17.03.2008
La crise en une image
Voici une représentation visuelle de la crise telle qu'elle se déploie et s'aggrave depuis le début du mois d'août 2007.

Comment lire ce diagramme:
- En rouge, les acteurs et phénomènes les plus nocifs.
- En orange et en jaune, les acteurs et phénomènes risqués; plus ces nuances tirent vers le rouge, plus c'est dangereux.
- En vert, les acteurs et phénomènes positifs.
- En orange et en jaune et bancales, les établissements en train de s'effondrer dans l'économie financière et dans l'économie réelle.
- Les liaisons anguleuses sont des décisions et des conséquences claires, lisibles.
- Les liaisons sinueuses sont des relations de causes à effets opaques ou peu mesurables.
- L'engrenage central est activé par la baisse des taux et l'assèchement du crédit - rouages situés sur la ligne de partage entre l'économie financière et l'économie réelle - ainsi que par le gros rouage, à droite de la défiance qui gèle le crédit et l'investissement.
ACTE I: "MES ACTIFS SONT DES DETTES"
Tout commence en le 9 août 2007 en A avec l'aveu d'un établissement de crédit, Countrywide Financial Corp. qui déclare ne pas pouvoir récupérer les sommes considérables prêtées à des millions de ménages insolvables. Les organismes américains de type A se sont spécialisés dans les prêts immobiliers aux ménages les plus pauvres. Les actifs des établissements A sont des dettes qu'ils financent en empruntant de l'argent aux banques. Puis ils mélangent ces dettes dans des produits financiers qui intègrent toutes sortes de valeurs, des bonnes et des mauvaises dans des proportions variables mais toujours avec des promesses de rendements très élevés. Les prêteurs A croient pouvoir mettre la main sur les maisons des emprunteurs défaillants et revendre ces biens avec profit en pariant sur une hausse continue de l'immobilier. Mais les cours de l'immobilier cessent de progresser et les défaillances se multiplient.
ACTE II: "JE GLISSE MES ACTIFS POURRIS DANS DES PRODUITS OPAQUES"
Les établissements A ont vendu des produits financiers bourrés de dettes irrécupérables à des fonds d'investissements B en quête de profits élevés et rapides à n'importe quel prix. Par exemple, le fonds Carlyle Capital Corporation avait emprunté à des banques la valeur de 32 fois ses fonds propres afin de pouvoir acheter des produits pourris émis par les établissements A. Calcul : emprunter à 3 % aux banques pour empocher 16%. De nombreux voraces de type B dont des filiales de banques européennes (BNP, Société Générale ou Crédit agricole) ont perdu des dizaines de milliards en faisant ce calcul.
ACTE III : "LES FONDS VORACES EMPRUNTENT POUR ACHETER LES PRODUITS OPAQUES"
Les difficultés des établissements de type B ont mis en difficulté les banques de type C qui leur avaient prêté de l'argent. Difficultés amplifiées par le fait que ces banques C avaient également acheté des produits pourris de type A, directement ou à des fonds voraces de type B par l'intermédiaire de filiales peu connues du grand public.
ACTE IV: "LES BANQUES ESSAIENT, EN VAIN, DE SAUVER LEURS DEBITEURS VORACES"
Les banques C connaissent maintenant de telles difficultés qu'elles ont obligées de racheter des établissements B auxquels elles avaient prêté beaucoup d'argent avant et après la crise. C'est ce qui vient de se passer avec la banque JP Morgan rachetant la banque d'affaires Bear Stearns à 2 dollars l'action( elle valait 90 dollars il y a un mois) après une avance de 30 milliards consentie d'urgence par la FED.
La chute des Bourses à l'annonce de ce rachat est dû au au fait que JP Morgan perd 6 milliards d'un seul coup pour racheter en catastrophe la 5ème banque de Wall Street, à laquelle elle avait prêté de l'argent la semaine dernière afin que la faillite de ses clients - des fonds d'investissements de type B - ne provoquent pas un krach. Les marchés financiers se demandent quelles autres banques de type C vont être directement touchées selon le le schéma "JP-Morgan affecté par Bear Stearns". Autrement dit, la crise dans le secteur A serait en train de ravager le secteur B et pourrait donc atteindre le secteur C
ACTE V : LES AUTORITES MONETAIRES RESTENT IMPUISSANTES
Depuis le 10 août, les banques centrales ont injecté des centaines de milliards d'euros pour éviter un effondrement bancaire au niveau C. La FED américaine ne cesse de faire baisser ses taux directeurs - coût de l'argent à emprunter - dans un comportement de panique qui affole les marchés financiers plus qu'il ne les rassure.
