06.05.2008

La faute originelle

Les historiens établiront un jour que l'actuel président de la République a compromis son mandat trois mois après son élection.

En août 2007, alors que s'effectuaient les arbitrages sur le projet de loi de finances pour 2008, l'Exécutif s'est divisé entre les partisans d'une politique économique de l'offre (François Fillon, Christiane Lagarde) et les tenants d'une relance par la demande intérieure (Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino). Quelques mois plus tard, le chef de l'Etat devait prononcer sur un ton bravache cette phrase terrible: " L'économie de l'offre, je ne sais pas ce que c'est. Il faudra qu'on m'explique..." En août 2007, il a imposé une relance budgétaire par la consommation qui n'aura servi à rien et qui hypothèque désormais toutes les décisions économiques importantes.

La phrase "L'économie de l'offre, je ne sais pas ce que c'est." est affligeante pour trois raisons:

1 - L'économie de l'offre est celle qui convient le mieux à la mondialisation puisqu'elle consiste à mettre les entreprises en état d'offrir au marché intérieur et à l'étranger les produits et les services qui se vendent le mieux. Une économie de l'offre qui marche bien limite les importations et stimule les exportations. Elle produit de la richesse, ce qui est la définition de la croissance. La croissance crée de l'emploi et procure à l'Etat ainsi qu'au système de protection sociale des ressources importantes sans accroissement des prélèvements obligatoires.

2 - Que le chef de l'Etat, ancien ministre du Budget et ancien ministre de l'Economie, proclame ne pas connaître une telle solution est à la fois révélateur et inquiétant. Nicolas Sarkozy se targue de ne pas être un intellectuel. Il faut désormais comprendre qu'il est inculte. Or, qu'un président français soit moins lettré que Charles de Gaulle, Georges Pompidou ou François Mitterrand ou moins mathématicien que Valéry Giscard d'Estaing c'est fâcheux pour l'amour-propre national. Mais il y a pire et c'est désormais un fait : celui que les Français ont installé a l'Elysée n'avait pas et n'a toujours pas de vision économique. Il n'y a pas de "grand dessein présidentiel", comme on disait naguère quand la politique était l'ajustement de l'action à une vision de l'avenir. Pas de vision, pas de dessein. Juste une logorrhée de bonimenteur utile au camouflage de réflexes clientèlistes - cadeaux fiscaux - qui ramènent la notion de rupture à un inavouable chiraquo-sarkozysme.

3 - Avoir renoncé à l'économie de l'offre, c'est mentir sur les plus hautes intentions affichées par l'actuel locataire de l'Elysée. Une réforme n'a de sens que si elle a des objectifs clairs. Si les réformes brandies, réalisées ou en cours n'ont pas pour objectif d'adapter la France à la mondialisation par l'économie de l'offre, elles n'ont pas de sens. Ou alors elles ont un sens caché, comme le contentement prioritaire des actionnaires, ce qui fut le credo idéologique de Margaret Thatcher, désastreux pour l'économie britannique. Il est possible que Nicolas Sarkozy soit chiraquien par son clientèlisme fiscal et thatchérien par une inclination quasi religieuse pour l'accumulation de richesses par les possédants.

Le résultat est que plus les gens de l'Exécutif prononcent le mot "réforme", vidé de son sens, plus il apparaît que le président de la République est un chef de projet sans projet avouable.