01.01.2009
Le probable, le plausible et l'inconnu
Dysfonctionnements financiers jusqu'en 2011, troubles sociaux dès février, évènement bouleversant dans l'année. Outre l'extrapolation des lignes de force produites par le passé récent, l'avenir à moyen terme peut se concevoir en niveaux décroissants de vraisemblance.
Le catastrophisme est le premier inconvénient de la prospective. Car même en écartant l'idée stupide selon laquelle "le pire est toujours sûr", il serait absurde d'escamoter le fait que les changements décisifs ont presque toujours été provoqués par de sinistres évènements.
La deuxième difficulté de l'exercice réside dans l'évaluation des possibilités.
J'ai choisi de les répartir entre trois catégories:
- Sont considérés comme probables les phénomènes dont les conditions d'avènement existent déjà. C'est le cas dans l'actualité économique.
- Sont plausibles les phénomènes pour lesquelles l'expérience et la logique déductive permettent de "construire" des enchaînements de causes à effets. Tel est le cadre dans lequel s'inscrit l'hypothèse de troubles sociaux.
-Sont imprévisibles mais concevables des surgissements et singularités que fécondent l'imagination et le raisonnement. Une singularité est quelque chose de significatif qui ne relève d'aucune grille d'explication. Une singularité peut être l'amorce d'une émergence. Une émergence peut accoucher d'un phénomène majeur durable. En décembre 1999, l'infiltration simultanée au nord est et au nord ouest des Etats-Unis, de terroristes islamistes venus du Canada pour accomplir des carnages simultanément à Las Vegas et à Times Square était une singularité dont l'émergence est survenue le 11 septembre 2001 avec, comme phénomène structurant, une conflictualité asymétrique - terrorisme international contre démocratie universaliste guerrière - et ses conséquences: invasions de l'Afghanistan et de l'Irak.
Encore deux ans de dysfonctionnements économiques
Il est ainsi vraisemblable que l'empilement des crises - dévaluations monétaires sur déflation, déflation sur récession, récession sur assèchement du crédit, assèchement du crédit sur effondrement spéculatif - que cette accumulation sans précédent de dysfonctionnements conduise à une dislocation plus ou moins brutale du système économique mondial par deux phénomènes: inflation ou/et krach obligataire. L'inflation est inévitable parce que les Etats sont en train de fabriquer massivement du papier qui n'a de monnaie que le nom. Krach obligataire parce que les conditions aberrantes dans lesquelles ces Etats empruntent ne peuvent qu'engendrer une hausse des taux d'intérêts: des centaines de millions de prêteurs seront spoliés ou ruinés. Cela se produira en 2010 ou en 2011.
Troubles émergents et viraux
Un peu moins fatals mais plausibles, les troubles sociaux peuvent surgir sporadiquement et se propager sans autre logique que celle, virale, des réseaux. A surveiller notamment, les frustrations engendrées par la récession dans les classes moyennes des puissances émergentes, dont la Chine et la Russie. Ces classes moyennes vont se voir brutalement privées du bien-être relatif auquel elles commençaient à accéder après de longues années de privations et au prix d'un énorme labeur. Elles n'accepteront pas sans réagir violemment que ce droit au bonheur matériel soit capté par des castes dont elles ne supportaient le joug qu'en fonction d'une prospérité à venir. Les images de ces colères populaires peuvent "contaminer" des populations moins menacées de régression mais rendues anxieuses par une paupérisation rampante. Dans une telle configuration, L'Italie, la France et la Belgique ne sont pas simplement des extrapolations de ce qui s'est passé et de ce qui va encore se passer en Grêce. Ces pays contiennent des ferments de rancoeurs qui ne trouvent aucun débouché politique.
Traumatismes concevables
L'inconnu englobe, par définition, tout phénomène ou évènement décisif qui ne dispense aucun signe annonciateur. Les dysfonctionnements économiques n'étaient pas tous prévisibles mais certains - effondrement spéculatif, récession - s'annonçaient dès 2005 et se sont précisés à partir de l'été 2007. Cependant, il n'est pas tout à fait fantasmatique d'envisager - par exemple - l'assassinat de Barak Obama, compte tenu de ce qu'est le peuple américain dans sa complexité. Une soudaine et cruciale contraction technologique - affaissement partiel ou total du réseau mondial internet - peut mettre en cause des pans entiers du modèle économique ainsi et surtout que des modes de vie qui ancrent les individus et les communautés dans la sociabilité. Toutes sortes de conflits, notamment entre l'Inde et le Pakistan donc la Chine (trois puissances nucléaires) peuvent se réactiver sous n'importe quel prétexte.
Justifications contradictoires de l'optimisme
L'optimisme ne peut pas être exclu d'un exercice de prospective modulée. D'abord parce que des manifestations de lucidité économique, politique, technologique prolifèrent. Les sociétés humaines sont devenues plus réflexives: elles examinent de manière un peu plus attentive que celles du passé les conséquences de leurs choix fondamentaux. Le fait nouveau et porteur d'avenir vient de ce que même les Etats les plus "fermés" comme ceux de la Corée du Nord ou de l'Iran acceptent la rationalité comme méthode pour trouver une solution aux problèmes de leurs peuples. Or l'intrusion de la rationalité dans ces sphères de pouvoir est un atout considérable à double effet. D'abord, elle neutralise les fondamentalismes morbides, ceux de l'Islam pour lesquels le recours à la destruction nucléaire est compatible avec une fin du monde espérée et ceux du protestantisme perverti par le dogme impérialiste de la "destinée manifeste" (USA 1839- 2008). Ensuite, la rationalité permet d'élaborer les compromis masquées par les croyances religieuses et idéologiques.
Par ailleurs, force est de reconnaître que les évènements désagréables servent souvent, pas toujours, de condition nécessaire à une régénération salutaire des manières de penser et d'agir.
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