La baisse des taux pour essayer de sauver le système bancaire est la première brèche entre l'économie financière et l'économie réelle. Elle fait plonger le dollar. La baisse du dollar a deux conséquences:
- appauvris puisque l'or noir est commercialisé en dollars, les producteurs de pétrole font monter le prix du baril au fur et à mesure que la monnaie américaine perd de sa valeur.
- toute baisse du dollar provoque la hausse de l'euro et du yen.
ACTE VI : LA RECESSION POINTE
La hausse du pétrole pèse sur les coûts de production, la hausse de l'euro freine les exportations européennes: hausse des coûts + baisse des ventes = croissance en déclin, vers la récession économique.
Aux Etats-Unis, plusieurs économistes estiment que la récession a déjà commencé.
17:35 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise, financière, économie, spéculation, crédit, banques centrales, FED
17.02.2008
Privatisation des profits, nationalisation des pertes
Le gouvernement travailliste de Grande-Bretagne vient de décider la nationalisation temporaire de Northern Rock, petite banque privée qui a eté "victime" de la crise des crédits hypothécaires.
En réalité, Northern Rock n'a pas été une "victime". Elle s'est comportée de manière particulièrement imprudente dans l'attribution de crédits immobiliers à taux variables à des ménages peu ou pas solvables.
Lorsque la banque a frôlé la faillite, au début de l'automne dernier, un mouvement de panique s'est emparé de ses clients qui ont fait le sièges des agences pour retirer leurs économies.
Le gouvernement a avancé de l'argent à Northern Rock en attendant que des repreneurs privés fassent des offres. Mais personne ne veut d'un établissement qui doit rembourser les quarante milliards d'euros "prêtés" par les contribuables britanniques.
En fait, la banque fautive ne remboursera jamais. Le gouvernement travailliste la nationalise en affirmant que c'est la seule solution pour que les quarante milliards ne soient pas définitivement perdus. Mais voici ce qui va se passer: Northern Rock sera remise d'aplomb avec l'argent public, puis privatisée quand elle sera à nouveau en mesure de faire des profits.
Privatisation des profits, nationalisation des pertes: ainsi va le capitalisme financier avec le concours de la gauche européenne.
19:55 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.01.2008
Une dizaine de fonds européens au bord de la faillite
Le Times de Londres révèle ce dimanche qu'une dizaine de hedge funds européens sont au bord de la faillite. Ce qui devrait déclencher de nouvelles perturbations boursières lundi matin à l'ouverture des marchés financiers.
Les hedges funds ou fonds à hauts rendements - donc hautement speculatifs donc hautement risqués - manipulent sans aucune surveillance des instruments financiers très sophistiqués et très opaques. Quelques uns d'entre eux, extrêmement puissants quand tout va bien, sont en mesure de faire limoger les patrons de marchés financiers qui ne leur conviennent pas. Les plus redoutables ont été surnommés "les trente salopards".
Ceux que le Times of London décrit comme étant au bord de la faillite ont pris des positions téméraires - comme la Société Générale et son employé - mais ne trouvent plus, désormais, auprès des banques méfiantes les crédits nécessaires à la liquidation de leurs positions perdantes.
Pour mémoire, la faillite du fonds LTCM en 1998 avait obligé Alan Greenspan, alors président de la la Réserve Fédérale américaine, à abaisser les taux directeur en catastrophe pour éviter des faillites en chaîne. La baisse des taux déclenchée par la faillite du hedge fund LTCM avait alimenté en crédits faciles la bulle spéculative sur les valeurs internet, bulle qui a éclaté en 2000.
Il semblerait que Samuel Bernanke, successeur de Greenspan à la tête de la FED, doive retrouver ces-jours- ci la même situation qu'en 1998. En plus grave car les hedge funds sont beaucoup plus nombreux et les masses d'argent qu'ils brassent à travers le monde rendent les pertes de la Société Générale absolument dérisoires.
