24.09.2008

Sarkozy et les "responsables" de la crise financière

En demandant que soient sanctionnés les "responsables" de la crise financière, Nicolas Sarkozy a fait preuve d'une inculture économique aussi préoccupante que celle de son prédécesseur.

Ce qui se passe en ce moment a des origines complexes et lointaines. Sous réserve des fraudes que le FBI pourrait découvrir, il faut partir de la situation actuelle et remonter dans le temps jusqu'à des racines idéologiques de l'après-guerre, causes ultimes dont le président français ne semble pas soupçonner l'existence:

1 - Les banques - pas seulement américaines - ont acquis des produits financiers dits "de couverture" sur la seule promesse de leurs rendements, sans chercher à savoir ce qu'il y avait dedans.

2 - Les agences de notation n'ont pas fait leur travail d'évaluation critique de ces produits et de leur utilisation par des fonds spéculatifs, des banques, des gestionnaires de patrimoine et des compagnies d'assurances.

3 - Les gérants de fonds spéculatifs ont fait preuve d'une grande incompétence en pariant sur la pérennité de taux d'intérêt très bas en liaison avec une hausse continue des prix dans l'immobilier.

4 - Ancien président de la FED, Alan Greenspan a répandu, après les différentes crises de 1998 à 2001, des liquidités qui ont servi de "carburant" providentiel à la spéculation. Son successeur, Bernanke, a commis l'imprudence de déclarer, un jour, qu'en cas de récession économique, il suffirait de répandre à travers les Etats-Unis des tonnes de dollars par hélicoptères. Cette "analyse" lui a valu, à Wall Street, le surnom de "Bernancopter". Et c'est ce qu'il est en train de faire sans trop soucier de la valeur du dollar et donc de la prochaine crise.

5 - Les mathématiciens qui ont conçu les équations qui servent à modéliser les produits financiers "titrisés" se sont prévalu d'une scientificité que l'économie n'a pas, puisque l'économie est très largement fondée sur la psychologie. En fabriquant des formules magiques dans l'abstraction pure, de plus en plus loin de l'économie réelle, les mathématiciens - dont certains Nobel - ont manqué de psychologie et se sont comportés en apprentis sorciers.

6 -Les établissements financiers ont été stupides en servant ces dernières années à leurs actionnaires des rendements pouvant aller jusqu'à 19% sans s'interroger sur la fragilité de cet argent facile généré par de l'enrichissement sans cause.

7 - En acceptant des gratifications - rémunérations, primes, indemnités - sans rapport avec l'efficacité réelle de leur travail, les managers des banques d'investissements et des fonds spéculatifs se sont laissés acheter par l'avidité aveugle des actionnaires.

8 - Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont imposé au monde occidental, y compris à l'Union européenne, une version politiquement biaisée des théories néo-libérales et monétaristes. Ils ont récusé le rôle de l'Etat, donc l'importance de la régulation économique. Ils ont érigé en norme idéologique la primauté absolue des actionnaires et donc la relégation du rôle économique des salariés et des consommateurs. C'est le culte de l'actionnaire et celui du rendement maximum du capital qui ont produit les gratifications illégitimes, l'obsession de la performance spéculative, la dangereuse abstraction de la modélisation financière, les prises de risques inconsidérées des fonds et des banques.

9 - Milton Friedman et les théoriciens de l'Ecole de Chicago, ainsi que d'autres théoriciens néo-libéraux de l'Ecole de Fribourg ont formulé des schèmes financiers dont le but était essentiellement de combattre idéologiquement le marxisme et sa vulgate communiste en disqualifiant, à travers les théories de Keynes, l'Etat et son interventionnisme économique.

Que Nicolas Sarkozy veuille "punir" tous ces "responsables" est affligeant pour notre pays. C'est le comportement d'un ministre de l'Intérieur, chef de la police, qui ne pense qu'a trouver des coupables.
De tels propos ne sont pas dignes d'un homme d'Etat dont la mission historique consistait à adapter notre pays à l'économie mondiale.

Commentaires

Bonjour ,

A part le bonheur de vous relire,je mentionne que vous estimez imortante l'inculture économique du Président Sarkozy. Lequel voudrait punir les coupables.
Ne vous en déplaise,mais vous en énumérez une liste,bien fournie,peut être compléte.
Il y a donc bien de vrais coupables du fait de diverses carences.
Et Sarkozy dit bien selon moi.

Ecrit par : jean louis | 24.09.2008

Comment M Sarkozy va-t-il concrètement punir Margaret Thatcher ou M Greenspan ?

Comment va-t-il concrètement punir les banquiers américains, anglais, allemands, français, saoudiens, chinois ?
Comment M Sarkozy va-t-il punir les agences de notationb financière ?

Un politicien devient dangereux quand il ajoute le cynisme d'une communication populiste à une effarante inculture économique.

