26.02.2008
L'étrange apathie des centrales syndicales
Le débat actuel sur le pouvoir d'achat est à la fois vital et noble. Vital pour la croissance économique, donc pour l'emploi et pour l'équité sociale. Noble parce qu'une démocratie avancée doit sans arrêt se poser la question de la répartition des richesses qu'elle crée.
Le fait le plus remarquable de ce débat est que les directions nationales des principaux syndicats en sont absentes.
Cette absence contraste avec cinq caractéristiques du climat social social actuel:
1 - Les salariés se mobilisent. Les sections locales des confédérations organisent, ici et là, des actions revendicatives visant à obtenir des hausses de salaires. Dans certaines entreprises, les représentants locaux des syndicats sont débordés par les salariés qu'exaspèrent la hausse des prix et les profits réalisés par leurs employeurs.
2 - Les organisations de consommateurs agissent. La publication des relevés effectués par l'Institut National de la Consommation est aussi spectaculaire par les chiffres de hausses qu'elle révèle que par l'inefficacité des organismes officiels, comme l'Observatoire des Prix, créé en novembre dernier par le ministère de l'Economie.
3 - Le gouvernement s'implique. Bien qu'il ne puisse rien faire contre les entreprises qui profitent de la hausse mondiale des prix pour enrichir leurs actionnaires au détriment des consommateurs, le gouvernement s'engage aux côtés de l'association de consommateurs pour dénoncer les abus. C'est purement platonique car aucune sanction n'est prévue, mais la réaction du gouvernement montre que le dossier est à la fois profond, urgent et sensible.
4 - La question du pouvoir d'achat est prioritaire depuis novembre. Pour la première fois depuis très longtemps, le problème du niveau de vie est considéré comme prioritaire par une majorité de personnes interrogées par les organismes de sondages. Le pouvoir d'achat est le souci N°1 devant la sécurité et l'emploi.
5 - Les médias traitent correctement le dossier. Souvent accusés de ne pas s'intéresser suffisamment aux vraies préoccupations des Français, les grands moyens d'information ont correctement traité les mouvements revendicatifs d'une part et les résultats de l'enquête de l'INC sur les prix d'autre part. Il y a même lieu de penser que c'est l'exceptionnelle amplification médiatique de l'enquête publiée par la revue de l'INC qui a poussé le gouvernement à improviser une "réunion de crise" et à décider des "opérations coup de poing".
La question qui se pose est donc de savoir pourquoi les dirigeants nationaux des centrales syndicales sont complètement absents d'un dossier qui leur est éminemment favorable.
Réponse possible: ces dirigeants sont en train de discuter avec le MEDEF des nouvelles règles de leur représentativité et surtout de la répartition des financements officiels. Se partager de l'argent avec le patronat suppose sans doute une certaine retenue.
14:50 Publié dans climat social | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