Source: 24/7 Wall Street
14:25 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fonds, hedge funds, faillite, perturbations boursières, marchés financiers
25.01.2008
La Société Générale et le "storytelling"
Storytelling signifie "fabriquer des histoires"(1) pour essayer de faire accepter une explication totalement ou partiellement fallacieuse qui masque entièrement ou largement les causes réelles mais inavouables d'un problème.
La Société Générale vient de réussir un exploit dans les annales de la communication de crise: elle a fabriqué une histoire tellement mal ficelée qu'elle génère plein d'autres histoires vénéneuses. Comme un virus qui, non seulement se propagerait mais se mettrait aussi à muter tout seul.
Le récit construit par les dirigeants de la Société Générale perd toute crédibilité dès que l'on se pose la question de savoir ce qu'aurait fait l'honorable banque si, au lieu de perdre, son employé avait gagné 5 milliards...
Il faut rappeler que le salarié n'a pas fraudé, qu'il ne s'est pas enrichi au détriment de la Banque et qu'il n'est donc pas un escroc. Pour l'instant et si ce que raconte la Société Générale est vérifié - il y a de fortes chances pour que cette vérification n'intervienne jamais car nous sommes en France - le salarié n'aurait commis qu'une faute professionnelle. Et encore: il n'aurait pu prendre des risques somme toute limités ( 5 milliards de pertes sur 50 milliards d'engagements en un an, ça ne fait que - 10%) que dans la mesure où les contrôles internes et externes n'ont pas fonctionné.
Cette banque est une des plus audacieuses, dans le monde, sur les produits dérivés. A ce titre, elle cultive la réputation d'avoir mis en place le meilleur système de contrôle. Il faut donc s'interroger sur les vrais enjeux qui l'amènent à dilapider cette réputation, précieux capital moral (2).
C'est également une des banques les plus silencieuses, depuis septembre, sur la réalité de ses engagements à hauts risques dans les crédits hypothécaires américains. Les marchés intrigués attendaient d'ailleurs des révélations dans un mois seulement. Elles sont tombées jeudi. Mais la Société générale avait "dénoué" ses positions douteuses le lundi précédent, alors que la Bourse américaine était fermée. Le lendemain, la FED baissait ses taux directeurs dans des proportions qui ont surpris. Mardi, Jean-Claude Trichet faisait savoir que la BCE, elle, ne baisserait pas ses taux.
Depuis jeudi, les initiés de Wall Street sont persuadés que la FED s'est laissée impressionner par des "mouvements" annonciateurs de krach boursier imminent alors que Jean-Claude Trichet, patron de la BCE, savait, lui, de quoi il retournait exactement. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, était informé depuis dimanche des "problèmes" de la Société Générale. Il a prévenu Jean-Claude Trichet (3) de la véritable teneur de ces "problèmes". La première histoire générée par le "storytelling" de la Société Générale se résumerait, selon ses propagateurs américains, à un coup de bluff pour obliger la BCE a baisser ses taux dans le sillage de la baisse spectaculaire décidée par la FED.
Une autre histoire, d'origine française, "raconte" qu'en réalité la "fraude" servirait à enrober des pertes beaucoup plus élevée, carrément inavouables, sur des spéculations risquées. Il est en tous cas très étonnant que la plus grosse perte "frauduleuse" de l'histoire de la finance, ne provoque qu'une baisse de 5 % de l'action de la Société Générale. Normalement, quand une banque de ce niveau perd 5 milliards dans de telles conditions, elle ne s'en relève pas. Or, vendredi matin, le '"titre" Société générale remontait à la Bourse de Paris. Comme si tout le monde était, au fond, soulagé.
A titre indicatif, il faut rappeler que l'économie française est régie par un capitalisme industriel et financier "consanguin" (4) particulièrement solidiaire et opaque. Deux établissements seulement ont été très discrétement rappelés à l'ordre. L'un n'avait pas dit à ses clients épargnants qu'il avait modifié leurs placements du "monétaire", très sûr, vers des produits plus rentables mais plus risqués. Ce gestionnaire menteur et fraudeur sévit encore à l'heure actuelle. L'autre avait proposé à des emprunteurs peu attentifs des crédits immobiliers à taux variables "pondérés", la "pondération" ne jouant qu'au profit du prêteur, donc au détriment de l'épargnant.