Ecrit par : Alain Joannes | 24.09.2008

Je suis peut être rébarbatif dans mon raisonnement Alain, mais l'Europe d'aujourd'hui est celle du pognon, de la concurrence déguisée, celle des technocrates. Ne serait-il pas temps de donner plus de crédit aux productifs, aux hommes de terrain?

Ecrit par : lucien rohou | 24.09.2008

Soit Lucien Rohou ,mais je dirai plutôt l'AMI (Pouvoir des Financiers) à rétrograder et que les Elus prennent,enfin,leurs Places et leur Primauté.
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S'agissant des mauvais sujets à punir indeed ! ,il ne se fera bien sûr pas de punitions ,ni individuelles ni collectives...
Ce qui demeure est bel et bien l'essentiel, c'est la notion de culpabilité mise au grand jour par le Président en exercice de l'U.E.
Rien qu'à ce niveau,même avec des accents et des mots que pas plus que vous je n'apprécie,l'opinion publique a entendu.
Rien ne pourra plus se faire en douce et à grands frais,du moins selon les mêmes méthodes...car hélas les malfaisants ont souvent une longueur d'avance sur les poursuivants redresseurs de torts.
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Pour les suites ??? ...A la grâce de Dieu comme disait mon chanoine préféré ( 95 ans bientôt,toutes ses facultés et,entre autre,la modestie intelligente )
Mais encore mieux : nourrissez nous encore et encore de vos analyses. C'est vital et plus que jamais !

Ecrit par : jean louis | 25.09.2008

A Lucien: bien sûr que l'Union européenne est imprégnée d'idéologie libérale d'origine anglo-saxonne. Raison- entre autres - pour laquelle de Gaulle avait refusé l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne en 1969. C'était alors une Europe dotée d'un modèle social acceptable avec notamment les promesses d'une social-démocratie en plein essor dans l'Europe du Nord.

Erreur de Pompidou: faire entrer la Grande-Bretagne pour contre-balancer la suprématie industrielle de l'Allemagne.

Erreur de Mitterrand: accepter toutes les conditions (libérales) de Kohl et (monétaristes) de la Bundesbank pour masquer les faiblesses du franc - donc de l'économie française - dans la monnaie unique qui est en fait le Deutschemark déguisé.

L'Europe, dont la capitale Bruxelles est saturée de Britanniques influents, est donc sous idéologie ultra-libérale.

Les socialistes français - Mitterrand, Delors, Jospin - ont accepté cette colonisation idéologique par le libéralisme. Raison pour laquelle la gauche française n'existe plus que dans les médias. Elle a abdiqué.
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A Jean-Louis: on peut, comme dans toute "catastrophe", rechercher et désigner des causes, forcément multiples. On peut, comme je le fais modestement, essayer d'établir des degrés de responsabilité.

Je considère comme un comportement ignoble, au sens le plus fort de ce mot (= sans noblesse intellectuelle, donc vulgaire) le comportement d'un homme qui méprise et ignore l'économie et qui tente de dissimuler ses graves déficiences derrière un discours de flic. (Au fait, le flic bravache a-t-il sanctionné les nationalistes corses qui ont piétiné la pelouse de Christian Clavier ?)

L'obscène démagogie qui consiste à annoncer des sanctions ( Alan Greenspan en prison ?) témoigne d'un mépris cynique des citoyens.

Un homme d'Etat, notamment français, ne peut pas réformer le système financier international. Il peut faire des propositions. Sarkozy n'a aucune proposition, et pour cause: il ne sait pas comment "ça" marche, pour rénover la régulation mondiale des pratiques spéculatives. Il ne pense qu'à organiser des sommets de G8 afin d'y parader devant les caméras de télévision. Il est nul en économie et il croit que "la com" va masquer son inculture.

Un homme d'Etat français qui ne peut réguler à lui seul la sphère financière doit faire de la pédagogie afin que ses concitoyens se sentent impliqués. Sarkozy ne peut pas faire de la pédagogie, comme Barre et même Giscard en faisaient, puisqu'il se désintéresse de l'économie. En se comportant en flic de la finance internationale - alors que le FBI, lui, enquête et va faire tomber des seigneurs de Wall Street - l'homme que 53% de Français ont porté à la tête du pays dévoile son immense mépris pour les citoyens.

Mais à l'étranger, et notamment dans la presse étrangère- pas dans la presse française - Sarkozy est méprisé au-delà de ce que vous pouvez imaginer.

Personne en France n'a dit que même son "parrain" Bush qui avait le discours de Sarkozy à l'ONU est sorti quand le président français montait à la tribune. Ce qui voulait dire: " Je ne veux pas que l'on me filme en train d'applaudir ce tissu de bêtises et je ne veux pas qu'on me filme en train de ne pas applaudir le président français."

