01.02.2008

Ségolène Royal pire que Georges Marchais

Certains lecteurs se souviennent peut-être de Georges Marchais éructant sur les plateaux de télévision à la fin des années soixante-dix : "Y a qu'à prendre l'argent là où elle est." C'était drôle mais, somme toute, cohérent avec les idées d'un "partageux".

Ségolène Royal vient de faire pire en déclarant ceci le 30 janvier à Argenteuil:

"Il faut arrêter avec toutes ces taxes nouvelles, il faut que M. Sarkozy, Monsieur taxes, arrête avec tout cela, baisse la TVA, rende l'argent de la Société générale aux petits et aux moyens épargnants qui paient pour les gros. Ca suffit, ce règne de l'argent fou d'un côté et la diminution du pouvoir d'achat de l'autre"


On peut penser ce qu'on veut de la Société Générale et de Nicolas Sarkozy mais en disant cela, Ségolène Royal vient de se discréditer à tout jamais. Car :

1 - Aucun petit épargnant n'a perdu un centime dans l'affaire de la Société Générale.

2 - La Société Générale étant une entreprise privée, si un client de cette banque perd un centime, il n'y a aucune raison pour que l'Etat rembourse.

3 - L'actuel président de la République commet des erreurs économiques qui relèvent de la faute grave, mais il n'a rien à voir avec ce qui s'est passé à la Société Générale.

En faisant l'amalgame entre les taxes instaurées par le président de la République et des spoliations qui n'existent pas au sein d'une banque privée, Mme Royal se comporte en méprisable démagogue.

A moins qu'elle ignore tout des mécanismes financiers qui ont permis l'affaire de la Société Générale, ce qui ne serait pas étonnant puisqu'elle sort de l'ENA. Dans ce cas elle est pitoyable.

Georges Marchais, qui n'avait pas fait l'ENA, était moins démagogue et moins stupide quand il exigeait qu'une partie des richesses privées devait être affectée aux plus démunis.

Source : Désir d'avenir

08.01.2008

Nicolas Sarkozy refait le monde

La conférence de presse du président de la République a permis d'apprendre, que dans le seul domaine de l'économie, Nicolas Sarkozy veut, en 2008, abroger les lois Aubry sur les 35 heures, modifier les instruments de mesure de la croissance française, étendre la participation et l'intéressement à toutes les entreprises, réformer le mode de distribution des stock options, modifier le statut de la Caisse des Dépôts et Consignations pour en faire l'instrument d'une politique de défense et de promotion des intérêts économiques de la France, créer une taxe sur les recettes publicitaires des chaînes de télévision privées ainsi qu'une taxe sur les connexions internet et sur la téléphonie mobile, réformer le mode de distribution de la presse écrite, réformer le Fonds Monétaire International ainsi que la Banque mondiale, réformer la gouvernance des hôpitaux français, lancer dix projets de rénovation universitaire, réformer l'enseignement primaire, réformer les relations entre Paris et ses banlieues.

Nicolas Sarkozy a oublié la réforme de la mondialisation et surtout la réforme de l'économie elle-même.

22.12.2007

Encore une relance ratée

La relance économique ratée est une spécialité française. Jacques Chirac avait signé en 1975 un échec magistral. La gauche en avait essuyé un autre en 1984. Tout incite à penser que la relance à double détente de Nicolas Sarkozy (heures supplémentaires en octobre 2007 puis RTT monétisée en janvier 2008) connaîtra le même sort. Cette persistance dans l'erreur est due à l'aveuglement que provoque le volontarisme politique.

Cet aveuglement conduit parfois à soumettre la politique économique aux inavouables visées clientélistes d'une échéance électorale. Il peut aussi résulter d'une approche théorique fallacieuse (libéralisme = moins d'impôts) qui contrarie et aggrave la mauvaise conception d'une stratégie keynésienne (1). C'est le cas en ce moment.

