18.04.2008
L'ineptie de Christine Lagarde
Peu courageuse dans sa posture ministérielle (1) et pas convaincante du tout dans ses prévisions économiques (2), Christiane Lagarde vient de proférer sur les chômeurs âgés des affirmations que l'on peut inscrire à l'inventaire du cynisme gouvernemental ou classer au rayon des inepties.
38% de vieux salariés en France contre 50% en Europe
Annoncer que les chômeurs âgés de plus de cinquante sept ans ne seront plus dispensés de recherche d'emploi relève d'un insupportable cynisme quand on sait que les entreprises françaises se débarrassent de cette catégorie de salariés afin de réduire la masse salariale. Les "vieux" qui, avec leur ancienneté et leur qualification, perçoivent les salaires les plus élevés sont mis au chômage et remplacés (ou non) par des jeunes moins bien payés pour accroître les profits et les dividendes. Avec un taux d'emploi de 38% contre 50% pour la moyenne européenne, la France est le pays utilise le moins le savoir-faire de ses salariés âgés.
Les entreprises améliorent leurs profits en se débarrassant des vieux
Ce qui est odieux dans le "raisonnement" de cette piètre ministre, c'est que s'il y a effectivement un sous-emploi spécifiquement français des salariés âgés, il ne peut être réglé qu'en obligeant au préalable les entreprises à conserver ou à embaucher des gens de cette catégorie. La solution est connue mais pas appliquée: pénalités fiscales pour les entreprises qui se débarrassent de leurs vieux salariés. Les pénalités doivent même être puissamment dissuasives: une entreprise perd de l'argent si elle licencie un salarié âgé de plus de 55 ans. Cette disposition peut même être complétée par une incitation: un avantage fiscal à celles qui embauchent des "vieux" entre 55 et 65 ans.
Un raisonnement qui pousse aux suicides
Ce dispositif n'existe pas et c'est pourquoi Christine Lagarde s'exprime de manière odieuse. Martine Aubry, elle, avait eu le courage d'interdire aux entreprises le recours au Fonds des Retraites pour faire financer les licenciements déguisés des employés grisonnants. La réalité est qu'un vieux travailleur éjecté du marché du travail n'a aucune chance de retrouver un emploi. Reçu par des employés de l'ANPE qui compatissent, il est voué à attendre la fin officielle de son employabilité. Si l'ineptie de Mme Lagarde devient réalité, il y aura une vague de suicides chez des salariés coincés entre le rejet et la perte de leur indemnité de survie.
Incompatibilité entre la licenciement des vieux et la durée de cotisation pour la retraite
Comme souvent au sein de l'Executif actuel, le cynisme masque une impuissance: il y a incompatibilité entre le fait que des vieux salariés soient licenciés et la volonté du gouvernement d'allonger la durée de cotisation pour la retraite. On ne peut pas obliger les gens à cotiser plus longtemps et les empêcher de cotiser en les empêchant de travailler. Cette contradiction, Christine Lagarde se garde bien de l'imputer aux entreprises qui "jettent leurs vieux". Elle préfère culpabiliser les victimes des licenciements. Ce qui en dit long sur ce qu'elle est et surtout ce qu'elle attend du patronal quand son incompétence ministérielle aura été reconnue et sanctionnée.
Si Christine Lagarde passaitr à l'acte, il y aurait 400 000 chômeurs de plus d'un seul coup
Mais la désolante ministre est aussi inepte que cynique. Si ses déclarations entraient immédiatement dans les faits, le nombre de chômeurs augmenterait automatiquement de 400 000. Car, autre hypocrisie dont profitent tous les gouvernements depuis 1985, les vieux chômeurs dispensés de recherche d'emploi ne figurent pas dans les statistiques du chômage. Les entreprises les éjectent pour améliorer leurs profits mais ces drames humains ne gênent pas les gouvernements puisqu'ils ne sont pas comptabilisés. Ce sont des chômeurs désespérés mais des fantômes statistiques.
Comme Nicolas Sarkozy ne tient pas à ce que les statistiques du chômage augmentent de 400 000 demandeurs d'un seul coup, il a ordonné à la pauvre de Christine Lagarde de préciser que sa réforme, ça sera pour plus tard. Elle s'est exécutée, comme d'habitude, mais cela n'enlève rien au caractère ignoble de son raisonnement.