Ecrit par : Alain Joannes | 25.09.2008

Un article aussi clair, sans langue de bois dans notre bon vieux Télégramme!! bigre, c'est suffisamment rare pour être relevé et encouragé.
Plus généralement, nos brillants politiciens de gauche comme de droite ont saboté, pillé et ruiné la France...en 25 ans seulement. Sacré palmarès! Et ça va continuer malgré les belles paroles de notre Président. La situation économique et financière s'est dégradée sous nos yeux, mais on a laissé faire pour tenter de satisfaire tout le monde à commencer par les corporations amies de l'Elysée. L'argent public a été gaspillé dans un assistanat vertigineux y compris le financement de l'oisiveté institutionnelle des 35heures....puis les heures supplémentaires défiscalisées. Le trou de la Sécu attendra comme le remboursement de l'abyssale dette publique.
Les experts de tout poil qui s'écoutent parler à la télévision sont ridicules d'inefficacité, en dépit de leur gros diplôme purement théorique. Leurs thèses ne sont faites que de vent, elle ne résistent ni au bon sens ni à la réalité de la vie. Elles font vendre de la communication et c'est bien leur seul but ultime.
Les magouilles vont bon train; un non lieu généralisé est décidé pour les valises des frégates de Taïwan parce que le détestable secret défense, utilisé par des politiciens médiocres, empêche la manifestation de la vérité. C'est comme pour la Caravelle Ajaccio-Nice, le Bugaled Breizh ou les conséquences des essais nucléaires de Polynésie. Dormez bonnes gens , "on" s'occupe de vos affaires!
Bravo à A Joannés d'oser faire son travail de vrai journaliste sans flatter les puissants. ça fait du bien.

Ecrit par : P Marhic | 04.10.2008

A P.Marhic:

Votre argumentation se rapporte, ne semble-t-il, à une défaillance grave dans le fonctionnement de la démocratie représentative: le système de sélection des élites est déréglé.

Il faut, même dans une démocratie, des élites pour éclairer des choix du peuple souverain. Ces élites peuvent même être "entretenues" par le peuple pour n'avoir que cela à faire. Les civilisations les plus florissantes ont prélevé sur la richesse produite par les populations laborieuses de quoi faire vivre de valeureuses élites politiques.

La fonction de ces élites, leur légitimité tiennent à leur capacité à identifier les défis qui se dressent devant l'évolution d'une civilisation ou d'une société et à élaborer les meilleures réponses possibles à ces défis. Les civilisations naissent, se développent ou dépérissent en fonction de la capacité des élites à identifier les vrais défis et à mettre en oeuvre les réponses adaptées.

De ce point de vue, la France est en déclin depuis l'élection présidentielle de 1995. Le phénomène s'est amplifié depuis que le système de sélection des élites a désigné Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy comme figures majeures de la représentativité démocratique.

Ces deux personnages n'ont aucune culture, aucun "entendement", (faculté de comprendre le monde dans sa complexité), aucune "vision" (réflexion cohérente patiemment construite sur l'avenir de notre civilisation et de notre société). Ce sont des politiciens triviaux.

Ils sont enveloppés par des courtisans de médiocre qualité intellectuelle à quelques rares exceptions et ils sont encensés par une presse dont la veulerie ne cesse d'étonner les journalistes étrangers en poste à Paris.

"Le poisson, dit un proverbe chinois, pourrit par la tête" et c'est sans aucun doute un phénomène de ce genre qui accélère le déclin français.

Mais l'abaissement des élites n'exonère pas les citoyens de leurs responsabilités.

Le peuple est partiellement responsable de ses déconvenues présentes et à venir. Malgré l'intoxication médiatique, il n'était pas obligé de choisir ces deux personnages et notamment l'actuel président de la République. A 55 % , les citoyens avaient su résister en mai 2005 aux 85% d'éditorialistes qui les sommaient d'approuver l'infâme projet de traité constitutionnel européen. Deux ans plus tard, le peuple français s'est affublé d'une élite qui dévalorise la pratique française de la démocratie représentative.

Ecrit par : Alain Joannes | 04.10.2008

Bonjour

Bien sûr comme tous vos lecteurs je m'instruis sagement et intelligemment à la lecture de vos articles.
De telles analyses sont effectivement trop rares.
D'ailleurs,existe-t-il encore un niveau élevé à ce niveau dans la corporation ?
On est en droit de se poser la question au vu de la servilité de beaucoup.
Quant à la deuxième question que l'on peut aussi se poser,c'est celle de la réalité de la volonté du Peuple à atteindre son émancipation démocratique et/ou à la maintenir ?
Les"On" étatiques et fondus dans une triste nébuleuse de rêverie facile ne permettent-ils pas ,hélas,à une trop grande proportion de s'affranchir de tout début,tout désir d'analyse critique ?
C'est là que mes craintes sont grandes ,trés grandes pour notre avenir.

Ecrit par : jean louis | 07.10.2008

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