La France sort affaiblie du dernier cycle de croissance

Le graphique simplifié ci-dessous montre les quatre cycles économiques qui se sont succédés depuis 1980. En vert, les périodes de croissance. En rouge, les périodes de ralentissement ou de récession. Le creux de 1984 est la conséquence des erreurs commises par la gauche en 1981. Celui de 1993 est la conséquence différée de la première Guerre du Golfe en 1991. Celui de 2001 est évidemment lié aux évènements du 11 septembre avec les prolongements de la guerre en Irak jusqu'en 2003.

c70dd04763a589995e427ddd42382b0c.jpg


Le dernier cycle de croissance a culminé en 2006. La France n'en a pas profité pour adapter ses structures économiques aux nouvelles conditions mondiales de croissance pour une nation avancée: effort de recherche, offre améliorée de produits et de services innovants, développement de grosses PME performantes, recherche de marchés porteurs dans puissances émergentes. Elle a en outre négligé de constituer une réserve budgétaire pour enclencher une relance économique au moment du ralentissement, c'est à dire à partir de maintenant et durant les premiers mois de 2008 qui s'annoncent baissiers. L'économie française sort donc doublement affaiblie du dernier cycle de croissance: elle ne s'est pas réformée quand les circonstances le permettaient; elle a gaspillé les atouts qui lui auraient permis de relancer pour réaliser tardivement des réformes socialement difficiles. C'est l'héritage de douze ans de chiraquisme avec le concours de l'actuel président de la République.

Nicolas Sarkozy a préparé lui-même son échec

Pour essayer de rattraper le temps perdu - dont il a été co-responsable en tant que ministre de l'Economie - Nicolas Sarkozy déploie une stratégie qui vise à compenser les inconvénients de réformes drastiques par l'euphorie d'une croissance stimulée. Dans cette stratégie, la baisse du chômage et hausse du pouvoir d'achat sont censées "faire passer" la dislocation du Code du Travail et l'amputation des services publics.

Le problème est qu'en procédant aux baisses d'impôts voulues par Jacques Chirac depuis 2002, et en en imposant de nouvelles cet été à son gouvernement assez réticient, Nicolas Sarkozy a lui-même préparé son probable échec. A cause des allègements fiscaux, la part du salaire dans le revenu disponible brut est tombée très en-dessous de la moyenne européenne. Le salaire contribue peu à la consommation qui soutient la croissance. C'est la flèche verte en déclin dans le graphique. Si la Droite n'avait pas alourdi la dette par des allègements d'impôts qui étaient injustifiés en période de croissance, le gouvernement actuel disposerait de marges budgétaires pour faire en sorte que la flèche verte se redresse et soutienne l'activité économique déclinante. Faute d'une relance à la hauteur d'une fin de cycle, la croissance française va probablement fléchir de 1,8 % cette année à 1,5% l'an prochain.

La diminution de la part des salaires dans le Revenu Disponible Brut est une des faiblesses structurelles françaises, que Nicolas Sarkozy essaie de masquer en demandant aux entreprises qui le peuvent de racheter les RTT de leurs employés. Initiative contrariée, comme la détaxation des heures supplémentaires, par la hausse du pétrole, celle des matières premières et la baisse du dollar. C'est la flèche rouge qui regroupent les contraintes extérieures: elles accentuent le ralentissement de l'activité. La consommation diminue, les exportations aussi et Nicolas Sarkozy a épuisé d'emblée les faibles possibilités budgétaires dont son gouvernement disposait encore.

(1) Très schématiquement: la théorie libérale recommande de baisser les impôts afin de permettre aux acteurs les plus dynamiques d'innover et de créer de l'offre de produits et de services à haute valeur ajoutée; la théorie keynésienne recommande à la puissance publique de stimuler financièrement la demande (c'est à dire la consommation) quand la croissance ralentit.

