17.03.2008

La crise en une image

Voici une représentation visuelle de la crise telle qu'elle se déploie et s'aggrave depuis le début du mois d'août 2007.

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Comment lire ce diagramme:
- En rouge, les acteurs et phénomènes les plus nocifs.
- En orange et en jaune, les acteurs et phénomènes risqués; plus ces nuances tirent vers le rouge, plus c'est dangereux.
- En vert, les acteurs et phénomènes positifs.
- En orange et en jaune et bancales, les établissements en train de s'effondrer dans l'économie financière et dans l'économie réelle.
- Les liaisons anguleuses sont des décisions et des conséquences claires, lisibles.
- Les liaisons sinueuses sont des relations de causes à effets opaques ou peu mesurables.
- L'engrenage central est activé par la baisse des taux et l'assèchement du crédit - rouages situés sur la ligne de partage entre l'économie financière et l'économie réelle - ainsi que par le gros rouage, à droite de la défiance qui gèle le crédit et l'investissement.


ACTE I: "MES ACTIFS SONT DES DETTES"

Tout commence en le 9 août 2007 en A avec l'aveu d'un établissement de crédit, Countrywide Financial Corp. qui déclare ne pas pouvoir récupérer les sommes considérables prêtées à des millions de ménages insolvables. Les organismes américains de type A se sont spécialisés dans les prêts immobiliers aux ménages les plus pauvres. Les actifs des établissements A sont des dettes qu'ils financent en empruntant de l'argent aux banques. Puis ils mélangent ces dettes dans des produits financiers qui intègrent toutes sortes de valeurs, des bonnes et des mauvaises dans des proportions variables mais toujours avec des promesses de rendements très élevés. Les prêteurs A croient pouvoir mettre la main sur les maisons des emprunteurs défaillants et revendre ces biens avec profit en pariant sur une hausse continue de l'immobilier. Mais les cours de l'immobilier cessent de progresser et les défaillances se multiplient.

ACTE II: "JE GLISSE MES ACTIFS POURRIS DANS DES PRODUITS OPAQUES"

Les établissements A ont vendu des produits financiers bourrés de dettes irrécupérables à des fonds d'investissements B en quête de profits élevés et rapides à n'importe quel prix. Par exemple, le fonds Carlyle Capital Corporation avait emprunté à des banques la valeur de 32 fois ses fonds propres afin de pouvoir acheter des produits pourris émis par les établissements A. Calcul : emprunter à 3 % aux banques pour empocher 16%. De nombreux voraces de type B dont des filiales de banques européennes (BNP, Société Générale ou Crédit agricole) ont perdu des dizaines de milliards en faisant ce calcul.

ACTE III : "LES FONDS VORACES EMPRUNTENT POUR ACHETER LES PRODUITS OPAQUES"

Les difficultés des établissements de type B ont mis en difficulté les banques de type C qui leur avaient prêté de l'argent. Difficultés amplifiées par le fait que ces banques C avaient également acheté des produits pourris de type A, directement ou à des fonds voraces de type B par l'intermédiaire de filiales peu connues du grand public.

ACTE IV: "LES BANQUES ESSAIENT, EN VAIN, DE SAUVER LEURS DEBITEURS VORACES"

Les banques C connaissent maintenant de telles difficultés qu'elles ont obligées de racheter des établissements B auxquels elles avaient prêté beaucoup d'argent avant et après la crise. C'est ce qui vient de se passer avec la banque JP Morgan rachetant la banque d'affaires Bear Stearns à 2 dollars l'action( elle valait 90 dollars il y a un mois) après une avance de 30 milliards consentie d'urgence par la FED.

La chute des Bourses à l'annonce de ce rachat est dû au au fait que JP Morgan perd 6 milliards d'un seul coup pour racheter en catastrophe la 5ème banque de Wall Street, à laquelle elle avait prêté de l'argent la semaine dernière afin que la faillite de ses clients - des fonds d'investissements de type B - ne provoquent pas un krach. Les marchés financiers se demandent quelles autres banques de type C vont être directement touchées selon le le schéma "JP-Morgan affecté par Bear Stearns". Autrement dit, la crise dans le secteur A serait en train de ravager le secteur B et pourrait donc atteindre le secteur C

ACTE V : LES AUTORITES MONETAIRES RESTENT IMPUISSANTES

Depuis le 10 août, les banques centrales ont injecté des centaines de milliards d'euros pour éviter un effondrement bancaire au niveau C. La FED américaine ne cesse de faire baisser ses taux directeurs - coût de l'argent à emprunter - dans un comportement de panique qui affole les marchés financiers plus qu'il ne les rassure.

La baisse des taux pour essayer de sauver le système bancaire est la première brèche entre l'économie financière et l'économie réelle. Elle fait plonger le dollar. La baisse du dollar a deux conséquences:
- appauvris puisque l'or noir est commercialisé en dollars, les producteurs de pétrole font monter le prix du baril au fur et à mesure que la monnaie américaine perd de sa valeur.
- toute baisse du dollar provoque la hausse de l'euro et du yen.

ACTE VI : LA RECESSION POINTE


La hausse du pétrole pèse sur les coûts de production, la hausse de l'euro freine les exportations européennes: hausse des coûts + baisse des ventes = croissance en déclin, vers la récession économique.

Aux Etats-Unis, plusieurs économistes estiment que la récession a déjà commencé.

06.09.2007

La BCE bloquée

La décision prise par la Banque Centrale Européenne de laisser son principal taux directeur inchangé à 4 % était attendue. La principale information réside dans le commentaire ambivalent qui accompagne le statu quo: la BCE prendra à l'avenir toutes les mesures appropriées face à la crise boursière. Le coût de l'argent pourra rester à ce niveau, baisser ou augmenter. En clair, l'autorité monétaire ne sait pas quoi faire.
Elle s'était engagée depuis plusieurs mois dans une lutte contre l'inflation par le renchérissement du crédit car elle estimait qu'il y avait trop de liquidités en circulation. La BCE reste d'ailleurs sur ce diagnostic mais elle ne peut rien faire pour l'instant car elle a injecté près de 200 milliards de liquidités depuis le début de la crise des crédits immobiliers américains. Difficile de lutter contre l'inflation en prétendant résorber le trop-plein de liquidités tout en faisant fonctionner la planche à billets pour injecter des liquidités.
Bloquée, la BCE attend de savoir quelles conséquences la crise boursière aura sur le fonctionnement de l'économie réelle. Elle ne sait même pas comment la crise boursière elle-même évolue au jour le jour puisqu'elle a été amenée, pas plus tard qu'avant-hier, à jeter 42 milliards d'euros sur les marchés financiers.
Cette crise de l'été 2007 présente une singularité par rapport aux précédentes. Quelques prédateurs de la spéculation qui, avec la caution de grands établissements bancaires, avaient fait un pari stupide sur les ménages américains les plus pauvres tiennent en respect la Réserve Fédérale américaine, la Banque Centrale du Japon et la Banque Centrale Européenne.