19.11.2008
DEFICIT: Sarkozy dans le piège mis au point par les conservateurs occidentaux
Le déficit du budget de l'Etat dépassera 51 milliards cette année, soit 10 milliards de plus que ce que prévoit la loi de finances adoptée par le Parlement il y a moins d'un an.
Depuis le début d'exécution - "exécution" est le mot qui convient - du Budget 2008, le gouvernement supervisé par le chef de l'Etat a aggravé le déficit des seules finances de l'Etat d'un milliard par mois.
Le camouflage technique...
La cause de ce phénomène est en apparence d'une grande banalité: en réduisant massivement les impôts le gouvernement s'est privé de recettes. Comme il n' a pas réduit ses dépenses dans les mêmes proportions, il emprunte. L'accumulation des emprunts augmente le volume de la dette publique.
Nicolas Sarkozy se comporte, dans ce domaine comme dans d'autres, en parfait continuateur de Jacques Chirac. Il invoque le même argument, qu'aucun résultat n'est jamais venu valider: diminuer les impôts stimulerait le pouvoir d'achat, donc la consommation, donc la croissance, donc l'emploi.
Ce raisonnement est en réalité le camouflage pseudo technique d'une stratégie idéologique particulièrement sournoise: la droite aggrave délibérément l'endettement de l'Etat afin d'empêcher la gauche de réaliser son programme quand elle accède au pouvoir.
Cette stratégie se vérifie aux Etats-Unis où, depuis Reagan, les administrations républicaines creusent les déficits que les administrations démocrates essaient de combler. Ce qui réduit d'autant les moyens dont elles disposent pour réaliser leurs programmes.
La même stratégie de sabotage est à l'oeuvre en France où, quelle que soit la conjoncture, les gouvernements de gauche s'épuisent à éponger les déficits que les gouvernements de droite ne cessent d'accumuler.
... d'une stratégie d'empêchement budgétaire
Outre sa dimension technique - diminuer les recettes sans vraiment réduire les dépenses - la stratégie d'endettement des pouvoirs conservateurs se double d'un comportement clientéliste en direction des catégories les plus favorisées qui sont les principales, voire les uniques, bénéficiaires des baisses d'impôts. Elle s'appuie surtout sur une remarquable opération d'intoxication: la droite parvient à culpabiliser la gauche en la faisant passer pour laxiste alors que c'est exactement le contraire.
Acceptée et amplifiée par les médias incultes ou complices, l'accusation de laxisme est une manière de camoufler le véritable objectif des conservateurs du monde entier: empêcher toute politique authentique de redistribution des richesses. (C'est à la lumière de cet objectif que la droite s'enracine dans l'essence du conservatisme, même et surtout quand elle prétend incarner le Progrès: conserver les privilèges en perpétuant les inégalités, voire en les aggravant par un partage des richesses plus favorable aux actionnaires qu'aux salariés.) Du coup, la gauche, même quand elle est porteuse d'un projet redistributif raisonnable, ne peut jamais réaliser entièrement la correction des inégalités qu'elle s'était engagée à entreprendre. Elle déçoit ses électeurs qui s'abstiennent et la droite revient au pouvoir afin de préparer l'étape suivante de l'empêchement budgétaire. Cette stratégie est réalisée depuis 1986 en France.
L'empêchement budgétaire que la droite inflige systématiquement à la gauche relativise beaucoup la notion d'alternance démocratique.
Le piège était caché dans la projet de Constitution européenne
C'est le moment de rappeler que le projet de traité constitutionnel rejeté par la Français et les Néerlandais en 2005 prévoyait que l'Union européenne ne pouvait pratiquer que l'économie de marché; ce qui signifie que toute politique économique différente aurait été contraire à la constitution européenne.