Si la Société Générale n'est pas déclarée en faillite malgré la défaillance "inouïe" (dixit le gouverneur de la Banque de France) de ses systèmes de contrôle et si le cours de l'action monte, c'est parce que les opérateurs savent qu'elle va être rachetée par la BNP et par le Crédit Agricole. C'est le même scénario que celui qui d'un prestigieux gestionnaire d'actifs qui avait sans doute des choses à cacher; il vient subitement d'éprouver l'urgente nécessité de "s'adosser" (adorable euphémisme) à plus puissant que lui.
La crise des subprimes et ses soubresauts boursiers sert aussi à accélérer la concentration dans le secteur bancaire et financier.
1) "Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits", Christian Salmon, éditions La Découverte, octobre 2007 , 18 euros.
2) Nicolas Sarkozy vient de déclarer, curieusement alors qu'il est en Inde, que le système bancaire français est fiable. En septembre, peu après le scandale de la banque britannique Northern Rock, Christiane Lagarde, ministre de l'Economie avait affirmé en substance:"Une chose pareille est impossible en France." Les pertes de la Société Générale sont très supérieures et plus bizarres que celles de la banque britannique.
3) Le fait que le gouverneur de la Banque de France appuie le récit des dirigeants de la Société Générale ne signfiie rien du tout: quand il était gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet a couvert les agissements du Crédit Lyonnais. Au nom de l'intérêt supérieur de la nation et du système bancaire français.
4) "consanguin" signifie que quelques dizaines d'administrateurs se partagent les sièges (et les jetons de présence) dans les conseils d'administration des groupes les plus puissants qui contrôlent ou influencent les autres. Ces administrateurs évitent de se contrôler mutuellement et prennent soin de se "couvrir" réciproquement en cas de "problèmes". Un des premiers à voler au secours de la Société Générale a été le représentant d'une compagnie d'assurances, actionnaire de la Société Générale et, sans doute réciproquement, dans d'autres participations croisées. Si un jour la compagnie d'assurances a des "problèmes"....
12:30 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Société Générale, storytelling, BNP Paribas, Crédit Agricole, Christine Lagarde, Jean-Claude Trichet, Christian Noyer
10.11.2007
Le plus gros transfert de richesses dans l'histoire de l'Humanité
Les consommateurs d'hydrocarbures dépensent chaque jour quatre à cinq milliards de dollars de plus qu'il y a cinq ans.
Ces quatre à cinq milliards de dépenses supplémentaires quotidiennes ont déversé, à ce jour, plus de deux mille milliards de dollars dans les coffres des pays producteurs et des compagnies pétrolières.
C'est le plus gros transfert de richesses enregistré dans l'histoire de l'Humanité.
Les conséquences d'un tel basculement sont esquissées dans une remarquable analyse du Washington Post.
14:55 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Richesses, consommateurs, hydrocarbures, pays producteurs de pétrole, compagnies pétrolières
25.10.2007
Pertes spéculatives et coûts économiques
Les établissements financiers américains qui ont spéculé sur le marché immobilier hypothécaire ont perdu 400 milliards de dollars depuis le début de la crise en juillet.
La valeur de l'ensemble du parc immobilier américain perdrait entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars selon que la chute des prix continue ou non dans les mois qui viennent.
La rythme de croissance de l'économie américaine passera en 2008 de 2,8 % à 1,9 %.
Sources:
New York Times du 25 octobre
Fond Monétaire International, prévisions 2008 actualisées le18 octobre
Rappel: la crise boursière dite des "subprimes" a été provoquée par des fonds spéculatifs à hauts rendements qui empruntaient aux banques de l'argent à faibles taux d'intérêt pour le prêter avec des taux d'intérêt élevés à des ménages peu solvables.
Le mécanisme reposait sur le pari que les prix de l'immobilier continueraient à croître plus vite que les taux d'intérêt et que les ménages qui ne pourraient pas rembourser seraient obligés de céder aux prêteurs des biens immobiliers qui continueraient à prendre de la valeur.
Mécanisme faussé par la décision de la Réserve fédérale d'augmenter les taux directeurs pour endiguer l'inflation. Le coût de l'argent a progressé plus vite que la valeur des biens immobiliers.
Les défaillances des ménages emprunteurs ont fait chuter la valeur des biens immobiliers.
De nombreuses banques avaient investi dans des produits financiers opaques qui contenaient des créances hypothécaires en chute libre. Elles ne l'ont pas avoué spontanément ou étaient incapables d'estimer avec précision leur exposition à ce type de risques.
Les banques qui se prêtent ordinairement des liquidités à court terme se sont méfiées les unes des autres.
