de réformes concrètes, devrait porter sur une comparaison entre les productivités respectives d'administrations publiques dans des pays à taux de croissance voisins.
Source: CGIA
19:50 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : administration, bureaucratie, coûts, croissance, France, Allemagne, Espagne