Il y avait, cachée dans le volumineux et volontairement illisible, projet de traité constitutionnel, une sacralisation juridique de la stratégie économique d'empêchement budgétaire. De même que les citoyens ne savent pas qu'un gouvernement de gauche est systématiquement mis dans l'impossibilité de réaliser une vraie politique redistributive, les électeurs de mai 2005 n'ont jamais été informés (1) du fait que l'Union européenne allait leur interdire de choisir une autre politique économique que celle des libéraux.
Mais Sarkozy, comme d'habitude, en fait trop
La nouvelle erreur de Nicolas Sarkozy est d'accentuer une stratégie cynique qui a beaucoup servi à Jacques Chirac et dont il a lui-même bénéficié en 2007 face à la candidate socialiste. La gauche étant totalement discréditée et pour longtemps (2), l'actuel locataire de l'Elysée peut envisager sereinement un deuxième quinquennat à partir de 2012. Mais il sera alors condamné à augmenter les impôts sans pouvoir accuser la gauche "redistributrice-laxiste". En effet, d'autres gouvernements conservateurs étrangers auront commis moins d'erreurs que lui: le poids politique de la France en Europe et ailleurs sera gravement affecté par sa vulnérabilité financière (3).
Donc, Nicolas Sarkozy se condamne à augmenter les impôts qu'il a imprudemment diminué en croyant "faire comme Bush" alors qu'en réalité, il pratique une sorte d'hyperchiraquisme budgétaire particulièrement stupide. Le type de stupidité qu'on appelle "politique de Gribouille" ou comment tomber dans le piège conçu pour paralyser l'adversaire. Chirac a pu neutraliser Jospin en 2002 en l'obligeant à avouer que lui, Jospin, socialiste ne mènerait pas une politique socialiste (Les électeurs de gauche n'avaient aucune raison de se mobiliser pour un candidat socialiste qui n'appliquerait pas un programme socialiste: Jospin a été battu dès le premier tour). Mais Sarkozy, lui, se paralyse lui-même tout seul sans l'aide de personne puisqu'il n'aura personne en face de lui.
1) Sauf les lecteurs du "Télégramme" dans la série d'articles qui m'avaient été demandés par la rédaction sur la dimension économique du projet soumis à référendum. Pour le reste, les journalistes n'avaient pas lu le texte de plus de 500 pages et se contentaient de répéter ce que prêchaient les politiciens de droite mais aussi de gauche, dont Ségolène Royal et Martine Aubry. La paresse et le conformisme des journalistes français a produit ce résultat qui en dit long sur la fiabilité de l'information et, donc, la "crise de la presse": 85% d'éditoriaux favorables à la ratification, 55% de Français contre la ratification.
2) La gauche française n'a actuellement que deux personnalités d'envergure présidentielle: Pascal Lamy qui dirige l'Organisation Mondiale du Commerce et Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Ils ne seront jamais reconnus comme tels par l'appareil obsolète du PS; on comprend , d'ailleurs, qu'ils n'aient pas envie de se frotter aux grotesques personnages qui peuplent cet appareil.
Quant à Dominique Strauss-Kahn, il est doublement disqualifié: il s'est laissé expédier au FMI par Sarkozy et il s'est montré incapable de canaliser sa libido dans ses nouvelles fonctions et dans un environnement puritain qu'il était censé connaître.
3) L'abaissement international d'une France budgétairement handicapée et financièrement amoindrie est perceptible dans le comportement d'Angela Markel à l'égard de Nicolas Sarkozy, dans l'évacuation humiliante pour son inspirateur élyséen des notions de "nouveau Bretton Woods" et de "refondation du capitalisme" au G20 des 15 et 16 novembre, sans oublier l'affront infligé au même Sarkozy par Barak Obama. Il a refusé de le recevoir à Chicago le 16 novembre alors que le président français avait fait préparer un plan de vol Washington-Chicago-Paris pour son avion. Il rêvait d'apparaître comme le seul homme d'Etat non américain "consulté" par le futur président des Etats-Unis. Réponse d'Obama:"No way". Du coup, le couple Sarkozy s'est résigné à faire des courses chez Wal-Mart, à New-York.
14:00 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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