09.04.2008
La Droite de 2008 ment comme la Gauche de 1982
Nicolas Sarkozy prônait la rupture avec les pratiques politiciennes du passé, Chirac inclus.
En fait, l'actuel chef de l'Etat perpétue trois pratiques chiraquiennes qui ont démontré leur nocivité, non seulement sur l'économie mais également sur la crédibilité des responsables politiques, donc sur la démocratie et le civisme:
- baisses d'impôts ineptes (1)
- clientélisme
- cynisme
Plus grave: Nicolas Sarkozy effectue une régression dont il n'a probablement pas conscience. Il exhume, pour essayer de masquer son changement d'orientation économique, la rhétorique utilisée par la gauche dans des circonstances comparables, entre 1982 et 1984. Vingt huit ans après, même langage, même manière de jouer sur les mots:
Gauche 1982: Jacques Delors demande une pause dans les réformes. Pierre Mauroy reconnaît la nécessité d'un infléchissement. Laurent Fabius bloque les salaires - cela s'appelle la rigueur - et pratique le le "ni-ni" ( ni nationalisations/ni privatisations).
Droite 2008: François Fillon annonce un gel des dépenses. Eric Woerth prévoit des diminutionde dépenses. Nicolas Sarkozy annonce un calibrage de la politique sociale.
Aujourd'hui comme il y a vingt six ans, les mêmes causes produisant les mêmes effets chez des politiciens cauteleux, l'alignement d'euphémismes constitue un glissement sémantique.
Ce glissement sémantique nie la vérité, puis tourne autour avant de l'asséner.
Pour le dire sans euphémisme, c'est du mensonge. Un mensonge dilué. Mais un poison, même dilué, atteint la conscience collective.
1) Le simple bon sens commande de profiter des fortes recettes fiscales spontanées pendant les périodes de croissance afin de réduire les déficits, voire d'obtenir des excédents, et de procéder à des allègements fiscaux pour soutenir la croissance quand elle fléchit. Chirac et Sarkozy font le contraire: ils baissent les impôts quand la croissance est encore forte (été 2007) et ne peuvent donc plus utiliser cette solution quand la croissance ralentit (hiver 2008).
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07.04.2008
Economies: 3,5 plus 5 voire 10 milliards...
Le mépris dans lequel le pouvoir actuel tient les Français est incarné depuis samedi par Eric Woerth, ministre du Budget. Ce mépris consiste à traiter les citoyens comme des enfants auxquels on ne dit la vérité que par "petits bouts", pour ne pas les traumatiser, parce qu'ils ne peuvent pas comprendre.
Chronologie des "petit bouts" de vérité successifs:
Vendredi 4 avril, Nicolas Sarkozy annonce 7 milliards d'économies dans les trois ans qui viennent. Mais comme la moitié des économies annoncées devrait récompenser les efforts de productivité des fonctionnaires, le montant des économies réalisées ne sera que de 3,5 milliards sur trois ans, soit un peu plus d'un milliard par an.
Samedi 5 avril, Eric Woerth annonce que le montant des économies à réaliser sera augmenté de 5 milliards en juillet prochain. Il ne précise pas les dépenses qui seront affectées. On ne peut donc pas en conclure que la moitié de ces économie supplémentaires devra être reversée aux fonctionnaires. Il faut donc refaire le calcul: 3,5 + 5 = 8,5 milliards sur trois ans, soit 2, 8 milliards par an.
Lundi 7 avril, Eric Woerth déclare sur Europe 1 qu'en fait, pour atteindre l'équilibre budgétaire promis par le président de la République pour 2012, il faudra économiser 10 milliards par an.(1).
Entre le 4 et le 7 avril, le ministre du budget a multiplié par 10 le montant des économies annoncé par Nicolas Sarkozy.
Encore quelques jours et Eric Woerth aura trouvé les 15 milliards d'économies supportées par les plus démunis et les classes moyennes mais qui compenseront les 15 milliards d'allègements fiscaux offerts aux ménages les plus aisés.
Comme Eric Woerth n'a produit jusqu'à présent aucune raison de croire qu'il a suffisamment de courage politique pour corriger le chiffrage , un peu léger il est vrai, du président de la République, force est d'en déduire qu'il essaie de rassurer l'Allemagne tout en s'adressant aux Français comme à des citoyens intellectuellement limités.
(1) Dans ses déclarations de lundi sur Europe 1, le très sournois Eric Woerth annonce une nouvelle ponction de 5 milliards sur les dépenses de la Sécurité Sociale. Elle sera sans doute décidée pendant l'été, quand les "enfants" seront en vacances et s'ajoutera à la franchise médicale qui oblige depuis l'été dernier les malades à financer les plus malades.
17:55 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.04.2008
La gifle silencieuse
Les naïfs pourraient prendre pour une incohérence - une de plus dans une communication assez chaotique- le fait que le ministre des comptes public, Eric Woerth, annonce 5 milliards d'économies supplémentaires moins de quarante-huit heures après que Nicolas Sarkozy ait envisagé 7 milliards d'économies.
Le président de la République serait apparu un peu plus crédible ( quoi que...) en révélant que l'Etat supprimerait 12 milliards de dépenses. Le petit post-scriptum du ministre du Budget fait l'effet d'une improvisation du genre: " Ah oui, au fait, on ne vous avait pas dit...Heu...on avait oublié 5 milliards dans nos calculs..."
Ce n'est pas du tout ça.
Le jour où Nicolas Sarkozy présentait ses 166 mesures - en fait: 70 mesures car il a repris 96 initiatives déjà publiées en janvier - et ses 7 milliards d'économies sur quatre ans - en fait: 3,5 milliards puisque la moitié de l'argent non dépensé sera versé aux fonctionnaires - le ministe allemand des
Finances, Peer Steinbrück, critiquait publiquement les dirigeants français en les déclarant incapables de maîtriser leurs déficits publics.
Chronologie de l'humiliation: vendredi matin, Nicolas Sarkozy déploie ses petites économie. Vendredi à midi, le ministre allemand assène sa gifle aux Français. Samedi, Eric Woerth s'excuse en promettant un nouvel effort de 5 milliards.
Le claquement de la gifle n'a pas retenti à Paris en raison de la servilité de la presse française. Elle a pourtant de fortes résonances:
La France vient de revoir à la hausse sa prévision de déficit public pour 2008, à 2,5% du PIB après 2,7% en 2007. L'Allemagne a dégagé l'an dernier un excédent de 70 millions d'euros et vient d'annoncer un déficit limité à 0,5% du PIB cette année (cinq fois moins élevé que le déficit français).
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