16.01.2009
Deux cas flagrants de manipulation élyséenne
Nicolas Sarkozy vient de se livrer à deux manipulations qui illustrent sa conception de la politique: la diversion et l'escamotage assistés par les médias.
Une diversion à la SNCF
En accusant le syndicat SUD-Rail d'être responsable des graves nuisances infligées aux usagers de la gare Saint-Lazare à Paris, le chef de l'Etat se trompe ou ment délibérément, ce qui est inquiétant dans les deux hypothèses. Il y a, à la SNCF depuis plusieurs semaines, un contentieux entre la direction et plusieurs syndicats. SUD-Rail n'est ni à l'origine du droit de retrait consécutif à l'agression d'un conducteur, ni à l'origine du verrouillage de la gare Saint-Lazare.
En désignant SUD Rail (car il faut toujours désigner un "ennemi" pour détourner l'attention) Nicolas Sarkozy fait oublier l'échec de sa loi inapplicable sur le service minimum dans les transports publics terrestres.
Un escamotage sur les banques
En menaçant les banquiers de sanctions parce qu'ils ne consentent pas suffisamment de crédits aux entreprises, Nicolas Sarkozy escamote le fait qu'il n'a aucune autorité sur les décisions d'établissements privés. Il aurait pu en avoir si, au lieu de prêter de l'argent aux banques, il avait fait entrer l'Etat dans le capital des établissements privés qui ont besoin de l'argent public. Devenu actionnaire des établissements en difficulté, l'Etat donc son chef, auraient pu imposer une politique du crédit conforme aux intérêts de la nation. Mais, en novembre dernier, le lobby des banquiers a rejeté cette solution et l'Elysée s'est incliné.
En désignant les banquiers (car il faut toujours désigner des "coupables" pour détourner l'attention), Nicolas Sarkozy profère une menace en l'air qui fait oublier sa capitulation devant les exigences des banquiers.
Avec la complicité des médias
Ces diversions et escamotages grossiers fonctionnent grâce à la complicité des médias qui les valident en les amplifiant.
La veulerie de la presse française a atteint un degré tel que l'exercice concret de la démocratie n'est plus garanti puisque les citoyens sont désormais privés des éléments, positifs et négatifs, qui leur permettraient d'ajuster en permanence leur jugement sur l'action de l'Exécutif.
Les réalités cachées
En accentuant une connivence servile qui n'existe que dans les régimes autocratiques (pays très proches où les journaux doivent publier chaque jour une photo du chef de l'Etat à la "une"), Nicolas Sarkozy et ses pitoyables thuriféraires médiatiques négligent des réalités décisives.
Par exemple, le fait que les tensions à la SNCF soient motivés par une surenchère syndicale dans la perspective d'élections professionnelles devrait inciter à s'interroger sur les raisons qui poussent de plus en plus de jeunes salariés de ce secteur à rallier le syndicat SUD-Rail et sur les conséquences à moyen et à long terme de ce phénomène.
Par exemple encore, le fait que les banquiers ne redistribuent pas aux entreprises sous forme de crédits l'argent que l'Etat leur prête devrait inciter à se pencher sur les conditions dans lesquelles les banques reconstituent leurs marges et surtout sur leur stratégie: profiter de la récession pour faire de bonnes affaires en organisant le rachat des entreprises qu'elles mettent en difficulté. La "crise" sera désignée comme responsable des disparitions d'entreprises mais comme le dit un banquier, la crise c'est aussi une occasion de faciliter les consolidations.
Comprenez "fusions".
Comprenez : rachat des plus vulnérables par les plus solides pour prendre des parts de marché.
Cela ne sera pas expliqué aux citoyens.
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13.01.2009
Un exemple de réforme inutile et dangereuse
Plusieurs centaines de milliers de personnes viennent de subir les désagréments de la fermeture totale de la gare Saint-Lazare à Paris.
Conséquence d'une grève surprise des agents de conduite, cette fermeture est sans précédent.
La loi imposant un service minimum dans les transports terrestres a été votée en août 2007. La paralysie totale de la gare Saint-Lazare prouve qu'elle ne sert strictement à rien. Comme ne sert à rien la loi sur le service minimum dans l'Education nationale.
Ces deux exemples révèlent l'inanité de réformes bravaches qui, non seulement ne modifient en rien la vie concrète des citoyens, mais accélèrent la perte de crédibilité des hommes politiques.
