06.01.2008

Le budget 2008 (déjà) à revoir

Entrée en vigueur il y a moins d'une semaine, la loi de finances est à refaire à la lumière des récentes déclarations de la ministre de l'Economie sur l'évolution probable de l'inflation en 2008. Toutes les hypothèses qui découlent du scénario élaboré en juillet dernière s'avèrent fausses.

Le gouvernement a cru devoir maintenir sa prévision d'inflation à + 1,6%. Mais, selon l'INSEE, le rythme annuel devrait grimper + 2,8 en février avant de se modérer à la fin du deuxième trimestre. Conséquence: le pouvoir des ménages n'augmentera pas de 2, 5% comme il le prévoit la loi de finances et la consommation ne progressera pas non plus de 2,5%.

Le ralentissement attendu de l'économie mondiale (de + 5,2 à +4,8) et notamment de l'économie américaine, la baisse probable du dollar vis à vis de l'euro rendent invraisemblable l'hypothèse d'une hausse de 5,7 des exportations françaises.

Face à une demande intérieure affaiblie et à des débouchés extérieurs restreints, les entreprises ont d'autant moins de raison de se lancer dans des investissements que les conditions de crédit vont devenir de plus en plus difficiles, à cause de la crise de confiance entre banques et de la hausse des taux que la BCE va probablement réenclencher pour enrayer l'inflation. Les investissements n'augmenteront sûrement pas de 4,5% comme il est écrit dans le budget.

Avec ses trois moteurs - demande intérieure, exportations, investissements - en ralentissement, la croissance ne s'élèvera sûrement pas à 2,25 % cette année mais se situera plus vraisemblablement dans une fourchette comprise entre + 1, 6 et 1,9%.

Une croissance inférieure aux prévisions diminue les espérances de rentrées fiscales spontanées, celles qui sans augmentation de la pression, augmentent le volume des recettes en proportion de l'activité économique. Quand l'activité fléchit, les recettes rétrécissent.

S'il y a moins de recettes que prévu, deux solutions:

1 - Les déficits publics et l'endettement augmentent. Ce qui est le cas depuis quelques mois, notamment parce que Nicolas Sarkozy a fait dépenser 13 milliards en 2007 et 9 milliards en 2008 pour rien.

2 - Les déficits et l'endettement n'augmentent pas parce que les dépenses auront été réduites de manière drastique dans une loi de finances rectificative. Cela s'appelle la rigueur.

Il est électroralement peu probable qu'un plan de rigueur soit décidé avant les élections municipales de mars.

Mais il est politiquement impossible que la France prenne la présidence de l'Union européenne en juillet avec une situation financière nettement plus dégradée que celles de ses partenaires.

C'est donc entre la fin mars et la fin juin , c'est à dire en avril ou en mai, que le budget erroné sera corrigé par un gouvernement remanié.

Et c'est pendant les grandes vacances de l'été 2008 que les mesures concrètes du plan de rigueur seront décidées.

09.11.2007

L'esquisse d'un échec

Peut-être est-il prématuré de mettre en relations les éléments constitutifs d'un probable échec économique de Nicolas Sarkozy. Après tout, six mois d'exercice du pouvoir ne représentent que le dixième d'un quinquennat et le chef de l'exécutif a encore une cinquantaine de mois pour faire en sorte que son bilan soit perçu comme positif au moment de solliciter un second mandat.

Mais, d'une part, je crois beaucoup à la théorie mathématique des "conditions initiales" en vertu de laquelle un projet (ou une action, une dynamique, une trajectoire) qui démarre mal ne peut pas atteindre son objectif, c'est à dire réussir. D'autre part, ce blog est dédié à la veille, laquelle consiste à déceler les signes qui permettent d'anticiper.

Bien que les mauvais chiffres qui vont suivre ne puissent pas être intégralement imputés à l'actuel président de la République, force est de les apprécier dans le contexte du "choc de confiance" que Nicolas Sarkozy a imprudemment érigé en condition nécessaire et suffisante du succès de sa stratégie économique. Or,

- Le moral des ménages a chuté de 6 points en septembre par rapport à juillet et la progression de la consommation des ménages devrait être inférieure (+ 2,1%) cette année à celle de 2006 (+ 2,3%). Quelques indicateurs avancés suggèrent que les dépenses pour les fêtes de fin d'année seront plus prudentes que d'habitude.

