16.12.2008
Reculs: Sarkozy = Chirac
Relances ratées, réformes sans pertinence, recul sur la réforme du lycée, recul sur l'ouverture des magasins le dimanche. L'actuel chef de l'Etat n'est pas plus lucide ni plus décidé que son fade et velléitaire prédécesseur.
Ceux qui ont cru voir en Nicolas Sarkozy, un réformateur capable de hâter l'adaptation de la France au nouvel état du monde manquent singulièrement de culture, de mémoire et de discernement.
De "l'agité" au "fébrile anxiogène"
Comme Jacques Chirac - que Valéry Giscard d'Estaing avait qualifié d'"agité" en 1978 - celui auquel une majorité de Français a cru devoir confier les destinées du pays en 2007 est un fébrile anxiogène qui masque ses insuffisances de décideur derrière un cynisme de bateleur. Fragile pellicule d'autoritarisme sur une complexion bardée d'incertitudes qu'un effrayante inculture aggrave encore. (D'où, peut-être, ces tics compulsifs que la chancelière essaie d'interpréter en regardant tous les films de Louis de Funès pour essayer de comprendre le fonctionnement mental du président des Français.)
Les ravages du clientélisme fiscal
Rien, dans son programme électoral, ne préparait l'économie française à la culture de l'innovation qui est l'avenir des sociétés développées. Avec ses allègements d'impôts, ce programme se situait dans la pure tradition du clientélisme chiraquien. Et, comme tous les allégements fiscaux décidés entre 2002 et 2007 par Chirac, les 17 milliards distribués par Sarkozy aux ménages les plus aisés n'ont absolument pas stimulé la croissance française. Pour une raison simple: les ménages aisés qui reçoivent un supplément de pouvoir d'achat ne consomment pas plus, ils épargnent.
Dans ce programme figuraient des réformes économiquement inutiles, comme la généralisation de l'ouverture dominicale des magasins qui n'accroît pas la consommation, surtout quand celle-ci est bridée par la baisse du pouvoir d'achat. Le président y a ajouté des initiatives clientélistes comme la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public qui ne sert qu'à transférer des revenus vers les groupes privés qui le soutiennent depuis plusieurs années.
La droite a peur des images qui réveillent son effroi
La véritable nature, hyperchiraquienne, du sarkozysme de croisière se révèle précisément à travers l'abandon de la généralisation des emplettes dominicales ainsi qu'à travers le report de la réforme des lycées.
Ces deux reculs montrent que le pouvoir a peur.
Peur des conséquences de son échec économique, conséquences que la récession va aggraver.
Peur des réactions de désespoir de centaines de milliers de salariés promis au chômage.
Peur de la rage des jeunes devant le manque d'avenir.
Peur - et c'est le plus significatif - de l'effet que des images télévisées venues de Grèce pourrait avoir sur les ressentiments français.
La peur des images venues de Grèce prouve que la Droite française reste traumatisée, en profondeur, par l'effroi qu'elle a vécu en mai 1968.
Cet effroi a tétanisé les deux mandats de Jacques Chirac.
Il commence à paralyser le premier quinquennat de son meilleur disciple.
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21.11.2008
Sarkozy puise dans l'épargne des Français
Le Fonds Souverain d'Investissements bricolé par Nicolas Sarkozy ne répond à aucune autre nécessité que celles-ci:
1- Masquer l'impuissance d'un Etat grandiloquent mais désargenté (1), notamment à cause des baisses d'impôts.
2 - Transférer une partie de l'endettement l'Etat sur l'épargne des Français.
Avec tous les risques que comporte un tel "détournement".
"Détournement" il y a par rapport à la vocation de la Caisse des Dépôts et Consignations. La Caisse a été créée le 28 avril 1816 afin de protéger l'épargne des Français dilapidée par Napoléon pour assurer le financement de ses guerres.