Voter une loi qui ne fonctionne pas accroît la défiance à l'égard de la loi. Cette défiance est une des sources de l'incivilité qui taraude nos sociétés.
Voter une réforme qui ne réforme rien, c'est brouiller la perception du réformisme. C'est mélanger les changements nécessaires avec les annonces cosmétiques. C'est faire planer un doute légitime sur les véritables objectifs de certains projets gouvernementaux.
Contrairement à ce que ses pathétiques thuriféraires essaient de faire croire, le "volontarisme" de Nicolas Sarkozy ne contribue pas à réhabiliter le politique. Au contraire, puisque ce "volontarisme" débouche sur l'inefficacité.
Le "volontarisme" du bateleur n'a rien à voir avec l'éthique du décideur.
L'homme qui a dernièrement affirmé qu'en France, désormais, "quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit" est un piètre dirigeant.
15:00 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.01.2009
Les lanceurs de relances
Les politiciens du monde entier se livrent depuis septembre à un concours de relances. Barak Obama prend le relais de George Bush (et procède, comme lui, à des réductions d'impôts, ce qui devrait faire réfléchir ceux qui se sont pâmés devant ses promesses électorales). Nicolas Sarkozy essaie de rattraper Gordon Brown (et procède comme Jacques Chirac en 1974 à des relances qui ne servent à rien). Angela Merkel galope derrière Nicolas Sarkozy parce qu'elle prépare des élections législatives.
Ces jeux olympiques de la relance économique révèlent trois phénomènes:
1- Panique des politiciens: ils ne comprennent pas ce qui s'est passé; il n'ont prise sur rien, ni sur les banques ni sur les consommateurs; ils ne savent pas ce qui va se passer. La panique inspire des décisions absurdes comme celle qui consiste à vouloir restaurer "la confiance" en multipliant des plans de relance qui accentuent la défiance.
2 - Impunité des incompétents: les banquiers d'affaires, gérants de fonds et financiers de tous poils qui sont à l'origine de la crise du crédit, élément déclencheur de la récession, elle-même génératrice de déflation sortent indemnes puisque les politiciens déversent des milliers de milliards sur leurs pertes.
3 - Le "sauvetage"prépare la prochaine crise: les milliards de dollars et d'euros que les politiciens font imprimer par "la planche à billets" afin d'exonérer les financiers incompétents de toute responsabilité vont créer une énorme inflation à partir de 2011 et créer une nouvelle bulle spéculative qui éclatera vers 2013.
Les politiciens, Obama compris, compliquent la résolution des problèmes.
Ils n'ont pas la lucidité qui leur permettrait de comprendre que la panique les discrédite.
Ils n'ont pas le courage de sanctionner les financiers dont les agissements troublent l'ordre public.
Ils n'ont pas suffisamment d'imagination pour proposer une vision régénérée de l'économie mondialisée.
13:00 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.01.2009
Le probable, le plausible et l'inconnu
Dysfonctionnements financiers jusqu'en 2011, troubles sociaux dès février, évènement bouleversant dans l'année. Outre l'extrapolation des lignes de force produites par le passé récent, l'avenir à moyen terme peut se concevoir en niveaux décroissants de vraisemblance.
Le catastrophisme est le premier inconvénient de la prospective. Car même en écartant l'idée stupide selon laquelle "le pire est toujours sûr", il serait absurde d'escamoter le fait que les changements décisifs ont presque toujours été provoqués par de sinistres évènements.
La deuxième difficulté de l'exercice réside dans l'évaluation des possibilités.
J'ai choisi de les répartir entre trois catégories:
- Sont considérés comme probables les phénomènes dont les conditions d'avènement existent déjà. C'est le cas dans l'actualité économique.
- Sont plausibles les phénomènes pour lesquelles l'expérience et la logique déductive permettent de "construire" des enchaînements de causes à effets. Tel est le cadre dans lequel s'inscrit l'hypothèse de troubles sociaux.
-Sont imprévisibles mais concevables des surgissements et singularités que fécondent l'imagination et le raisonnement. Une singularité est quelque chose de significatif qui ne relève d'aucune grille d'explication. Une singularité peut être l'amorce d'une émergence. Une émergence peut accoucher d'un phénomène majeur durable. En décembre 1999, l'infiltration simultanée au nord est et au nord ouest des Etats-Unis, de terroristes islamistes venus du Canada pour accomplir des carnages simultanément à Las Vegas et à Times Square était une singularité dont l'émergence est survenue le 11 septembre 2001 avec, comme phénomène structurant, une conflictualité asymétrique - terrorisme international contre démocratie universaliste guerrière - et ses conséquences: invasions de l'Afghanistan et de l'Irak.