Les montants des pertes commencent seulement à apparaître dans les bilans du troisième trimestre.
12:15 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pertes, spéculation, coûts, économie, établissements financiers, marché immobilier hypothécaire, crise boursière
19.10.2007
La prochaine crise boursière sera chinoise
Les conséquences sur l'économie mondiale de la crise américaine des crédits hypothécaires ne sont pas encore complètement évaluées mais il faut se préparer l'éclatement d'une énorme bulle spéculative en Chine.
L'indice de la bourse de Shanghaï vient de franchir les 6000 points, ce qui représente un triplement en un un an. Jamais, dans l'histoire un tel emballement ne s'est terminé sans une sévère correction.
Elle sera spectaculaire par le volume de liquidités en jeu- près de quatre millions de milliards de dollars - et par la nature de cette spéculation. Cinquante millions de Chinois qui consomment peu ont placé leur épargne en actions. Ils sont à l'origine du plus gros volume de transactions dans le monde cette année.
Ces transactions se font dans des conditions de pure folie: un jeune informaticien qui a accès à internet boursicote en ligne au jour le jour; il a gagné jusqu'à présent le double de son salaire. Des parents et des amis lui ont confié leurs économies et il fait des placements au gré de ce que lui racontent des "gourous" sans compétences reconnues.
La question n'est pas de savoir si le crash aura lieu mais quand il aura lieu. Les conséquences en sont imprévisibles dans la mesure où des banques chinoises ont commencé, grâce à leur richesse apparente, à racheter des entreprises occidentales.
Premier craquement: la bourse de Bombay a chuté cette semaine de 9% en quelques heures, officiellement pour des raisons techniques.
Source: Wall Street Journal
18:45 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise boursière, Chine, éclatement, bulle spéculative, Shanghaï, emballement, correction
15.10.2007
Euro contre pétrole, avantages et inconvénients
Le prix du baril de pétrole brut a atteint 86 dollars au moment où la valeur de l'euro atteignait 1,42 dollar.
Théoriquement, plus la monnaie américaine se déprécie, plus la hausse du pétrole est amortie en Europe puisque les prix de cette énergie fossile sont formulés en dollars.
Concrètement pour les acheteurs européens, le baril à 86 dollars quand l'euro vaut 1,42 dollar revient moins cher que le baril à 83 dollars quand l'euro ne valait que 1,40 dollar.
Sur le court terme, la vraie question est de savoir si les importateurs européens répercutent correctement cette double hausse synchronisée. Une instance de régulation devrait pouvoir demander aux sociétés pétrolières si le carburant et le fuel de chauffage qu'elles mettent en vente aujourd'hui à un prix donné a été acheté à un moment où prix du baril et les parités monétaires justifient ce prix de détail. Il est en effet tentant, pour les compagnies pétrolières de faire payer aux consommateur au cours le plus élevé du pétrole qui a été acheté auparavant à un cours beaucoup plus bas. Inversement, quand les cours du pétrole baissent, il est tentant d'en retarder le plus possible la répercussion dans les stations service.
A moyen terme, il est probable que les cours du pétrole augmenteront plus rapidement que la valeur de l'euro exprimée en dollar. Les taux d'intérêt qui déterminent l'attractivité de la monnaie européenne ne peuvent pas être diminués rapidement en raison, notamment, du comportement de certains pays qui, comme la France, creusent leurs déficits publics. Les cours du pétrole sont, eux, soumis à toutes sortes d'aléas comme les conditions climatiques et les crises géopolitiques.
Le baril pourrait bien atteindre 90 dollars avant que l'euro monte à 1,45 dollars. Alors, les avantages de l'euro fort n'existeront plus. Il n'y aura plus que des inconvénients. Dans la colonne "Importations" mais surtout dans la colonne "Exportations".
17:50 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pétrole, euro, dollar, hausses, baisses
10.10.2007
Taxation des stock-options: le gouvernement a raison
Le gouvernement devrait décider ce jeudi d'infliger une nouvelle taxation des stock-options. S'il le fait, il aura trois fois raison car:
1 - Une des idées inspiratrices des stock-options a contribué à pervertir l'activité économique. A la fin des années soixante-dix, les néo-libéraux de l'univers anglo-saxon ont inventé ce mode de rémunération pour inciter les managers à privilégier les intérêts immédiats des actionnaires (dividendes, plus values boursières) au détriment des intérêts à long terme des entreprises (investissements, recherche et développement) et, bien entendu, au détriment des salariés, voire des consommateurs. L'idée était la suivante: "Offrons des actions préférentielles aux managers qui auront ainsi un intérêt personnel à faire monter les cours de ces actions." Rabâchée par les managers, l'expression "créer de la valeur" se traduit par : "Satisfaire les actionnaires dont je fais partie."
