15.01.2008
Un compromis porteur d'avenir
L'hypothèse selon laquelle un président de droite réussirait une mutation sociale décisive devient de plus en plus plausible. Après la réforme des régimes spéciaux de retraite, le compromis entre le patronat et les syndicats sur les contrats de travail représente une avancée considérable. Si elle n'est pas sabotée par des surenchères idéologiques au stade de la validation législative, elle peut d'ores et déjà être inscrite au crédit de Nicolas Sarkozy.
Le contenu du compromis est à priori déséquilibré : 60% pour le patronat, 40% pour les syndicats. Mais, outre qu'il peut s'expliquer par le rapport de forces politique né de l'élection présidentielle, ce déséquilibre est porteur d'avenir. La flexibilité améliorée obtenue par les chefs d'entreprise procure une meilleure sécurité aux salariés. Qualitativement, le surcroît de sécurité dont les salariés devraient bénéficier est plus novateur que le surcroît de flexibilité au profit des employeurs. Ces derniers auront plus de visibilité pour gérer les problèmes juridiques et financiers inhérents à certains licenciements. Mais les garanties promises aux salariés sont de nature à atténuer la terrible peur de la déchéance liée à au risque de perdre son emploi. Etre au chômage provoquerait de moins en moins le sentiment traumatisant de l'exclusion et serait progressivement vécu comme une transition normale entre un emploi et un autre.
Les conditions dans lesquelles ce compromis a émergé sont sans précédent depuis le début des années soixante-dix. Le réalisme syndical, c'est à dire la capacité à bien évaluer les rapports de force pour obtenir les compromis les moins mauvais a déjà permis la réforme des régimes spéciaux de retraite. Les dirigeants nationaux de la CGT ont été des éléments moteurs dans ce renoncement pragmatique à la stérilité du maximalisme revendicatif. Dans le compromis sur les régimes spéciaux de retraite comme dans le compromis sur les contrats de travail, ce qui est en jeu c'est d'abord, pour les salariés, la perspective inédite d'être représentés par des responsables syndicaux qui obtiennent quelque chose et qui leur évite les lois sociales idéologiquement orientées ainsi que les journées de grève et les manifestations inutiles. Nul doute qui si les syndicats et le MEDEF avaient échoué sur le dossier du "marché" du travail, le gouvernement et sa majorité parlementaire auraient imposé au Palais-Bourbon et au Sénat des contraintes de flexibilité beaucoup plus dures, avec moins de contreparties sécurisantes pour les salariés.
Pour l'avenir, rien n'est plus important que la capacité des partenaires sociaux à élaborer des compromis (forcément imparfaits) qui empêchent les politiciens de se mêler de tout. Le sort dérisoire du CNE et du CPE montre ce qu'il advient des mesures hâtivement bricolées par des énarques, quand elles ignorent les objections et les propositions des salariés et des chefs d'entreprise.
C'est donc une innovation paradoxale que de voir un président de droite amener les partenaires sociaux à entrer dans l'ère du pragmatisme. On doit à la vérité de dire que le comportement de Nicolas Sarkozy est pour beaucoup dans cette réussite. Il a clairement annoncé ce qu'il ferait; il a montré qu'il était homme à faire ce qu'il annoncé; les syndicats ont compris qu'il valait mieux se mettre d'accord avec le MEDEF.
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