Deux transgressions graves
L'OPA sarkozienne a d'abord consisté à transgresser le principe d'autonomie de la CDC: réticents, ses dirigeants ont été contraints de cautionner le fonds élyséen. (Théoriquement, les dirigeants de la Caisse des Dépôts et Consignations ne doivent rendre des comptes qu'à la représentation nationale, c'est à dire aux députés et aux sénateurs. Le Parlement étant ce qu'il est, asservi au pouvoir exécutif, Sarkozy peut imposer ce qu'il veut aux organismes publics "indépendants".)
La seconde atteinte porte sur la gestion indépendante de l'argent confié à la Caisse des Dépôts et Consignations. Cet argent - épargne populaire, retraites des fonctionnaires - doit être géré sans liens avec les aléas du budget de l'Etat. Or, c'est parce que l'Etat n'a plus les moyens financiers de ses ambitions (1) qu'il puise dans l'épargne des Français. (La dotation du fonds élyséen correspond d'ailleurs à peu près (20 milliards) aux 17 milliards de recettes budgétaires supprimées par les baisses d'impôts).
Au départ, Sarkozy envisageait une "force de frappe" de 100 milliards. Avec ses 20 milliards - dont 6 milliards seulement sont immédiatement mobilisables - l'initiative sarkozienne est tout simplement ridicule face aux 3900 à 5000 milliards que totalisent les vrais fonds souverains arabes et asiatiques. (L'initiative française est tellement ridicule - comme celle du "nouveau Bretton Woods" ou de "la refondation du capitalisme" - que l'Union européenne a refusé de l'envisager, malgré l'insistance du président français de l'Union.)
La Caisse des Dépôts s'endette à la place de l'Etat
Ce ridicule risque, pour une fois, de "tuer". Car si les ressources mobilisables s'avèrent insuffisantes, la CDC va devoir emprunter, c'est à dire s'endetter. A la place de l'Etat. (L'astuce est suffisamment grossière pour que la Commission européenne sanctionne ce qui n'est qu'un jeu d'écriture: la France triche sur la réalité de son endettement public (1).
En outre, la CDC va être obligée, dans la conjoncture actuelle, de prendre des risques contraires à sa vocation. Elle détient des participations dans la moitié des entreprises du CAC 40. Or celui-ci a plongé de plus de 50% depuis le début de l'année. Les actifs de la Caisse sont d'ores et déjà affectés par la crise du crédit. Ils vont l'être davantage avec une récession déflationniste qui risque de durer jusqu'en 2011.
Boursicoter avec l'argent des autres
Ce que Sarkozy veut l'obliger à faire est extrêmement dangereux. Habituée à prendre des participations sur le long terme - ce qui est la sagesse même en Bourse - la Caisse va être amenée à prendre des options à court terme, à boursicoter, avec l'épargne des Français.
En effet, quand une entreprise est convoitée par des investisseurs, étrangers ou non, c'est en général parce que cette entreprise est mal gérée ou parce qu'elle est porteuse de synergies avec un autre groupe. Contrainte par Sarkozy, la Caisse bi-centenaire va donc protéger malgré elle des entreprises françaises éventuellement mal gérées ou les empêcher d'acquérir la taille critique en s'alliant avec d'autres entreprises, ce qui est la moindre des choses dans l'économie mondialisé. En investissant dans des entreprises inaptes à la mondialisation, la Caisse des Dépôts et Consignations va perdre de l'argent au lieu de faire fructifier l'épargne des Français en toute sécurité.
Elle en perdra davantage au début de l'année prochaine quand une baisse drastique des taux d'intérêts servis sur les livrets incitera les Français à lui retirer massivement leur épargne.
Une grotesque "ligne Maginot"
Contrairement à ce que prétendent les thuriféraires élyséens, dont l'incompétence n'a d'égale que la veulerie, le fonds de Sarkozy n'est pas un instrument de modernisation économique. Il s'agit, au contraire, d'une grotesque ligne Maginot financière. Elle sera, comme la précédente, rapidement contournée.
La manipulation budgétaire que représente le transfert d'endettement de l'Etat vers la Caisse des Dépôts s'ajoute à deux autres arnaques d'Etat: retards de remboursements à la Sécurité Sociale des allègements de charges décidés par l'Etat et non-compensation intégrale des transferts de charges imposés aux collectivités territoriales.