2 - Une des idées intéressantes qui pouvait légitimer les stock-potions a été détournée. Au milieu des années quatre-vingt dix, les petites entreprises innovantes n'avaient pas les moyens financiers de recruter des informaticiens, des ingénieurs, des cadres de haut niveau. Pour les attirer, les start up tenaient ce langage:" Rejoignez-nous. Votre salaire sera moins élevé, au début, que celui auquel vous pourriez prétendre dans une grande entreprise. Mais, grâce à notre créativité et à notre travail, les actions que nous vous offrons prendront de la valeur et cette plus value récompensera votre pari professionnel sur l'avenir de notre entreprise." Prise de risque + travail acharné = enrichissement: rien à redire. Sauf dans les grandes entreprises où cette bonne idée a été transformée en rémunération annexe, parfois illégitime comme dans le cas d'EADS dont les dirigeants ont manifesté une rare incompétence au détriment d'Airbus.
3 - Le principe des stock-options est source de tricheries. Aux Etats-Unis, des milliers de dirigeants et de cadres ont antidaté leurs stock-options afin d'augmenter leurs plus-values à la revente. Ils ont procédé à des faux en écriture afin de faire démarrer l'évolution des cours de leurs stock-options le 12 septembre 2001, alors que la Bourse s'effrondrait, précipitant tous les cours à leurs niveaux les plus bas. Les revendant quelques années plus tard, ils augmentaient artificiellement leurs gains. La SEC (police financière américaine) a emprisonné plusieurs centaines de patrons et cadres et elle a obtenu des milliers d'aveux assortis de très lourdes amendes. Selon l'Université de l'Indiana, 2500 entreprises américaines ont fraudé sur les stock-options de leurs dirigeants et cadres supérieurs.
13:10 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : stock-options, entreprises, cadres, dirigeants, plus-values, scandales
03.10.2007
L'AMF et les initiés d'EADS
Mai 2005 : Les dirigeants d'EADS apprennent que la mise au point de l'Airbus A350 et de l'Airbus A380 rencontre des difficultés.
Juin 2005 : Les dirigeants d'EADS apprennent que si les difficulté sont rendues publiques, les actions qu'ils détiennent avec d'autres investisseurs risquent de perdre 5 euros. Certains commencent à vendre à un cours encore éleve et qui ne peut que baisser par la suite.
Octobre 2005 : Les dirigeants d'EADS ordonnent à leur filiale Airbus s'étaler les pertes sur trois exercices afin d'en diminuer l'importance apparence en les diluant. Cette astuce comptable s'appelle de la dissimulation.
Novembre 2005 : Les ventes d'actions avant dévalorisation deviennent massives.
Décembre 2005 : Les dirigeants d'EADS invitent un de leurs actionnaires, l'Etat français, à participer à leur délit d'initiés en vendant au plus vite les titres détenus par la puissance publique. Cette démarche montre que les initiés sont convaincus de leur impunité. (Thierry Breton jure aujourd'hui que l'Etat n'a pas profité de cette information privilégiée pour vendre ses actions EADS; les contribuables seront heureux d'apprendre qu'ils ne sont pas impliqués dans un délit d'initiés.)
Janvier 2006 : Les médias font état du "sabotage" du câblage de l'Airbus A380. (En fait, l'usine de Hambourg utilisait un logiciel de câblage différent de celui qui était exploité par l'usine d'assemblage de Toulouse.)
Février 2006 : Le comité d'entreprise d'Airbus est informé des retards de production de l'A380.
Mars 2006 : Les retards de livraison de l'A380 sont confirmés en interne.
Juin 2006 : EADS publie une alerte sur résultats. Les actionnaires non initiés sont officiellement prévenus des difficultés du groupe.
En treize mois, entre mai 2005 et juin 2006, 1200 personnes dont les 21 principaux dirigeants d'EADS ont empoché 90 millions de plus-values boursières fondées sur un délit d'initiés.
