24.10.2008
Sarkozy parle, les bourses plongent
Si on ajoute aux 360 milliards de garanties et "prises de participations" les dizaines de milliards du Fonds de Soutien aux firmes tricolores menacées d'OPA et le manque à gagner des exonérations de taxe professionnelle, Nicolas Sarkozy a virtuellement dépensé plus de 500 milliards pour sauver le système financier et les entreprises françaises.
Or, phénomène étrange, chaque fois que le locataire de l'Elysée parle en sauveur (1), les bourses - et notamment celle de Paris - s'écroulent. C'est ainsi que l'on pourrait attribuer à l'impromptu élyséen du 4 octobre (avec son communiqué officiel publié à 19h59 afin que les initiatives du Président fassent l'ouverture des journaux de 20 heures) la mésaventure des traders de la Caisse d'Epargne: ils avaient sans doute spéculé sur le fait que le G4 du samedi provoquerait un redressement des indices dans la semaine mais dès le lundi 6 octobre, les indices "dévissaient": 700 millions de pertes.
Un dirigeant anxiogène
Depuis l'inoubliable discours de Toulon, plus Sarkozy parle - et il parle plusieurs fois par semaine - plus la courbe du CAC descend vers le niveau où elle se trouvait il y a vingt ans.
Bien sûr, le président français n'est pas le responsable principal et direct des paniques récurrentes. Celle d'hier, par exemple, a été plutôt provoquée par les avertissements sur résultats des grandes entreprises américaines et européennes. Mais surtout sont apparus en Chine et en Corée du Sud, des signes annonciateurs de récession dans les économies émergentes. Or, il était généralement admis jusqu'ici qu'elles seraient épargnées et qu'elles pourraient être un point d'appui pour une reprise dans le reste du monde.
Il reste que le comportement anxiogène de Nicolas Sarkozy agit simultanément sur deux plans:
1) Conséquences irrationnelles: plus il en rajoute dans les plans de soutien, de sauvetage, et de défense, plus il accrédite le sentiment que la situation est beaucoup plus grave que ce que les discours officiels tentent de faire croire. Pour signifier que cette fébrilité communicative n'est pas digne d'un homem d'Etat, Valéry Giscard d'Estaing est sorti de sa retraite pour suggérer à Sarkozy de se calmer.
Mais la conscience malheureuse, profondément et puérilement inquiète, du locataire actuel de l'Elysée l'amène à se démener davantage, et de plus en plus rageusement, quand la réalité ne lui obéit pas.
C'est ainsi que n'ayant pas réussi à concrétiser son caprice de plan européen de sauvetage copié sur le plan américain, il veut tenter une sorte de "putsch" sur l'eurogroupe quand ses six mois de présidence seront terminés. Colère de tous les autres dirigeants européens.
Pour les punir, le petit Français se fabrique un instrument financier susceptible (croit-il) d'empêcher des firmes européennes de convoiter des firmes françaises. (A noter que dans l'esprit très européen de Sarkozy, les firmes françaises, elles, ont le droit de convoiter des firmes européennes). Ulcérée par le comportement du bonhomme, la chancelière allemande a littéralement convoqué le président en exercice de l'Union, camouflet sans précédent. Le petit Nicolas, boudeur, fait répondre qu'il n'a pas le temps.
L'argent dépensé n'appartient pas à l'Etat
Effets rationnels: Nicolas Sarkozy dépense de l'argent qui n'appartient pas à l'Etat. L'Etat n'a absolument aucun excédent budgétaire qui lui permettrait de jouer le rôle de sauveur dans lequel Sarkozy essaie de se glisser.
Les emprunts que l'Etat "en faillite" selon Fillon va lever sur les marchés internationaux alourdiront une dette publique phénoménale dont les contribuables supporteront la charge.
Le Fonds patriotique de Protection des Firmes Françaises Contre les Firmes de l'Etranger sera gagé sur l'épargne des Français, que la CDC devrait normalement protéger.
La suppression de la taxe professionnelle sur les nouveaux investissements des entreprises n'est pas un manque à gagner pour l'Etat. C'est une recette enlevée aux collectivités locales. (La Cour des Comptes ne cesse de blâmer le gouvernement qui ne rembourse ni la Sécurité sociale ni les collectivités locales quand il puise dans leurs caisses).
La veulerie journalistique piégée
Le plus drôle est que les journalistes asservis se font piéger. Aveuglés par leur veulerie, ils proclament que "la crise financière est derrière nous" pour la seule raison que leur maître a pris la posture du sauveur.
Le ridicule ne tue pas puisqu'ils sont encore très nombreux à se pâmer, de manière un peu obscène quand même, devant ce qu'ils considèrent comme une stature.
Cette stature qui n'est faite que de tics les fascine comme certains personnages de jeux vidéo fascinent les enfants et les attardés. Ils sont creux mais ils bougent tellement. Et puis, "celui qui bouge tout le temps" est encore à l'Elysée pour trois ans et demi. Délai suffisant pour doper quelques mornes carrières de flasques flagorneurs.
(1) le phantasme sarkozien du "sauveur" date de l'affaire de la maternelle de Neuilly quand celui qui était alors maire de la localité s'est jeté devant les caméras de télévision avec des petits enfants sur les bras. D'après la confidence spontanée (non sollicitée par moi) dun magistrat qui était en charge de cette prise d'otages, Sarkozy a plutôt compliqué la situation. ce qu'il continue à faire dans la crise mondiale.
16:25 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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