Grandiloquent bien que financièrement exsangue, l'Etat prend de l'argent à la protection sociale, aux communes, départements et régions et maintenant aux épargnants.
1) Si le budget de l'Etat était excédentaire, un fonds de vigilance eut été peu efficace mais au moins légitime puisque l'argent mobilisable eut été le fruit d'une gestion avisée.
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19.11.2008
DEFICIT: Sarkozy dans le piège mis au point par les conservateurs occidentaux
Le déficit du budget de l'Etat dépassera 51 milliards cette année, soit 10 milliards de plus que ce que prévoit la loi de finances adoptée par le Parlement il y a moins d'un an.
Depuis le début d'exécution - "exécution" est le mot qui convient - du Budget 2008, le gouvernement supervisé par le chef de l'Etat a aggravé le déficit des seules finances de l'Etat d'un milliard par mois.
Le camouflage technique...
La cause de ce phénomène est en apparence d'une grande banalité: en réduisant massivement les impôts le gouvernement s'est privé de recettes. Comme il n' a pas réduit ses dépenses dans les mêmes proportions, il emprunte. L'accumulation des emprunts augmente le volume de la dette publique.
Nicolas Sarkozy se comporte, dans ce domaine comme dans d'autres, en parfait continuateur de Jacques Chirac. Il invoque le même argument, qu'aucun résultat n'est jamais venu valider: diminuer les impôts stimulerait le pouvoir d'achat, donc la consommation, donc la croissance, donc l'emploi.
Ce raisonnement est en réalité le camouflage pseudo technique d'une stratégie idéologique particulièrement sournoise: la droite aggrave délibérément l'endettement de l'Etat afin d'empêcher la gauche de réaliser son programme quand elle accède au pouvoir.
Cette stratégie se vérifie aux Etats-Unis où, depuis Reagan, les administrations républicaines creusent les déficits que les administrations démocrates essaient de combler. Ce qui réduit d'autant les moyens dont elles disposent pour réaliser leurs programmes.
La même stratégie de sabotage est à l'oeuvre en France où, quelle que soit la conjoncture, les gouvernements de gauche s'épuisent à éponger les déficits que les gouvernements de droite ne cessent d'accumuler.
... d'une stratégie d'empêchement budgétaire
Outre sa dimension technique - diminuer les recettes sans vraiment réduire les dépenses - la stratégie d'endettement des pouvoirs conservateurs se double d'un comportement clientéliste en direction des catégories les plus favorisées qui sont les principales, voire les uniques, bénéficiaires des baisses d'impôts. Elle s'appuie surtout sur une remarquable opération d'intoxication: la droite parvient à culpabiliser la gauche en la faisant passer pour laxiste alors que c'est exactement le contraire.
Acceptée et amplifiée par les médias incultes ou complices, l'accusation de laxisme est une manière de camoufler le véritable objectif des conservateurs du monde entier: empêcher toute politique authentique de redistribution des richesses. (C'est à la lumière de cet objectif que la droite s'enracine dans l'essence du conservatisme, même et surtout quand elle prétend incarner le Progrès: conserver les privilèges en perpétuant les inégalités, voire en les aggravant par un partage des richesses plus favorable aux actionnaires qu'aux salariés.) Du coup, la gauche, même quand elle est porteuse d'un projet redistributif raisonnable, ne peut jamais réaliser entièrement la correction des inégalités qu'elle s'était engagée à entreprendre. Elle déçoit ses électeurs qui s'abstiennent et la droite revient au pouvoir afin de préparer l'étape suivante de l'empêchement budgétaire. Cette stratégie est réalisée depuis 1986 en France.
L'empêchement budgétaire que la droite inflige systématiquement à la gauche relativise beaucoup la notion d'alternance démocratique.
Le piège était caché dans la projet de Constitution européenne
C'est le moment de rappeler que le projet de traité constitutionnel rejeté par la Français et les Néerlandais en 2005 prévoyait que l'Union européenne ne pouvait pratiquer que l'économie de marché; ce qui signifie que toute politique économique différente aurait été contraire à la constitution européenne.