- Le moral des patrons de PME a chuté de 19 points en septembre avec 18% de chefs d'entreprises qui prévoient une baisse d'activité.

- L'investissement des entreprises va ralentir selon les économistes de la BNP à cause du coût trop élevé du crédit et de la parité de l'euro qui rend les produits européens plus chers sur les marchés mondiaux. L'investissement est, avec la consommation intérieure et les exportations, un des trois facteurs de croissance. La consommation des ménages étant en baisse et les exportations en chute libre, le risque est grand de voir les trois "moteurs" tomber en panne dès le début de 2008.

- 71% des Français jugent inefficace l'action du pouvoir sur la baisse du pouvoir d'achat qui est devenue, pour la première fois depuis longtemps, la préoccupation prioritaire des Français devant la santé et le chômage (*)

Sur le plan psychologique, le "choc" est négatif = il produit les résultats exactement inverses à ceux qu'il aurait dû produire.

Bien que l'objectivité des chiffres puisse être parfois prise en défaut, force est de rappeler que:

- Le déficit du seul budget de l'Etat (donc, sans tenir compte de ceux de la Protection sociale et des collectivités territoriales) était supérieur, en septembre, de 9 milliards à ce qu'il était en 2006 à la même époque. Cela signifie que la dette va s'alourdir, car la BCE va forcément augmenter ses taux directeurs, et paralyser davantage encore les moyens d'action de la puissance publique.

- Le déficit du commerce extérieur s'est aggravé de 500 millions en septembre à 3 milliards de différence mensuelle entre les importations et les exportations. Ce critère est décisif pour mesurer la capacité d'insertion de notre économie dans la mondialisation et pour le fameux point de croissance
que "veut" Nicolas Sarkozy.

- La production industrielle s'est affaissée de 1,1% en septembre, dont 1,3% pour la seule production manufacturière, c'est à à dire sans l'énergie et l'agro-alimentaire. C'est la preuve que les produits français se vendent de moins en moins, notamment dans les pays émergents, mais aussi dans la zone euro où le problème du dollar dévalué ne se pose pas.

Encore une fois, rien n'est encore joué et tout n'est pas imputable au nouveau pouvoir. Mais il apparaît déjà que, croyant sans doute trop à la magie du verbe incantatoire et par manque de profondeur, voire d'épaisseur, l'actuel chef de l'Etat s'est peut-être lourdement trompé au niveau de l'analyse, de la conception et de la mise en oeuvre d'une stratégie économique nationale.


(*) Je suis par expérience personnelle et par réflexion plus que réservé sur les sondages pour des raisons techniques et éthiques. Cependant, comme toute l'action politique de Nicolas Sarkozy sembre se réduire à des opérations de communication fondée sur les sondages, je retiens ce résultat avec d'autant moins de scrupules que, fournisseurs du gouvernement pour des sondages rétribués et non publiés, les "instituts" se sont montrés jusqu'à présent accomodants pour le candidat de l'UMP et pour le président élu.

26.09.2007

Le pari hasardeux du budget 2008

Au-delà des réductions d'effectifs dans la fonction publique, l'équilibre général du projet de budget pour 2008 est affecté par un manque à gagner de 15 milliards dans les recettes de l'Etat. Cette amputation a été exigée par le président de la République, initiateur d'allègements fiscaux susceptibles selon lui de stimuler la croissance de l'économie française.

Il y a donc, au sommet de l'Exécutif, le pari que 15 milliards enlevés à la puissance publique pour être distribués à une partie de la consommation privée vont donner à la France le point de croissance qui lui manque et qui en fait un pays retardaire au sein de l'Union européenne.

La pertinence de ce pari est cependant limitée par les conséquences d'une aggravation des déficits publics et de l'endettement national. La France est en effet menacée d'une sanction sans précédent depuis l'adoption du Traité de Maastricht: une "recommandation politique" émise par Bruxelles et qui n'est rien d'autre qu'une remontrance. C'est le début d'une procédure de sanction communautaire qui n'a jamais été engagée contre aucun pays membre jusqu'à présent. La France ne peut pas prendre le risque d'être stigmatisée de cette manière au moment où elle va assumer son tour de présidence de l'Union.

