08.10.2008

Quand les politiques sèment la panique

Depuis le ridicule "somment du G4", qui n'aura servi samedi dernier qu'à donner un peu de matière aux journaux télévisés de 20heures, avec un communiqué publié par l'Elysée à 19h59 (1), les gourous médiatiques déplorent le caractère unilatéral (= égoïste, nationaliste) des mesures prises par différents gouvernements européens.

Les gourous médiatiques, producteurs et diffuseurs d'un "prêt à penser" au rabais, sont désemparés. Ils n'ont cessé de célébrer, notamment en 2005 lors de la campagne référendaire sur le projet de traité constitutionnel, la puissance et la cohérence de l'Union européenne. Ils sont obligés de constater aujourd'hui que cette "construction" est impuissante, sans cohésion ni cohérence.

Voici, selon moi, la raison de leur désarroi.

Libéralisme et sélection naturelle

L'Union européenne est viscéralement libérale. Le projet de traité constitutionnel prévoyait que l'Europe ne pouvait se développer que dans l'économie de marché, ce qui enlevait juridiquement tout autre choix politique aux "citoyens" européens. L'Union européenne, que ses dévots tentent pathétiquement de faire passer pour une construction politique, n'est qu'un espace mercantile. Ce qui n"est déjà pas si mal, compte tenu du passé sanglant de cet espace. Mais le fait est que l'Union est un espace mercantile libéral.

Or, en vertu du libéralisme réel, une crise comme celle qui se déploie en ce moment fonctionne selon la logique de la sélection naturelle dans la théorie de l'Evolution. Les plus faibles tombent, les plus puissants ramassent les débris et recomposent le système. Quand la sélection est achevée, les plus faibles ont été éliminés. Ne survivent que les plus aptes.

Transposée dans l'actualité, cette loi libérale de la sélection naturelle fait disparaître les petits établissements et fragilisent les grosses institutions qui ont commis le plus d'erreurs spéculatives. Les grosses banques qui ont commis moins d'erreurs sont objectivement renforcées. Elles jouent le rôle des prédateurs dans la sélection naturelle. Elles commencent par absorber les petites banques qui n"ont pas commis trop d'erreurs mais qui n'ont pas la taille critique avant de se jeter sur les grosses banques qui ont commis plus d'erreurs qu'elles. Le dépeçage est en cours.

La chute de la banque américaine Lehman Brothers constitue l'épisode emblématique de cette sélection naturellement libérale.

Le double jeu des gouvernements

Cependant, le dépeçage libéral - implacable mais logique - ne convient pas aux élites de chaque pays qui s'appuient sur la puissance de leurs établissements financiers privés afin de disposer d'une influence politique au sein de l'Union. (Il n'est pas indifférent de se souvenir, à ce propos, que les gros intérêts financiers de chaque pays sponsorisent les carrières politiques afin d'être défendus le mieux possible au sein de l'espace libéral mercantile). C'est le sens des mesures unilatérales de soutien aux banques de chaque pays.

Les gouvernements européens - allemands, britanniques, espagnols et français - assument cyniquement une double hypocrisie:

1- ils font semblant de chercher une solution commune tout en agissant pour renforcer leurs établissements financiers nationaux en vue du futur dépeçage européen.

2 - ils font semblant de vouloir protéger les petits déposants et épargnants tout en ne songeant qu'à défendre les intérêts des plus gros établissements financiers privés de chaque pays.

Les ravages du cynisme politique

La conséquence de ce cynisme incontrôlé est désastreuse. Les petites et moyennes banques qui n"ont pas commis d'erreurs spéculatives et qui ne devraient donc pas se sentir menacées par la sélection naturelle du libéralisme deviennent objectivement des proies offertes aux prédateurs renforcés. Panique.

Pire: la méfiance s'installe entre les gros prédateurs eux-mêmes. Ils s'épient, prêts à se jeter sur le rival au moindre signe de faiblesse même relative. Il suffit qu'une grosse banque britannique soit plus soutenue, y compris en euros alors que la Grande-Bretagne ne participe pas à l'union monétaire, que leurs concurrentes allemandes ou françaises pour que celles-ci soient regardées comme une proie potentielle. Panique.

L'agitation de certains politiciens est à proprement parler anxiogène.

(1) Dans leur grotesque imitation de la "com" à l'américaine, les conseillers de l'Elysée ont oublié que leur communiqué de victoire du 4 octobre 2008 à 19h59 est une réplique du débarquement des Marines en Somalie organisé pour l'ouverture des grands journaux télévisés du soir aux Etats-Unis. Avec les mêmes résultats catastrophiques.

Commentaires

Plus qu'intéressants ces points de vue.
Pour ma part,depuis mon PC,j'observe que
--Ils s'agitent
--Ils parlent et radotent
Résultat : tout s'aggrave après chaque geste,chaque péroraison.
--Ils semblent vouloir moins s'agiter,moins et mieux parler(de façon occasionnelle et/opportune)
Résultat : la fameuse et nécessaire Confiance ,réflexe du bon sens du Citoyen ,sous toutes les latitudes,semble aussi vouloir se réinstaller.
J'en déduis et redis donc :
fiez vous à votre bon sens,à votre intuition,lisez et instruisez vous auprès d'anciens désintéressés et non cupides.
Puis agissez en toute confiance :
Vous en savez sûrement autant,et sans doute de façon plus saine que tous les "Ils" réunis. (Les Pros des économies,des finances et de la politique)

Ecrit par : jean louis | 09.10.2008

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