26.12.2008

Le crétin de l'année avait prédit le baril de pétrole à 200 dollars

Arjun N.Murti, 39 ans, analyste à la banque Goldman Sachs publiait le 5 mai dernier une note qui annonçait que le baril de pétrole coûterait 200 dollars avant la fin de l'année.
Le baril de pétrole valait ces derniers temps moins de 38 dollars.
Ce type de crétin est tout à fait remarquable et doit être salué dans la mesure où il entraîne plein d'autres crétins: les spéculateurs qui ont acheté du pétrole papier à 124 dollars le 5 mai dans l'espoir de faire un bénéfice de 76 dollars par baril en quelques mois ont perdu 86 dollars par baril. A moins qu'ils aient revendu en juillet pour acheter des subprimes ou investir dans les fonds Madoff.

Pour mémoire: c'est également chez Goldman Sachs qu'a fait ses classes un autre crétin historique, inventeur des obligations appuyées sur des dettes immobilières des ménages les moins solvables.

21.12.2008

Un empilement de crises sans précédent

Pour résoudre un problème compliqué, il faut essayer de le décomposer en problèmes simples.
Appliqué à la situation économique, cette méthode consiste à discerner les différentes composantes de ce que les médias appellent "la crise".

Le schéma ci-dessous résume la succession chronologique des dysfonctionnements de la sphère économique au sens large, c'est à dire celle qui englobe la spéculation financière, les activités bancaires, l'économie réelle et les parités monétaires:

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Juillet 2007: crise dite des subprimes. On peut la définir en recourant à une métaphore fruitière: quelqu'un a mélangé des pommes et des poires pourries avec des pommes et des poires saines mais aussi des oranges, du raisin, des mangues et des pêches; ce "quelqu'un" - voire la remarque N° 1 - a enfermé le tout dans des sacs opaques et a vendu les sacs ("titrisation") en les présentant comme les plus riches en vitamines (= rendements), ce que toutes les banques ont accepté de croire.

Septembre 2008: crise financière: les banques et compagnies d'assurances qui avaient acheté les produits financiers titrisés ont ouvert les "sacs" et constaté que la pourriture de certains fruits avait contaminé les autres fruits. Plus de vitamines. Les sacs ne valent plus grand chose. Comme personne ne sait ce que les partenaires ont acheté, quels types de sacs et combien de sacs, tout le monde se méfie de tout le monde. Plus personne ne prête à personne. C'est la crise du crédit, autre dénomination de la crise financière.

Octobre 2008: récession économique. Les entreprises ont besoin de crédit pour investir et se développer. Les consommateurs aussi. Quand le crédit se raréfie, l'activité économique ralentit.
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Il est probable qu'un ralentissement se serait produit sans la crise des subprimes et sans la crise du crédit. L'économie réelle obéit en effet à des cycles dont la phase haute, qu'on appelle "surchauffe", produit de l'inflation - ce fut le cas au début de 2008 - et dont la phase basse est appelée "refroidissement" parce qu'elle est censée faire descendre l'inflation à des niveaux supportables.
Ce qui est sûr, c'est que la crise du crédit, conséquence directe de la crise des subprimes, a donné un caractère brutal et profond à la décélération du cycle économique.

Novembre 2008: signes annonciateurs de déflation.Tétanisés par la violence des trois phénomènes conjugués, les investisseurs n'investissent plus et les consommateurs réduisent leurs achats de manière drastique.
L'inversion de la loi de l'offre et de la demande fait que si la demande s'effondre, la valeur de l'offre s'effondre aussi. Une économie en déflation est une économie dans laquelle les produits et les services se déprécient mécaniquement car dès que les prix commencent à baisser, les consommateurs attendent qu'ils baissent encore plus pour acheter. La spirale peut descendre jusqu'en-dessous du prix de revient, ce qui conduit aux fermetures d'entreprises.

Décembre 2008: signes annonciateurs d'une crise monétaire. La décision de la Réserve fédérale américaine de baisser les taux d'intérêt vers 0 provoque une chute du dollar face à l'euro. En même temps, la livre britannique se dévalue ainsi que le rouble russe. La monnaie chinoise devrait suivre car les autorités de Pékin on très peur d'une explosion sociale si la croissance économique descend en-dessous de 7%.
Deux économies seront victimes de cette guerre des changes: l'Europe et le Japon.