Pour exorciser cette possibilité d'humiliation, le gouvernement parie que la croissance lui rapportera l'an prochain 18 milliards de recettes spontanées, sans augmentation des taux de prélévements obligatoires. Le calcul est le suivant: 18 milliards de recettes spontanées - 15 milliards d'allègements fiscaux = 3 milliards pour réduire le déficit et donner un signe de bonne volonté à Bruxelles.

Or, les recettes spontanées ont été dès juillet dernier, inférieures de 3 milliards à ce qui était attendu cette année. C'était avant la crise boursière, qui va affecter les comptes des banques en décembre. Si la crise boursière touche l'économie réelle en 2008, le rendement de l'impôt sur les sociétés, de la TVA et de l'impôt sur le revenu ne sera pas à la hauteur des attentes gouvernementales. Le pari des 18 milliards spontanés sera perdu.

Le président de la République a pris le risque de diminuer artificiellement les ressources de l'Etat alors qu'elles vont probablement stagner ou baisser en raison de la conjoncture générale. Autrement dit, les 15 milliards d'allègements fiscaux ne produiront probablement pas le fameux point de croissance que "veut" le chef de l'Etat. Ils pourraient creuser le déficit public et aggraver l'endettement national.

25.09.2007

Etonnantes progressions de la consommation

Les économistes attendaient une hausse de 0,2% de la consommation en juillet. Elle aurait été de 0,9%. Ils prévoyait une hausse de 0,3% en août. Elle aurait été de 1%.
Dans les deux cas, une étrange différence de 0,7 entre les prévisions et les constatations statistiques.

Six petites remarques:

1 - Cette progression de la demande intérieure ne peut pas être la conséquence des allègements fiscaux annoncés en juin. Selon Henri Guaino, conseiller du Président de la République, le "pacte de confiance" ne produira ses effets que dans plusieurs mois.

2 - Il est possible que la boulimie d'achats ait été favorisée par le climat post-électoral euphorique, par la météorologie qui aurait stimulé des achats de vêtements de circonstances et par l'approche de la coupe du monde de rugby qui aurait déclenché des achats par anticipation d'écrans plats de télévision.

3 - Le pouvoir d'achat des ménages n'étant pas imcompressible, notamment avec les rectifications à la hausse des paiements de l'impôt sur le revenu, le rythme de la consommation devrait sérieusement ralentir en septembre et en octobre.

4 - Les chiffres, peut-être provisoires, de juillet et d'août ne modifient en rien les récentes prévisions de croissance inférieures à 2% pour l'ensemble de l'année puisque ces données pourraient être "lissées" au cours du quatrième trimestre.

5 - Les Français ont acheté beaucoup de produits manufacturés, lesquels sont essentiellement importés. Logiquement, la balance commerciale devrait se dégrader sérieusement au profit des importations chinoises et autres.

6 - Si les cinq points qui précédent se confirment dans les semaines qui viennent, la preuve sera faite que la politique économique actuelle est erronée. Ce n'est pas la demande qu'il faut stimuler, puisqu'elle profite aux pays étrangers. C'est l'offre des entreprises françaises qui est déficiente sur le marché intérieur comme à l'exportation.

05.09.2007

Croissance: volontarisme et réalités

Alors que le gouvernement maintient son objectif de croissance à 2,25 % pour 2007, l'OCDE révise ses prévisions à la baisse, de 2,2 à 1,8 %.
Tout repose maintenant sur le comportement des ménages au regard des allègements fiscaux décidés cet été. Si l'amélioration du pouvoir d'achat se maintient à + 3,2 %, les ménages ont le choix entre consommer et épargner.
Le choix de la consommation justifierait la relance keynésienne et démentirait, peut-être, les prévisions de l'OCDE. Pour qu'il en soit ainsi, il faudrait que la consommation progresse d'au moins 0,9% aux troisième et quatrième trimestres.
Le choix de l'épargne marquerait l'échec, pour 2007, du "choc de confiance" recherché par le président de la République. Toute hausse du taux d'épargne exprime en effet une crainte de l'avenir, ce qui est le contraire de la confiance. Le taux d'épargne remonte actuellement vers 16,5%, niveau inégalé depuis 2002.
Dans l'immédiat, les nouvelles prévisions de l'OCDE amplifient le décrochage ( 0,7% jusqu'à présent) de la croissance française par rapport à la moyenne européenne.