09.01.2008

Commerce extérieur: derrière les chiffres

Le déficit commercial de la France (différence entre les importations et les exportations) évolue en moyenne autour de 3 milliards par mois. Il a atteint 4,8 milliards en novembre, après 3,6 milliards en octobre.

La hausse du pétrole et des matières premières est une des raisons de cette aggravation. Les importations sont passées de 37,3 milliards à 38 milliards entre octobre et novembre. Mais, en novembre, le cours du baril de brut n'avait pas encore atteint 100 dollars (2 janvier 2008).

La cause la plus grave de cette dégradation réside dans la baisse des exportations qui sont passées de 33,9 milliards en octobre à 33 milliards en novembre. Les entreprises françaises perdent des parts de marché, notamment dans l'industrie. Le fait que des entreprises reculent sur les marchés étrangers signifie qu'elles sont de moins en moins compétitives, performantes, dynamiques, innovantes. Elles ne s'adaptent pas à la mondialisation.

La faiblesse du dollar par rapport à l'euro ne saurait être invoquée comme excuse. D'abord parce que le pétrole étant commercialisé en dollars, toute dévaluation de la monnaie américaine réduit le coût de la facture énergétique. Ensuite et surtout parce soumises aux mêmes contraintes monétaires et sociales que les entreprises françaises, les entreprises allemandes exportent de plus en plus. L'excédent commercial a atteint 19 milliards en octobre et les analystes attendent encore 17 milliards d'excédent en novembre.

Sur les onze premiers mois de l'année 2007, l'excédent commercial allemand s'élève à + 186 milliards.
Sur les onze premiers mois de l'année 2007, le déficit commercial français descent à - 37 milliards.

Remarque importante: les exportations allemandes battent des record alors que la consommation intérieure recule. Les exportations françaises s'effondrent alors que la consommation intérieure progresse. L'entêtement dont fait preuve l'exécutif français dans la stimulation de la demande intérieure s'expliquerait donc par le souci de masquer la perte de compétitivité des entreprises hexagonales. Mais les entreprises françaises étant incapables de proposer les produits que les Français veulent acheter- appareils électroniques, écrans de télévision, voitures économes en carburant - toute stimulation de la demande intérieure profite aux importations.

Cette politique de Gribouille a été inaugurée par Jacques Chirac en 1975 (relance française profitable aux exportations allemandes). Elle a été pratiquée par la gauche en 1981 (relance de la consommation profitable aux exportations japonaises avec blocage des magnétoscopes nippons dans des hangars de Poitiers). Elle est poursuivie avec un entêtement stupéfiant compte tenu des échecs antérieurs et dans la plus grande confusion par Nicolas Sarkozy. D'où, sans doute, son intention d'utiliser la Caisse des Dépôts et Consignations pour protéger les entreprises françaises inaptes à la mondialisation.

Car les conditions de la compétition mondiale vont se durcir. Depuis novembre 2007, les cours du pétrole et des matières premières ont encore progressé. Le FMI vient d'annoncer que la croissance mondiale serait plus proche de 3,3% que des 4,8% initialement prévus. Le rétrécissement prévisible de la demande mondiale va exacerber la lutte pour les parts de marchés. Avec éliminations des entreprises les moins compétitives.

13.09.2007

L'euro, le dollar, la compétitivité et les politiciens

L'euro va continuer à s'appprécier face au dollar pour trois raisons.

D'abord, la Réserve fédérale va subir des pressions pour diminuer ses taux directeurs comme elle n'en avait pas subi depuis le début des années quatre-vingt dix, lors de la récession qui avait accompagné la guerre du Golfe. Ces pressions seront d'origine politique car les conservateurs du parti Républicain veulent aborder l'élection présidentielle de 2008 dans un climat économique aussi favorable que possible. Or, le dumping commercial que constitue une dépréciation de la monnaie nationale pénalise les importations de produits étrangers et favorise les produits américains, donc l'emploi aux Etats-Unis. Se présenter devant les électeurs avec un taux de chômage en train de baisser est aussi efficace, électoralement parlant, que le retour au pays de cinq mille GI's hâtiment retirés d'Irak.

Ensuite, Sam Bernanke président de la Réserve fédérale est obligé de tenir comporte des prophéties de son prédécesseur, Alan Greenspan, qui annonce depuis longtemps une récession imminente aux Etats-Unis. Cette vision prend de la consistance avec les effets à retardement, sur l'économie réelle, de la crise boursière de l'été. Sam Bernanke peut donc céder aux pressions électorales en assumant la mission N°1 de la Réserve fédérale qui est de soutenir la croissance économique.

La troisième cause de l'appréciation de l'euro face au dollar tient justement au fait que, contrairement à l'autorité monétaire américiane, la Banque Centrale Européenne n'a pas pour mission principale de favoriser la croissance; elle s'est donnée pour vocation première de poursuivre l'oeuvre de la Bundesbank en combattant l'inflation avant tout, même au détriment de la croissance. Donc la BCE va maintenir des taux relativement élevés, ce qui aménera l'euro à être de plus en plus surévalué, en 2008, par rapport au dollar et probablement aussi par rapport aux monnaies chinoises et japonaises.

La surévaluation de l'euro aura la vertu d'amortir la hausse du pétrole puisque celui-ci sera payé en dollars dévalués. Elle n'affectera probablement pas la compétitité des exportateurs allemands sur les marchés mondiaux. Elle permettra aux policitiens français d'interpeller le président de la BCE afin de masquer les insuffisances des entreprises françaises.