10.12.2007

Sarkozy envoie les entreprises à la recherche du point de croissance qu'il n'a pas trouvé

Christine Lagarde est une ministre de l'Economie respectable en raison d'une honnêteté intellectuelle difficile à maintenir compte tenu des gens qui sont "au-dessus" d'elle. Après avoir été humiliée pour avoir annoncé une rigueur budgétaire dont son employeur ne veut pas entendre parler, elle vient de ridiculiser Nicolas Sarkozy: "Toutes les mesures prises depuis l'été pour relancer le pouvoir d'achat devraient rapporter 0,3% de croissance en 2008" a-t-elle benoîtement déclaré.

Ainsi, le mouvement de menton rageur avec maxiliaires serrées à s'en briser les molaires, sourcils relevés, froncements de sourcils et petits poings serrés pour éructer: " J'irai chercher le point de croissance qui nous manque !", ne rapporterait officiellement et à priori qu'un tiers de point de croissance.

Entre 15 et 20 milliards de dépenses pour un tiers de point, c'est un minable retour sur investissement.

D'autant plus minable que le trépignant "volontariste" de l'Elysée renonce à aller chercher lui-même le point de croissance qui nous manque. Il envoie les entreprises chercher le petit tiers de point qu'il n'a pas su trouver tout seul.

Christine Lagarde a la pudeur de ne pas se demander comment les entreprises vont grappiller le 0,3 % sachant que tout gain de pouvoir d'achat peut être soit épargné, soit dépensé. D'après la ministre de l'Economie, le gain de pouvoir d'achat provenant de 15 à 20 milliards de dépenses (ou manque à gagner) publiques équivaudrait à un mois de salaire pour tous les salariés. Elle ne dit pas que quel salaire il s'agit mais acceptons cette quantification vague, floue et flottante afin pousser le raisonnement officiel jusqu'au bout de sa logique, c'est à dire jusqu'à l'absurdité macro-économique (1).

Tout gain de pouvoir d'achat se répartit entre l'épargne et la consommation. Au mieux, un tiers d'épargne et deux tiers de consommation. Mais plus de la moitié des dépense de consommation vont aux importations ( écrans plats, appareils photo numériques, etc...).

Le tiers de point de croissance que Nicolas Sarkozy ne cherche plus lui-même ne viendra pas, ou peu, des exportat françaises. Il viendra peut-être de la moitié des deux tiers du gain de pouvoir d'achat que le gouvernement espère octroyer en échange de 15 à 20 milliards de dépenses. En supposant une moyenne de 18 milliards de supplément de pouvoir d'achat, les deux tiers soit 12 milliards iraient à la consommation mais la moitié servirait à acheter des produits importés. Resteraient 6 milliards pour des produits français, donc pour la croissance.

C'est petit.

(1) Du point de vue de l'absurdité économique, Nicolas Sarkozy est l'héritier en ligne directe de Jacques Chirac qui, en 1975 alors qu'il était Premier ministre, avait déclenché le même type de relance; elle avait profité aux importations allemandes et la France avait dû dévaluer sa monnaie. La seule différence entre les deux absurdités est qu'aujourd'hui le disciple de Jacques Chirac ne peut pas dévaluer l'euro.


Source

07.12.2007

Dominique Strauss-Kahn supprime des emplois

Dans un entretien accordé au Wall Street Journal, Dominique Strauss-Kahn révèle qu'il va supprimer entre 300 et 400 emplois au Fonds Monétaire International qu'il préside depuis le 1er novembre 2007 à l'instigation de Nicolas Sarkozy.

C'est la réduction d'effectifs (15%) la plus importante depuis la création du FMI en 1945. Les précédentes mesures de ce type remontent à 1980 (- 20 emplois) et à 1986 (- 86 emplois).

Le FMI emploie 2634 personnes, " de très haut niveau et très motivées", selon l'ancien ministre de l'Economie mais, ajoute-t-il, l'institution devient "une machine à produire de la paperasse. "

En supprimant ces emplois, grâce à des départs volontaires mais aussi par des licenciements secs, Dominique Strauss-Kahn espère réduire d'un quart un déficit annuel qui devrait atteindre 400 millions de dollars en 2010.

