21.11.2008
Sarkozy puise dans l'épargne des Français
Le Fonds Souverain d'Investissements bricolé par Nicolas Sarkozy ne répond à aucune autre nécessité que celles-ci:
1- Masquer l'impuissance d'un Etat grandiloquent mais désargenté (1), notamment à cause des baisses d'impôts.
2 - Transférer une partie de l'endettement l'Etat sur l'épargne des Français.
Avec tous les risques que comporte un tel "détournement".
"Détournement" il y a par rapport à la vocation de la Caisse des Dépôts et Consignations. La Caisse a été créée le 28 avril 1816 afin de protéger l'épargne des Français dilapidée par Napoléon pour assurer le financement de ses guerres.
Deux transgressions graves
L'OPA sarkozienne a d'abord consisté à transgresser le principe d'autonomie de la CDC: réticents, ses dirigeants ont été contraints de cautionner le fonds élyséen. (Théoriquement, les dirigeants de la Caisse des Dépôts et Consignations ne doivent rendre des comptes qu'à la représentation nationale, c'est à dire aux députés et aux sénateurs. Le Parlement étant ce qu'il est, asservi au pouvoir exécutif, Sarkozy peut imposer ce qu'il veut aux organismes publics "indépendants".)
La seconde atteinte porte sur la gestion indépendante de l'argent confié à la Caisse des Dépôts et Consignations. Cet argent - épargne populaire, retraites des fonctionnaires - doit être géré sans liens avec les aléas du budget de l'Etat. Or, c'est parce que l'Etat n'a plus les moyens financiers de ses ambitions (1) qu'il puise dans l'épargne des Français. (La dotation du fonds élyséen correspond d'ailleurs à peu près (20 milliards) aux 17 milliards de recettes budgétaires supprimées par les baisses d'impôts).
Au départ, Sarkozy envisageait une "force de frappe" de 100 milliards. Avec ses 20 milliards - dont 6 milliards seulement sont immédiatement mobilisables - l'initiative sarkozienne est tout simplement ridicule face aux 3900 à 5000 milliards que totalisent les vrais fonds souverains arabes et asiatiques. (L'initiative française est tellement ridicule - comme celle du "nouveau Bretton Woods" ou de "la refondation du capitalisme" - que l'Union européenne a refusé de l'envisager, malgré l'insistance du président français de l'Union.)
La Caisse des Dépôts s'endette à la place de l'Etat
Ce ridicule risque, pour une fois, de "tuer". Car si les ressources mobilisables s'avèrent insuffisantes, la CDC va devoir emprunter, c'est à dire s'endetter. A la place de l'Etat. (L'astuce est suffisamment grossière pour que la Commission européenne sanctionne ce qui n'est qu'un jeu d'écriture: la France triche sur la réalité de son endettement public (1).
En outre, la CDC va être obligée, dans la conjoncture actuelle, de prendre des risques contraires à sa vocation. Elle détient des participations dans la moitié des entreprises du CAC 40. Or celui-ci a plongé de plus de 50% depuis le début de l'année. Les actifs de la Caisse sont d'ores et déjà affectés par la crise du crédit. Ils vont l'être davantage avec une récession déflationniste qui risque de durer jusqu'en 2011.
Boursicoter avec l'argent des autres
Ce que Sarkozy veut l'obliger à faire est extrêmement dangereux. Habituée à prendre des participations sur le long terme - ce qui est la sagesse même en Bourse - la Caisse va être amenée à prendre des options à court terme, à boursicoter, avec l'épargne des Français.
En effet, quand une entreprise est convoitée par des investisseurs, étrangers ou non, c'est en général parce que cette entreprise est mal gérée ou parce qu'elle est porteuse de synergies avec un autre groupe. Contrainte par Sarkozy, la Caisse bi-centenaire va donc protéger malgré elle des entreprises françaises éventuellement mal gérées ou les empêcher d'acquérir la taille critique en s'alliant avec d'autres entreprises, ce qui est la moindre des choses dans l'économie mondialisé. En investissant dans des entreprises inaptes à la mondialisation, la Caisse des Dépôts et Consignations va perdre de l'argent au lieu de faire fructifier l'épargne des Français en toute sécurité.
Elle en perdra davantage au début de l'année prochaine quand une baisse drastique des taux d'intérêts servis sur les livrets incitera les Français à lui retirer massivement leur épargne.
Une grotesque "ligne Maginot"
Contrairement à ce que prétendent les thuriféraires élyséens, dont l'incompétence n'a d'égale que la veulerie, le fonds de Sarkozy n'est pas un instrument de modernisation économique. Il s'agit, au contraire, d'une grotesque ligne Maginot financière. Elle sera, comme la précédente, rapidement contournée.
La manipulation budgétaire que représente le transfert d'endettement de l'Etat vers la Caisse des Dépôts s'ajoute à deux autres arnaques d'Etat: retards de remboursements à la Sécurité Sociale des allègements de charges décidés par l'Etat et non-compensation intégrale des transferts de charges imposés aux collectivités territoriales.
Grandiloquent bien que financièrement exsangue, l'Etat prend de l'argent à la protection sociale, aux communes, départements et régions et maintenant aux épargnants.
1) Si le budget de l'Etat était excédentaire, un fonds de vigilance eut été peu efficace mais au moins légitime puisque l'argent mobilisable eut été le fruit d'une gestion avisée.
11:45 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note










Commentaires
Ce commentaire d'A.Joannes auquel j'adhère totalement confirme la faiblesse actelle du "poids" de nos assemblées face à l'omniprésence de notre président dans les divers domaines de notre vie politique, économique, sociale....et j'en passe !
Ecrit par : Favennec | 30.11.2008
Les commentaires sont fermés.