26.09.2007

Le pari hasardeux du budget 2008

Au-delà des réductions d'effectifs dans la fonction publique, l'équilibre général du projet de budget pour 2008 est affecté par un manque à gagner de 15 milliards dans les recettes de l'Etat. Cette amputation a été exigée par le président de la République, initiateur d'allègements fiscaux susceptibles selon lui de stimuler la croissance de l'économie française.

Il y a donc, au sommet de l'Exécutif, le pari que 15 milliards enlevés à la puissance publique pour être distribués à une partie de la consommation privée vont donner à la France le point de croissance qui lui manque et qui en fait un pays retardaire au sein de l'Union européenne.

La pertinence de ce pari est cependant limitée par les conséquences d'une aggravation des déficits publics et de l'endettement national. La France est en effet menacée d'une sanction sans précédent depuis l'adoption du Traité de Maastricht: une "recommandation politique" émise par Bruxelles et qui n'est rien d'autre qu'une remontrance. C'est le début d'une procédure de sanction communautaire qui n'a jamais été engagée contre aucun pays membre jusqu'à présent. La France ne peut pas prendre le risque d'être stigmatisée de cette manière au moment où elle va assumer son tour de présidence de l'Union.

Pour exorciser cette possibilité d'humiliation, le gouvernement parie que la croissance lui rapportera l'an prochain 18 milliards de recettes spontanées, sans augmentation des taux de prélévements obligatoires. Le calcul est le suivant: 18 milliards de recettes spontanées - 15 milliards d'allègements fiscaux = 3 milliards pour réduire le déficit et donner un signe de bonne volonté à Bruxelles.

Or, les recettes spontanées ont été dès juillet dernier, inférieures de 3 milliards à ce qui était attendu cette année. C'était avant la crise boursière, qui va affecter les comptes des banques en décembre. Si la crise boursière touche l'économie réelle en 2008, le rendement de l'impôt sur les sociétés, de la TVA et de l'impôt sur le revenu ne sera pas à la hauteur des attentes gouvernementales. Le pari des 18 milliards spontanés sera perdu.

Le président de la République a pris le risque de diminuer artificiellement les ressources de l'Etat alors qu'elles vont probablement stagner ou baisser en raison de la conjoncture générale. Autrement dit, les 15 milliards d'allègements fiscaux ne produiront probablement pas le fameux point de croissance que "veut" le chef de l'Etat. Ils pourraient creuser le déficit public et aggraver l'endettement national.

25.09.2007

Etonnantes progressions de la consommation

Les économistes attendaient une hausse de 0,2% de la consommation en juillet. Elle aurait été de 0,9%. Ils prévoyait une hausse de 0,3% en août. Elle aurait été de 1%.
Dans les deux cas, une étrange différence de 0,7 entre les prévisions et les constatations statistiques.

Six petites remarques:

1 - Cette progression de la demande intérieure ne peut pas être la conséquence des allègements fiscaux annoncés en juin. Selon Henri Guaino, conseiller du Président de la République, le "pacte de confiance" ne produira ses effets que dans plusieurs mois.

2 - Il est possible que la boulimie d'achats ait été favorisée par le climat post-électoral euphorique, par la météorologie qui aurait stimulé des achats de vêtements de circonstances et par l'approche de la coupe du monde de rugby qui aurait déclenché des achats par anticipation d'écrans plats de télévision.

3 - Le pouvoir d'achat des ménages n'étant pas imcompressible, notamment avec les rectifications à la hausse des paiements de l'impôt sur le revenu, le rythme de la consommation devrait sérieusement ralentir en septembre et en octobre.

4 - Les chiffres, peut-être provisoires, de juillet et d'août ne modifient en rien les récentes prévisions de croissance inférieures à 2% pour l'ensemble de l'année puisque ces données pourraient être "lissées" au cours du quatrième trimestre.

5 - Les Français ont acheté beaucoup de produits manufacturés, lesquels sont essentiellement importés. Logiquement, la balance commerciale devrait se dégrader sérieusement au profit des importations chinoises et autres.

6 - Si les cinq points qui précédent se confirment dans les semaines qui viennent, la preuve sera faite que la politique économique actuelle est erronée. Ce n'est pas la demande qu'il faut stimuler, puisqu'elle profite aux pays étrangers. C'est l'offre des entreprises françaises qui est déficiente sur le marché intérieur comme à l'exportation.