06.12.2007

Les échecs commencent à s'accumuler

Les rentrées fiscales sont très inférieures à ce qu'espérait le gouvernement. C'est pourtant la conséquence mécanique du "choc fiscal de confiance" envisagé par l'actuel chef de l'Etat, "choc" qui n'a pas eu lieu, au contraire puisque les indicateurs de confiance des ménages et des chefs d'entreprises plongent tandis que la croissance économique faiblit. Conséquence logique de cet échec: le déficit budgétaire s'accentue et passe de 38 milliards à 42 milliards, "limite supérieure" que François Fillon s'était fixée. Si le déficit 2007 dépasse ce montant de 42 milliards, le Premier ministre aura certainement le courage de démissionner.

Autre échec: la mise en vente par l'actuel président de la République d'une partie du capital d'EDF n'a pas rapporté la somme proclamée le 29 novembre à la télévision: 3, 5 milliards au lieu de 5 milliards espérés par le vendeur. L'explication de ce manque à gagner est édifiante: les investisseurs institutionnels ont considéré l'annonce médiatique de cette vente comme une maladresse et ils attendent que le cours de l'action EDF baisse pour acheter, éventuellement. A noter que Nicolas Sarkozy "voulait" 5 milliards pour améliorer le budget des universités alors que les recettes de privatisation ne peuvent servir qu'au désendettement.

Après le "choc fiscal de confiance", le "choc salarial de confiance" fera l'objet d'un projet de loi le 12 décembre, avec des mesures comme la "monétisation des jours de RTT". Le déficit du budget de l'Etat risque de déraper gravement si tous les fonctionnaires se font payer leurs journées de récupération. Mais surtout les mesures envisagées par l'actuel chef de l'Executif ne "toucheront" pas les salariés précaires. Or ce sont eux qui, en consommant davantage parce qu'ils en ont besoin sans en avoir les moyens, sont en situation de stimuler la croissance.

Autrement dit, le "choc salarial" est voué à l'échec comme le "choc fiscal" parce que ces deux relances donnent du pouvoir d'achat supplémentaire à ceux qui n'en ont pas vraiement besoin: les allègements fiscaux ont profité aux ménages les plus favorisés qui épargnent plus qu'ils ne consomment ( = effet nul sur la croissance) tandis que le paiement des jours de RTT profitera aux salariés qui ont déjà de quoi dépenser et qui, donc, épargneront ou n'engageront que de faibles dépenses supplémentaires ( = effet marginal sur la croissance).

Ces deux erreurs consécutives viennent de ce que Nicolas Sarkozy est un piètre économiste. Ses relances dans la gouvernement Raffarin ont d'ailleurs été des échecs. C'est un politicien pressé, qui espère des résultats à l'horizon de la prochaine échéance électorale, c'est à dire pour les municipales de mars 2008.

En gaspillant l'argent public et les énergies privées pour des objectifs à court terme qui ne seront pas atteints, les politiciens sacrifient le long terme. On ne va pas "chercher le point de croissance qui manque à la France". Un responsable politique avisé sait qu'il faut du temps pour créer les conditions d'une croissance solide en favorisant l'enseignement supérieur, la recherche, l'innovation, les entreprises moyennes ouvertes sur le monde.

Si Nicolas Sarkozy avait été un responsable politique avisé, ayant une vraie culture économique, il aurait compris que dans la situation où il a trouvé la France en accédant au pouvoir, il ne pouvait pas promettre une croissance supérieure avant 2012.

14.11.2007

La croissance économique et la grève

Le fait que la croissance de l'économie française au troisième trimestre ait été, à + 0,7 %, supérieure aux attentes est à priori de nature à corriger, voire à démentir, mon analyse récente sur un possible échec de Nicolas Sarkozy. En réalité, et même si cette analyse du 9 novembre s'avère un jour erronée, les données sur la croissance mais aussi mon analyse du 13 novembre sur le caractère asymétrique de la crispation sociale valident l'hypothèse du risque d'échec.