Sept remarques :
1 - Fonctionnant sur des réseaux de connivences entre élites patrimoniales et politiques, le capitalisme français montre sa véritable nature, incarnée par la personnalité et l'action de Noël Forgeard: incompétence, intrigues, tricheries. Forgeard, comme Jean-Marie Messier le naufrageur de Vivendi est issu des cabinets ministériels. Messier s'était fait un carnet d'adresses à Matignon avec Balladur. Forgeard avait rempli le sien à l'Elysée avec Chirac. (Coïncidant avec les perquisitions chez un vice-président du MEDEF, les développements judiciaires du dossier EADS ne vont plus permettre au patronat de réclamer des réformes au nom d'un libéralisme qu'il transgresse sans vergogne.)
2 - L'action de l'Autorité des Marchés Financiers relayée par "Le Figaro" qui soutient l'actuel président de la République est étonnante. La "vendetta" sarkozienne contre le chiraquien Forgeard risque d'atteindre Arnaud Lagardère qui considère Nicolas Sarkozy comme son frère. (C'est dans ce dégât collatéral que s'engouffre Dominique de Villepin, ennemi juré de Nicolas Sarkozy et principal opposant de l'actuel chef de l'Etat, quand il suggère qu'une partie de la plus-value réalisée par les initiés d'EADS a pu servivr à "monter" l'affaire Clearstream.)
3 - Si l'ancien ministre Thierry Breton a été informé en décembre 2006, sa parole ne vaut plus grand chose; accusé par les actionnaires allemands d'avoir imposé d'extravagantes indemnités de licenciement au profit de Noël Forgeard, il avait catégoriquement démenti. L'enquête de l'AMF suggère qu'il pourrait avoir menti par omission sur la situation d'EADS et pour protéger le chiraquien Forgeard. C'est la parole d'un serviteur de l'Etat qui est en cause.
4 - Au-delà de ses relations personnelles avec Arnaud Lagardère, Nicolas Sarkozy est atteint par cette affaire sur trois points extrêmement sensibles:
A) Il veut empêcher les juges de "gêner" les chefs d'entreprises : les motivations de ce projet de réforme commencent à apparaître plus clairement.
B) Ses diatribes contre la BCE s'effondrent face aux inepties des dirigeants d'Airbus: prétendre qu' Airbus est défavorisé par le cours trop élevé de l'euro face au dollar est d'autant plus ridicule que, convaincus de corruption il y a quelques années, les dirigeants de Boeing ont été rapidement sanctionnés par la justice américaine.
C) Quand, à propos de la récente crise boursière, Nicolas Sarkozy clame que la BCE protège trop les spéculateurs et pas assez les chefs d'entreprises, il étale son ignorance: les trésoriers d'Airbus sont obligés de spéculer à terme sur l'évolution des parités monétaires et les dirigeants d'Airbus ont spéculé pour leur propre compte au détriment de leur entreprise.
5 - La taxation des stock-options, rémunération du risque pervertie par des tricheries aux Etats-Unis et en Europe, semble désormais inévitable. (Elle s'impose en urgence avant la mise en oeuvre des franchises médicales pour contribuer au financement de la protection sociale.)
6 - Aux Etats-Unis - ce n'est pas un modèle mais la plus grande puissance libérale - une affaire comme celle des délits d'initiés d'EADS conduirait à un grand nombre d'incarcérations de très hauts niveaux. Plusieurs centaines d'anciens milliardaires et millionnaires croupissent actuellement dans des géôles fédérales pour avoir anti-daté leurs stocks-options en profitant de la crise du 11 septembre 2001. Plusieurs dizaines de milliers de dirigeants et cadres supérieurs ont préféré avouer et négocier de très lourdes amendes avec la SEC, autorité boursière comparable à l'AMF hexagonale, en plus puissante et plus implacable: ses enquêteurs débarquent au petit matinb en commandos dans les entreprises soupçonnées de malversations.
7 - Une pensée sardonique pour tous ceux qui dans les médias français, notamment lors de la campagne sur le référendum institutionnel de 2005) ont présenté Airbus comme l'exemple le plus pur de la construction européenne.
Sources :
"Le Figaro"
"L'Expansion"
12:50 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : AMF, SEC, EADS, Airbus, Noël Forgerad, Arnaud Lagardère, Nicolas Sarkozy