Encore deux ans de dysfonctionnements économiques
Il est ainsi vraisemblable que l'empilement des crises - dévaluations monétaires sur déflation, déflation sur récession, récession sur assèchement du crédit, assèchement du crédit sur effondrement spéculatif - que cette accumulation sans précédent de dysfonctionnements conduise à une dislocation plus ou moins brutale du système économique mondial par deux phénomènes: inflation ou/et krach obligataire. L'inflation est inévitable parce que les Etats sont en train de fabriquer massivement du papier qui n'a de monnaie que le nom. Krach obligataire parce que les conditions aberrantes dans lesquelles ces Etats empruntent ne peuvent qu'engendrer une hausse des taux d'intérêts: des centaines de millions de prêteurs seront spoliés ou ruinés. Cela se produira en 2010 ou en 2011.
Troubles émergents et viraux
Un peu moins fatals mais plausibles, les troubles sociaux peuvent surgir sporadiquement et se propager sans autre logique que celle, virale, des réseaux. A surveiller notamment, les frustrations engendrées par la récession dans les classes moyennes des puissances émergentes, dont la Chine et la Russie. Ces classes moyennes vont se voir brutalement privées du bien-être relatif auquel elles commençaient à accéder après de longues années de privations et au prix d'un énorme labeur. Elles n'accepteront pas sans réagir violemment que ce droit au bonheur matériel soit capté par des castes dont elles ne supportaient le joug qu'en fonction d'une prospérité à venir. Les images de ces colères populaires peuvent "contaminer" des populations moins menacées de régression mais rendues anxieuses par une paupérisation rampante. Dans une telle configuration, L'Italie, la France et la Belgique ne sont pas simplement des extrapolations de ce qui s'est passé et de ce qui va encore se passer en Grêce. Ces pays contiennent des ferments de rancoeurs qui ne trouvent aucun débouché politique.
Traumatismes concevables
L'inconnu englobe, par définition, tout phénomène ou évènement décisif qui ne dispense aucun signe annonciateur. Les dysfonctionnements économiques n'étaient pas tous prévisibles mais certains - effondrement spéculatif, récession - s'annonçaient dès 2005 et se sont précisés à partir de l'été 2007. Cependant, il n'est pas tout à fait fantasmatique d'envisager - par exemple - l'assassinat de Barak Obama, compte tenu de ce qu'est le peuple américain dans sa complexité. Une soudaine et cruciale contraction technologique - affaissement partiel ou total du réseau mondial internet - peut mettre en cause des pans entiers du modèle économique ainsi et surtout que des modes de vie qui ancrent les individus et les communautés dans la sociabilité. Toutes sortes de conflits, notamment entre l'Inde et le Pakistan donc la Chine (trois puissances nucléaires) peuvent se réactiver sous n'importe quel prétexte.
Justifications contradictoires de l'optimisme
L'optimisme ne peut pas être exclu d'un exercice de prospective modulée. D'abord parce que des manifestations de lucidité économique, politique, technologique prolifèrent. Les sociétés humaines sont devenues plus réflexives: elles examinent de manière un peu plus attentive que celles du passé les conséquences de leurs choix fondamentaux. Le fait nouveau et porteur d'avenir vient de ce que même les Etats les plus "fermés" comme ceux de la Corée du Nord ou de l'Iran acceptent la rationalité comme méthode pour trouver une solution aux problèmes de leurs peuples. Or l'intrusion de la rationalité dans ces sphères de pouvoir est un atout considérable à double effet. D'abord, elle neutralise les fondamentalismes morbides, ceux de l'Islam pour lesquels le recours à la destruction nucléaire est compatible avec une fin du monde espérée et ceux du protestantisme perverti par le dogme impérialiste de la "destinée manifeste" (USA 1839- 2008). Ensuite, la rationalité permet d'élaborer les compromis masquées par les croyances religieuses et idéologiques.
Par ailleurs, force est de reconnaître que les évènements désagréables servent souvent, pas toujours, de condition nécessaire à une régénération salutaire des manières de penser et d'agir.
15:25 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