Deux groupes d'observations sur la croissance au troisième trimestre :

1 - Cette "photographie" de la conjoncture est dépassée: toutes les données de juillet, août et septembre qui nourrissent ce résultat statistique se sont dégradées. Mon analyse du 9 novembre se fonde sur des données qui datent de la fin septembre, d'octobre et du début novembre. Exemples: en juillet le baril de pétrole ne valait pas encore 98 dollars, l'euro n'était pas proche de 1,50 dollar et les prix du lait et des céréales n'avaient pas encore augmenté.

2 - Le cimat psychologique a profondément changé: en juillet et en août, l'optimisme des lendemains électoraux prévalait encore; des réformes prometteuses ("travailleur plus pour gagner plus") n'avaient pas encore montré leurs limites (détaxation des heures supplémentaires).

Ainsi relativisé, le "bon chiffre" de la croissance modifie ainsi mon analyse du 13 novembre sur le caractère asymétrique de l'actuelle crispation sociale: des grèves longues peuvent affecter le taux de croissance en 2007; or le gouvernement a absolument besoin d'un chiffre pas trop mauvais pour installer sa crédibilité économique et poursuivre ses réformes. Les syndicats savent qu'ils ont perdu la confrontation sur les régimes spéciaux de retraite mais ils ont la possibilité en prolongeant les grèves de rendre la victoire sociale du gouvernement extrêmement coûteuse sur le plan économique et politique.

09.11.2007

L'esquisse d'un échec

Peut-être est-il prématuré de mettre en relations les éléments constitutifs d'un probable échec économique de Nicolas Sarkozy. Après tout, six mois d'exercice du pouvoir ne représentent que le dixième d'un quinquennat et le chef de l'exécutif a encore une cinquantaine de mois pour faire en sorte que son bilan soit perçu comme positif au moment de solliciter un second mandat.

Mais, d'une part, je crois beaucoup à la théorie mathématique des "conditions initiales" en vertu de laquelle un projet (ou une action, une dynamique, une trajectoire) qui démarre mal ne peut pas atteindre son objectif, c'est à dire réussir. D'autre part, ce blog est dédié à la veille, laquelle consiste à déceler les signes qui permettent d'anticiper.

Bien que les mauvais chiffres qui vont suivre ne puissent pas être intégralement imputés à l'actuel président de la République, force est de les apprécier dans le contexte du "choc de confiance" que Nicolas Sarkozy a imprudemment érigé en condition nécessaire et suffisante du succès de sa stratégie économique. Or,

- Le moral des ménages a chuté de 6 points en septembre par rapport à juillet et la progression de la consommation des ménages devrait être inférieure (+ 2,1%) cette année à celle de 2006 (+ 2,3%). Quelques indicateurs avancés suggèrent que les dépenses pour les fêtes de fin d'année seront plus prudentes que d'habitude.

- Le moral des patrons de PME a chuté de 19 points en septembre avec 18% de chefs d'entreprises qui prévoient une baisse d'activité.

- L'investissement des entreprises va ralentir selon les économistes de la BNP à cause du coût trop élevé du crédit et de la parité de l'euro qui rend les produits européens plus chers sur les marchés mondiaux. L'investissement est, avec la consommation intérieure et les exportations, un des trois facteurs de croissance. La consommation des ménages étant en baisse et les exportations en chute libre, le risque est grand de voir les trois "moteurs" tomber en panne dès le début de 2008.

- 71% des Français jugent inefficace l'action du pouvoir sur la baisse du pouvoir d'achat qui est devenue, pour la première fois depuis longtemps, la préoccupation prioritaire des Français devant la santé et le chômage (*)

Sur le plan psychologique, le "choc" est négatif = il produit les résultats exactement inverses à ceux qu'il aurait dû produire.

Bien que l'objectivité des chiffres puisse être parfois prise en défaut, force est de rappeler que:

- Le déficit du seul budget de l'Etat (donc, sans tenir compte de ceux de la Protection sociale et des collectivités territoriales) était supérieur, en septembre, de 9 milliards à ce qu'il était en 2006 à la même époque. Cela signifie que la dette va s'alourdir, car la BCE va forcément augmenter ses taux directeurs, et paralyser davantage encore les moyens d'action de la puissance publique.