1) Ses prises de position, tout au long de l'automne et de l'hiver, ont été démenties à plusieurs reprises dans des conditions humiliantes qui auraient amené toute personne ayant un peu de dignité à démissionner immédiatement.
2) Tous les ministres des finances sont obligés d'euphoriser leurs prévisions afin de ne pas répandre le pessimisme parmi les acteurs économiques. Elle est la seule à ne vraiment pas croire à ce qu'elle annonce mais à l'annoncer avec une troublante application. Comme si elle avait peur de perdre sa place si elle trahissait son manque de conviction(s). C'est tellement peu crédible qu'il est le plus souvent demandé à Eric Woerth de redonner un peu de crédibilité à la parole de Bercy.
20:25 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note










Commentaires
merci pour ce commentaire, on peut vraiment parler d'ineptie et de cynisme de cette pauvre ministre.elle devrait bien rejoindre le rang des chômeurs pour incompétence , c'est vraiment une honte de traiter aussi mal notre génération qui n'a fait que travailler.
Ecrit par : cartoux | 19.04.2008
Cette dame est intervenue dans un domaine - le "marché" du travail, l'emploi - qui n'est pas de sa compétence mais qui relève des attributions de Xavier Bertrand.
Par cette imposture, elle essaie d'exister médiatiquement et politiquement face à un Eric Woerth qui a été la "voix " du gouvernement dans la pathétique recherche d'économies budgétaires à réaliser. Elle n'est pas intervenue sur ce dossier, qui est pourtant de sa responsabilité, parce qu'elle n'y est pas crédible.
Elle a donc cherché un sujet polémique afin que l'on parle d'elle. Son imposture est odieuse parce qu'elle suggère que les vieux chômeurs sont au des fainéants.
Ce stéréotype ultra-libéral ("Les chômeurs sont des fainéants", "les pauvres n'ont que ce qu'ils méritent") vient sans doute de son séjour aux Etats-Unis où la théorie protestante de la prédestination ("C'est Dieu qui a voulu que je sois riche, donc je dois m'enrichir encore plus pour accomplir le dessein de Dieu") cette théorie de la cruauté sociale justifie toutes les ignominies, toutes les violences.
Chistrine Lagarde a envoyé - peut-être sans le faire exprès car elle ne semble pas très futée - un signal idéologique, une sorte d'odeur, qui montre ce qu'elle est réellement - une grande bourgeoise hautaine - et ce qu'elle veut: une société dominée par les "prédestinés".
Il n'y aurait rien à redire à ce qu'une grande bourgeoise hautaine et ultra-libérale soit ministre de l'Economie dans un gouvernement de droite si elle avait administré la preuve d'une vision économique et d'une compétence.
Ce n'est pas le cas. Elle sait sans doute qu'elle sera éjectée du gouvernement au prochain remaniement.
Ecrit par : Alain Joannès | 19.04.2008
Le pire :
Il n'est même pas certain que le chef de l'état en soit conscient...
Quant à la gent bourgeoise ,elle est là et bien là ,comme jamais ,depuis le 6 mai !
Comme vous le rappeliez il y a peu :
ils l'ont voulu ..ils l'ont. En parlant du chef de l'exécutif.