SIX PETITES REMARQUES

1) Les origines lointaines mais précises de la situation actuelle - inédite dans l'histoire économique - remontent à l'avènement de l'ultra-libéralisme économique ( = "priorité absolue aux actionnaires en quête de rendements élevés") qui a été politiquement imposée par Ronald Reagan et Margareth Thatcher.
C'est en effet à la fin des années soixante dix que Lewis Ranieri, directeur du courtage à la banque Salomon Brothers, a inventé la titrisation. Elle consiste à adosser des obligations sur des dettes et à mélanger ces obligations (fruits pourris) avec d'autres produits (fruits sains).
Ce n'est pas un hasard si l'invention de Lewis Ranieri date de l'ultra-libéralisme triomphant des années Reagan et si elle a produit ses ravages dans la spéculation immobilière sur l'appauvrissement des plus pauvres pendant les années ultra libérales de George Bush. (A noter que Nicolas Sarkozy, toujours aussi clairvoyant, se déclarait - en 2007 - partisan de la généralisation du crédit hypothècaire en France.)

2) En 2005, Alan Greenspan ancien président de la Réserve fédérale américaine, ne cessait d'annoncer une des plus graves récessions de l'Histoire. En 2006, l'économiste américain Nouriel Roubini insistait en vain sur l'imminence de l'éclatement de la bulle spéculative immobilière provoquée par les subprimes et sur la gravité de la crise financière qui allait en découler. Il a également été le premier à détecter les signes avant-coureurs d'une déflation.

3) Aucune des grandes institutions chargées de suivre les activités financières n'a anticipé l'empilement des cinq crises. La FED et le gouvernement américain ont donné, en septembre, en octobre et en décembre des signes étonnants d'hésitation, voire de panique. Quant à la BCE, elle est complètement coincée entre une obsession de l'inflation qui l'empêche de baisser ses taux directeurs et le risque de déflation que des taux élevés sont susceptibles d'amplifier.

4) Les autorités de surveillance comme la SEC américaine n'ont pas su déceler une escroquerie aussi banale que celle de Bernard Madoff.

5) Les banques et compagnies d'assurance ne savent pas ce qu'elles achètent comme produits financiers. Il semble que le seul critère de placement spéculatif soit une promesse de rendements élevés, sans considération pour la fiabilité de cette promesse.
Il y a lieu de mettre en doute la compétence des dirigeants de banques, de compagnies d'assurances et d'organismes de gestion de patrimoine qui ont perdu des centaines de millions d'euros dans des opérations hasardeuses.
Il y a lieu de mettre en cause l' honnêteté de certains banquiers: l'AMF a sanctionné trois établissements français qui ont placé l'épargne de leurs clients sur des produits douteux sans leur demander leur avis.

6) Les gouvernements parent au plus pressé en préparant les futures crises. L'explosion incontrôlée de l'endettement public ne peut pas rester sans conséquences très graves sur l'épargne mondiale.

19.12.2008

Le gouvernement va surveiller les blogs d'enseignants et d'étudiants

Les lycéens et les enseignants qui s'expriment sur des blogs doivent savoir qu'ils seront surveillés à compter du 1er janvier prochain par une entreprise spécialisée en vertu d'un appel d'offres, dont voici quelques extraits significatifs:

"...La veille devra identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion, repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte, analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau.

Elle décryptera les sources des débats et leurs modes de propagation (...) et anticipera les risques de contagion et de crise.

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

Repérer "les sources stratégiques"

La veille portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc
.
Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion.

La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

"Une cartographie commentée des acteurs et des débats"

Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés.

Plusieurs produits de veille pourront être élaborés suivant une périodicité hebdomadaire, quotidienne ou autre (à définir en fonction de l’actualité) :
- la note de veille éducation (tous sujets confondus)
- la note de veille enseignement supérieur (tous sujets confondus)
- la note de veille recherche (tous sujets confondus)
- la note de veille thématique (un seul sujet couvert)
- la cartographie commentée des acteurs et des débats en présence (un seul thème ou un seul acteur couvert)

Une attention particulière pour "les appels à démission"

Clé de voûte du dispositif de veille, le passage en « mode alerte » visera à transmettre systématiquement les informations stratégiques ou les signaux faibles susceptibles de monter de manière inhabituellement accélérée.

Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel.


Le coût pour le contribuable de cette surveillance sera de 220 000 euros hors taxe par an.