- Le déficit du commerce extérieur s'est aggravé de 500 millions en septembre à 3 milliards de différence mensuelle entre les importations et les exportations. Ce critère est décisif pour mesurer la capacité d'insertion de notre économie dans la mondialisation et pour le fameux point de croissance
que "veut" Nicolas Sarkozy.

- La production industrielle s'est affaissée de 1,1% en septembre, dont 1,3% pour la seule production manufacturière, c'est à à dire sans l'énergie et l'agro-alimentaire. C'est la preuve que les produits français se vendent de moins en moins, notamment dans les pays émergents, mais aussi dans la zone euro où le problème du dollar dévalué ne se pose pas.

Encore une fois, rien n'est encore joué et tout n'est pas imputable au nouveau pouvoir. Mais il apparaît déjà que, croyant sans doute trop à la magie du verbe incantatoire et par manque de profondeur, voire d'épaisseur, l'actuel chef de l'Etat s'est peut-être lourdement trompé au niveau de l'analyse, de la conception et de la mise en oeuvre d'une stratégie économique nationale.


(*) Je suis par expérience personnelle et par réflexion plus que réservé sur les sondages pour des raisons techniques et éthiques. Cependant, comme toute l'action politique de Nicolas Sarkozy sembre se réduire à des opérations de communication fondée sur les sondages, je retiens ce résultat avec d'autant moins de scrupules que, fournisseurs du gouvernement pour des sondages rétribués et non publiés, les "instituts" se sont montrés jusqu'à présent accomodants pour le candidat de l'UMP et pour le président élu.

03.10.2007

L'AMF et les initiés d'EADS

Mai 2005 : Les dirigeants d'EADS apprennent que la mise au point de l'Airbus A350 et de l'Airbus A380 rencontre des difficultés.
Juin 2005 : Les dirigeants d'EADS apprennent que si les difficulté sont rendues publiques, les actions qu'ils détiennent avec d'autres investisseurs risquent de perdre 5 euros. Certains commencent à vendre à un cours encore éleve et qui ne peut que baisser par la suite.
Octobre 2005 : Les dirigeants d'EADS ordonnent à leur filiale Airbus s'étaler les pertes sur trois exercices afin d'en diminuer l'importance apparence en les diluant. Cette astuce comptable s'appelle de la dissimulation.
Novembre 2005 : Les ventes d'actions avant dévalorisation deviennent massives.
Décembre 2005 : Les dirigeants d'EADS invitent un de leurs actionnaires, l'Etat français, à participer à leur délit d'initiés en vendant au plus vite les titres détenus par la puissance publique. Cette démarche montre que les initiés sont convaincus de leur impunité. (Thierry Breton jure aujourd'hui que l'Etat n'a pas profité de cette information privilégiée pour vendre ses actions EADS; les contribuables seront heureux d'apprendre qu'ils ne sont pas impliqués dans un délit d'initiés.)
Janvier 2006 : Les médias font état du "sabotage" du câblage de l'Airbus A380. (En fait, l'usine de Hambourg utilisait un logiciel de câblage différent de celui qui était exploité par l'usine d'assemblage de Toulouse.)
Février 2006 : Le comité d'entreprise d'Airbus est informé des retards de production de l'A380.
Mars 2006 : Les retards de livraison de l'A380 sont confirmés en interne.
Juin 2006 : EADS publie une alerte sur résultats. Les actionnaires non initiés sont officiellement prévenus des difficultés du groupe.
En treize mois, entre mai 2005 et juin 2006, 1200 personnes dont les 21 principaux dirigeants d'EADS ont empoché 90 millions de plus-values boursières fondées sur un délit d'initiés.