Ecrit par : Jean Louis Bars | 25.04.2008
J'ai voté pour la majorité actuelle en Mai/Juin 2007. J'aprouve la globalité des réformes prévues, entamées ou déjà mises en application. Cependant le problème des seniors ne peut être traité à la légère. J'ai 66 ans, donc non concerné. Et pourtant en tant que micro entreprise, j'exerce une activité pour assumer des charges d'emprunts qui se termineront fin 2008. J'ai été victime, à l'age de 48 ans, d'un délestage social dans une entreprise américaine en région nazairienne. Depuis elle a fermé ses portes pour mieux se rentabiliser ( Brésil, Pologne et Chine...).Je suis resté 4 ans en recherche de travail.Effectivement si Mme LAGARDE avait connue pour elle-même cette position, aujourd'hui elle aurait un autre discours. Je me place dans la ligne : les seniors doivent avoir la possibilité de travailler et donc les entreprises de les conserver. "Ils" ( les seniors)coutent chers!...Rien n'empêche de moduler leur rémunération. Quand je dis "rien n'empêche " , c'est faux car les avantages acquis sont là. Donc c'est un obstacle qui se dresse, de taille...les avantages acquis bien connu de la filière fonctionnaire et celle des syndicats." protecteurs". De ces deux faits, les entreprises font pression pour "liquider" les seniors, et pourtant depuis quelques années une prise de conscience ( Que ne semble pas avoir Mme LAGARDE) se fait jour : il faut repenser au travail des seniors. En finalité c'est un dossier complexe où les gouvernements antérieurs et notamment socialistes, n'ont pas abordés très socialement , encore moins humainement ce qui est un comble.
Et pour conclure, mon témoignage professionnel. J'ai , au sein d'une petite PME ( 15 p.) retrouvé à 53 ans une fonction commerciale dont je n'avais aucune expérience !!! pour finir dans une structure d'un groupe international français, leader mondial des matériaux de construction. Et dans le cadre de ma micro entreprise, indirectement j'apporte des affaires commerciales à ce groupe qui 'avait pourantt poussé un peu vers la sortie à 62 ans estimant devoir faire la place à de plus jeunes commerciaux. En quatre années, plusieurs jeunes se sont succédés..........
Ecrit par : Godefroy | 26.04.2008
Votre témoignage personnel et vos réflexions sont très intéressants à plusieurs titres.
Je relève d'abord que vous avez été exclu ou "poussé vers la sortie à deux reprises: à 48 ans, plus vers 62 ans. C'est très symptomatique du comportement des entreprises françaises.
S'agissant de vos réflexions, je suis d'accord avec vous sur un point capital: c'est la gauche qui a fourni aux entreprises privées l'opportunité d'utiliser l'âge des salariés comme variable d'ajustement économique. L'exemption de recherche d'emploi pour les chômeurs de plus de 55 ans date de 1985. C'était un gouvernement socialiste (Laurent Fabius). Pour préparer les législatives de 1986, ce gouvernement a supprimé plusieurs centaines de milliers de vieux chômeurs des statistiques du chômage. C'est ignoble.
Je suis moins d'accord sur le point suivant: les syndicats français sont tellement faibles et ineptes qu'ils ne sauraient servir d'alibi au comportement ignoble des chefs d'entreprises.
Enfin, je m'écarte de votre raisonnement qui attribue le sous-emploi aux "blocages" français (fonctionnaires et syndicats). Non. Avant d'obliger les salariés âgés à chercher du travail, il faut contraindre les entreprises françaises à les accepter. Elles rejettent les salariés âgés afin de faire baisser leurs coûts salariaux et à ce titre, les entreprises se rendent coupables de trois fautes que j'aurais tendances à considérer comme des "crimes" économiques:
- Elles rejettent des travailleurs qui, avec l'expérience dont ils disposent, sont au sommet de leur compétence.
- Elles reportent sur le système de protection sociale - l'indemnisation du chômage - la charge de l'amélioration de leurs profits par l'allègement des coûts salariaux.
- Elles contribuent à l'aggravation du financement des retraites.
Ce comportement parasitaire et cynique mériterait de la part d'un gouvernement de gauche ou de droite, des sanctions drastiques.
Ces entreprises sont en outre d'une grande stupidité. Elles perdent des marchés à l'exportation avec un déficit commercial qui croule vers 50 milliards alors que leurs concurrentes européennes qui emploient beaucoup plus de salariés âgés se comportent beaucoup mieux dans la mondialisation.
Je ne prétends pas que les vieux sont meilleurs à l'exportation que les jeunes. Je dis qu'il doit bien exister un rapport entre un pays, le nôtre, en pleine régression économique selon les standards mondiaux et qui ne fait travailler que 36,8% de ses séniors, d'une part, et d'autre part, des pays d'Europe du Nord dynamiques et à l'aise dans la mondialisation où le taux d'emploi des séniors est de 60,2% au Danemark et de 68% en Suède.
Ecrit par : Alain Joannès | 27.04.2008
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