02.01.2008
Pétrole, or, dollar
Le fait que le baril de pétrole brut ait atteint le prix de 100 dollars est révélateur du rôle que joue la spéculation dans les perturbations économiques. Le chiffre de 100 dollars ne signifie rien en lui-même; à 98 ou à 102 dollars, les conséquences pratiques sont du même ordre.
Ce qui est important, c'est le fait que les situations respectives de l'offre et de la demande ne justifient pas de tels niveaux d'appréciation. La production de pétrole augmente au même rythme que la progression de la consommation mondiale, au rythme d'un peu plus de 1 million de barils par jour actuellement.
Selon la théorie, quand l'offre et la demande s'équilibrent, les prix ne devraient pas bouger. La hausse actuelle est donc artificielle. Elle est due à des anticipations fondées sur un renchérissement de l'or noir bien au-delà de 100 dollars le baril. Concrètement: des investisseurs achètent maintenant des stocks de pétrole à 100 dollars qu'ils espèrent revendre, disons 110 dollars. Gain escompté : 10 dollars par baril. Un investisseur qui pourrait prendre une option sur 6 millions de barils, empocherait 60 millions de dollars en peu de temps.
Mais il y a deux problèmes.
Le premier est que cette anticipation à la hausse ne repose sur aucune donnée objective. La production devrait encore augmenter, notamment en Irak. La demande, elle, devrait diminuer car, d'une part, les stocks sont suffisants et d'autre part, la croissance mondiale devrait ralentir ce qui diminuera la consommation d'or noir. Il se pourrait que le baril redescende en dessous de 80 dollars le baril en 2008.
Le second est que les spéculateurs achètent du pétrole avec des dollars qui risquent d'avoir perdu de la valeur au moment de la revente. Les récentes délibérations de la Réserve Fédérale suggèrent que les taux d'intérêt vont encore être abaissés ce qui fera plonger la monnaie américaine. L'objectif est d'éviter une récession qui - si elle se produit - aura été largement déclenchée par ...la spéculation. C'est en effet le crash immobilier des "subprimes" - titres boursiers infectés par des créances douteuses - qui a provoqué la crise du crédit. C'est également la spéculation sur le pétrole qui menace la croissance économique.
La question qu'il faut se poser est de savoir pourquoi des investisseurs supposés rationnels se lancent dans des spéculations qui, en compromettant la croissance et en dévalorisant le dollar, compromettent leurs espérances de plus-values...Réponse: ils jouissent de l'impunité et même du soutien des institutions financières internationales, sur lesquelles ils exercent une sorte de chantage.
Ceux qui spéculent à la hausse sur le pétrole le font avec de l'argent qui ne leur appartient pas. Ils empruntent à des taux très bas, disons à 3 % est espèrent des gains d'au moins 10%. Ils peuvent se livrer à de telles manipulations parce que les banques centrales ont été obligées d'injecter des centaines de milliards de dollars pour limiter la crise du crédit. Autrement dit, les mauvais banquiers qui ont perdu de l'argent dans les crédits immobiliers américains peuvent "se refaire" dans le pétrole avec la complicité forcée de la FED et de la BCE.
Les plus audacieux guettent le moment de revendre "leur" pétrole au meilleur prix avant la baisse naturelle des cours à l'approche du printemps. (La divine surprise, le "jack pot" serait, pour eux, une grande crise internationale.) Les plus prudents savent que le dollar va continuer à baisser et ils se placent donc sur l'or qui vient d'atteindre 859 dollars l'once, ou sur l'euro. La part du dollar dans les réserves mondiales est descendue en un an de 66,5 % à 63,8% tandis que celle de l'euro montait de 24,4% à 26,4%. L'euro n''est pas encore une vraie monnaie de réserve, mais plusieurs pays émergents font comme si elle l'était.
C'est excellent pour l'amour-propre des Européens. C'est très mauvais pour l'emploi: avec la baisse du dollar et sa conséquence la hausse de l'euro, l'heure de travail d'un salarié américain coûte, en moyenne, presque la moitié de l'heure de travail d'un salarié français.
21:30 Publié dans Spéculations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