Sept remarques :

1 - Fonctionnant sur des réseaux de connivences entre élites patrimoniales et politiques, le capitalisme français montre sa véritable nature, incarnée par la personnalité et l'action de Noël Forgeard: incompétence, intrigues, tricheries. Forgeard, comme Jean-Marie Messier le naufrageur de Vivendi est issu des cabinets ministériels. Messier s'était fait un carnet d'adresses à Matignon avec Balladur. Forgeard avait rempli le sien à l'Elysée avec Chirac. (Coïncidant avec les perquisitions chez un vice-président du MEDEF, les développements judiciaires du dossier EADS ne vont plus permettre au patronat de réclamer des réformes au nom d'un libéralisme qu'il transgresse sans vergogne.)

2 - L'action de l'Autorité des Marchés Financiers relayée par "Le Figaro" qui soutient l'actuel président de la République est étonnante. La "vendetta" sarkozienne contre le chiraquien Forgeard risque d'atteindre Arnaud Lagardère qui considère Nicolas Sarkozy comme son frère. (C'est dans ce dégât collatéral que s'engouffre Dominique de Villepin, ennemi juré de Nicolas Sarkozy et principal opposant de l'actuel chef de l'Etat, quand il suggère qu'une partie de la plus-value réalisée par les initiés d'EADS a pu servivr à "monter" l'affaire Clearstream.)

3 - Si l'ancien ministre Thierry Breton a été informé en décembre 2006, sa parole ne vaut plus grand chose; accusé par les actionnaires allemands d'avoir imposé d'extravagantes indemnités de licenciement au profit de Noël Forgeard, il avait catégoriquement démenti. L'enquête de l'AMF suggère qu'il pourrait avoir menti par omission sur la situation d'EADS et pour protéger le chiraquien Forgeard. C'est la parole d'un serviteur de l'Etat qui est en cause.

4 - Au-delà de ses relations personnelles avec Arnaud Lagardère, Nicolas Sarkozy est atteint par cette affaire sur trois points extrêmement sensibles:
A) Il veut empêcher les juges de "gêner" les chefs d'entreprises : les motivations de ce projet de réforme commencent à apparaître plus clairement.
B) Ses diatribes contre la BCE s'effondrent face aux inepties des dirigeants d'Airbus: prétendre qu' Airbus est défavorisé par le cours trop élevé de l'euro face au dollar est d'autant plus ridicule que, convaincus de corruption il y a quelques années, les dirigeants de Boeing ont été rapidement sanctionnés par la justice américaine.
C) Quand, à propos de la récente crise boursière, Nicolas Sarkozy clame que la BCE protège trop les spéculateurs et pas assez les chefs d'entreprises, il étale son ignorance: les trésoriers d'Airbus sont obligés de spéculer à terme sur l'évolution des parités monétaires et les dirigeants d'Airbus ont spéculé pour leur propre compte au détriment de leur entreprise.

5 - La taxation des stock-options, rémunération du risque pervertie par des tricheries aux Etats-Unis et en Europe, semble désormais inévitable. (Elle s'impose en urgence avant la mise en oeuvre des franchises médicales pour contribuer au financement de la protection sociale.)

6 - Aux Etats-Unis - ce n'est pas un modèle mais la plus grande puissance libérale - une affaire comme celle des délits d'initiés d'EADS conduirait à un grand nombre d'incarcérations de très hauts niveaux. Plusieurs centaines d'anciens milliardaires et millionnaires croupissent actuellement dans des géôles fédérales pour avoir anti-daté leurs stocks-options en profitant de la crise du 11 septembre 2001. Plusieurs dizaines de milliers de dirigeants et cadres supérieurs ont préféré avouer et négocier de très lourdes amendes avec la SEC, autorité boursière comparable à l'AMF hexagonale, en plus puissante et plus implacable: ses enquêteurs débarquent au petit matinb en commandos dans les entreprises soupçonnées de malversations.

7 - Une pensée sardonique pour tous ceux qui dans les médias français, notamment lors de la campagne sur le référendum institutionnel de 2005) ont présenté Airbus comme l'exemple le plus pur de la construction européenne.

Sources :

"Le Figaro"
"L'Expansion"