Il y avait, cachée dans le volumineux et volontairement illisible, projet de traité constitutionnel, une sacralisation juridique de la stratégie économique d'empêchement budgétaire. De même que les citoyens ne savent pas qu'un gouvernement de gauche est systématiquement mis dans l'impossibilité de réaliser une vraie politique redistributive, les électeurs de mai 2005 n'ont jamais été informés (1) du fait que l'Union européenne allait leur interdire de choisir une autre politique économique que celle des libéraux.
Mais Sarkozy, comme d'habitude, en fait trop
La nouvelle erreur de Nicolas Sarkozy est d'accentuer une stratégie cynique qui a beaucoup servi à Jacques Chirac et dont il a lui-même bénéficié en 2007 face à la candidate socialiste. La gauche étant totalement discréditée et pour longtemps (2), l'actuel locataire de l'Elysée peut envisager sereinement un deuxième quinquennat à partir de 2012. Mais il sera alors condamné à augmenter les impôts sans pouvoir accuser la gauche "redistributrice-laxiste". En effet, d'autres gouvernements conservateurs étrangers auront commis moins d'erreurs que lui: le poids politique de la France en Europe et ailleurs sera gravement affecté par sa vulnérabilité financière (3).
Donc, Nicolas Sarkozy se condamne à augmenter les impôts qu'il a imprudemment diminué en croyant "faire comme Bush" alors qu'en réalité, il pratique une sorte d'hyperchiraquisme budgétaire particulièrement stupide. Le type de stupidité qu'on appelle "politique de Gribouille" ou comment tomber dans le piège conçu pour paralyser l'adversaire. Chirac a pu neutraliser Jospin en 2002 en l'obligeant à avouer que lui, Jospin, socialiste ne mènerait pas une politique socialiste (Les électeurs de gauche n'avaient aucune raison de se mobiliser pour un candidat socialiste qui n'appliquerait pas un programme socialiste: Jospin a été battu dès le premier tour). Mais Sarkozy, lui, se paralyse lui-même tout seul sans l'aide de personne puisqu'il n'aura personne en face de lui.
1) Sauf les lecteurs du "Télégramme" dans la série d'articles qui m'avaient été demandés par la rédaction sur la dimension économique du projet soumis à référendum. Pour le reste, les journalistes n'avaient pas lu le texte de plus de 500 pages et se contentaient de répéter ce que prêchaient les politiciens de droite mais aussi de gauche, dont Ségolène Royal et Martine Aubry. La paresse et le conformisme des journalistes français a produit ce résultat qui en dit long sur la fiabilité de l'information et, donc, la "crise de la presse": 85% d'éditoriaux favorables à la ratification, 55% de Français contre la ratification.
2) La gauche française n'a actuellement que deux personnalités d'envergure présidentielle: Pascal Lamy qui dirige l'Organisation Mondiale du Commerce et Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Ils ne seront jamais reconnus comme tels par l'appareil obsolète du PS; on comprend , d'ailleurs, qu'ils n'aient pas envie de se frotter aux grotesques personnages qui peuplent cet appareil.
Quant à Dominique Strauss-Kahn, il est doublement disqualifié: il s'est laissé expédier au FMI par Sarkozy et il s'est montré incapable de canaliser sa libido dans ses nouvelles fonctions et dans un environnement puritain qu'il était censé connaître.
3) L'abaissement international d'une France budgétairement handicapée et financièrement amoindrie est perceptible dans le comportement d'Angela Markel à l'égard de Nicolas Sarkozy, dans l'évacuation humiliante pour son inspirateur élyséen des notions de "nouveau Bretton Woods" et de "refondation du capitalisme" au G20 des 15 et 16 novembre, sans oublier l'affront infligé au même Sarkozy par Barak Obama. Il a refusé de le recevoir à Chicago le 16 novembre alors que le président français avait fait préparer un plan de vol Washington-Chicago-Paris pour son avion. Il rêvait d'apparaître comme le seul homme d'Etat non américain "consulté" par le futur président des Etats-Unis. Réponse d'Obama:"No way". Du coup, le couple Sarkozy s'est résigné à faire des courses chez Wal-Mart, à New-York.
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