29.02.2008

Sarkozy la poisse

Le chômage connaît une hausse pour la première fois depuis un an: + 0,7 %. en janvier.

La consommation intérieure recule: - 1,2 % en janvier.

Le moral des ménages descend à des niveaux jamais atteints: - 35 en février.

La croissance fléchit de + 2,4 à 2006 à 1,9 en 2007 et descend vers 1,5 en 2008.

Le déficit du commerce extérieur ne cesse de battre ses propre records: - 39 milliards

La hausse des prix n'a jamais été aussi forte depuis 1992: + 2,8%.

Ces indices officiels sont publiés à quelques jours des élections municipales.
C'est Nicolas Sarkozy qui a solennellement conféré un enjeu de politique nationale à des milliers de scrutins locaux.
Il n'était pas obligé.

26.02.2008

L'étrange apathie des centrales syndicales

Le débat actuel sur le pouvoir d'achat est à la fois vital et noble. Vital pour la croissance économique, donc pour l'emploi et pour l'équité sociale. Noble parce qu'une démocratie avancée doit sans arrêt se poser la question de la répartition des richesses qu'elle crée.

Le fait le plus remarquable de ce débat est que les directions nationales des principaux syndicats en sont absentes.

Cette absence contraste avec cinq caractéristiques du climat social social actuel:

1 - Les salariés se mobilisent. Les sections locales des confédérations organisent, ici et là, des actions revendicatives visant à obtenir des hausses de salaires. Dans certaines entreprises, les représentants locaux des syndicats sont débordés par les salariés qu'exaspèrent la hausse des prix et les profits réalisés par leurs employeurs.

2 - Les organisations de consommateurs agissent. La publication des relevés effectués par l'Institut National de la Consommation est aussi spectaculaire par les chiffres de hausses qu'elle révèle que par l'inefficacité des organismes officiels, comme l'Observatoire des Prix, créé en novembre dernier par le ministère de l'Economie.

3 - Le gouvernement s'implique. Bien qu'il ne puisse rien faire contre les entreprises qui profitent de la hausse mondiale des prix pour enrichir leurs actionnaires au détriment des consommateurs, le gouvernement s'engage aux côtés de l'association de consommateurs pour dénoncer les abus. C'est purement platonique car aucune sanction n'est prévue, mais la réaction du gouvernement montre que le dossier est à la fois profond, urgent et sensible.

4 - La question du pouvoir d'achat est prioritaire depuis novembre. Pour la première fois depuis très longtemps, le problème du niveau de vie est considéré comme prioritaire par une majorité de personnes interrogées par les organismes de sondages. Le pouvoir d'achat est le souci N°1 devant la sécurité et l'emploi.

5 - Les médias traitent correctement le dossier. Souvent accusés de ne pas s'intéresser suffisamment aux vraies préoccupations des Français, les grands moyens d'information ont correctement traité les mouvements revendicatifs d'une part et les résultats de l'enquête de l'INC sur les prix d'autre part. Il y a même lieu de penser que c'est l'exceptionnelle amplification médiatique de l'enquête publiée par la revue de l'INC qui a poussé le gouvernement à improviser une "réunion de crise" et à décider des "opérations coup de poing".

La question qui se pose est donc de savoir pourquoi les dirigeants nationaux des centrales syndicales sont complètement absents d'un dossier qui leur est éminemment favorable.

Réponse possible: ces dirigeants sont en train de discuter avec le MEDEF des nouvelles règles de leur représentativité et surtout de la répartition des financements officiels. Se partager de l'argent avec le patronat suppose sans doute une certaine retenue.

22.02.2008

Un pouvoir d'achat rabourgri

Avec des hausses de prix de 2,8% en 2007 et, probablement, de 2,5% cette année, le pouvoir d'achat des Français est sérieusement entamé. Il le sera d'autant plus que la chute prévisible de la croissance économique freinera le recours aux heures supplémentaires qui aurait dû améliorer les salaires. Le niveau de vie ses salariés sera donc réduit par les deux bouts: par la stagnation ou la baisse des revenus salariaux et par l'inflation.

Rien d'étonnant à ce que, malgré les soldes d'hiver, la consommation des produits manufacturés ait reculé de 1,2% en janvier. La demande intérieure était jusqu'ici le moteur principal de la croissance économique. Il est en train de ralentir, faute de "carburant". L'autre moteur, celui des exportations, est carrément hors d'usage avec un déficit record de 39 milliards. Le troisième, celui de l'investissement des entreprises, n'a aucune raison de fonctionner puisque les débouchés intérieurs et extérieurs des entreprises se réduisent: pourquoi investir dans la production si les produits ne se vendent pas...

Compte tenu des objectifs qu'il avait affiché, l'actuel président de la République bat tous les records de vitesse dans la prise de conscience d'un triple échec économique: pouvoir d'achat, croissance, confiance en l'avenir des consommateurs, des salariés et des chefs d'entreprises.

Le sondage BVA publié ce vendredi montre que les Français rejettent Nicolas Sarkozy plus sur le fond - ou plutôt: sur l'absence de fond - de son action que sur son soi-disant "style de communication": 58% des personnes interrogées condamnent cette politique économique qui est jugée incohérente et illisible.

Il suffit d'ailleurs de revoir une vidéo du candidat Sarkozy mise en ligne en avril 2007 pour vérifier le caractère inconsistant de la stratégie qui vient d'échouer.

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Le pire pour Nicolas Sarkozy est que cette vidéo- qui n'a même pas un an - apparaît terriblement vieille, comme si elle sortait des archives d'une autre époque politique.

Pas seulement à cause de la réalisation ringarde et de la musique grotesque, façon Danielle Licari dans les années soixante-dix. Mais bel est bien parce que cette forme d'électoralisme était déjà "datée". Un "collector".

21.02.2008

Croissance: ce que cachent les prévisions divergentes de Paris, Bruxelles et Washington

4acda0d25badf7638f54bd262a023abf.jpgLe Fonds Monétaire International prévoit 1,5% de croissance pour la France en 2008. La commission européenne estime que la croissance française ne dépassera pas 1,7%. Mais le gouvernement français affirme que le taux de croissance atteindra 2,25 %.
On ne peut pas s'empêcher de remarquer, sur le tableau ci-dessus, que l'an dernier la Commission européenne avait révisé ses prévisions à la baisse de 2,4 en mai à 1,9 en septembre. Le gouvernement français avait maintenu ses prévisions à 2,5 jusqu'en décembre. Mais les chiffres définitifs produits en janvier 2008 montrent que c'est la Commission européenne qui avait raison et ce, dès septembre.

Ce qui s'est passé en 2007 ( + 1,9 au lieu de 2, 5) démontre que les prévisions du ministère français de l'économie sont fausses. La question est de savoir ce que cache cet entêtement à maintenir des affirmations fausses.

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Elles cachent d'abord une aggravation du déficit de l'Etat. Une croissance à 2,25 % rapporte plus de recettes fiscales spontanées ( = sans accroissement des prélèvements ) qu'une croissance à 1, 5 %. En dissimulant la probable aggravation du déficit de l'Etat, le gouvernement s'octroie le privilège de dépenser comme si tout allait bien. Comme si un salarié qui sait que ses primes vont diminuer continuait à dépenser en proportion de revenus stables: il s'endette, évidemment.

C'est précisément ce que le gouvernement tente de camoufler. Car si les recettes diminuent alors que les dépenses restent constantes - ou augmentent compte tenu du comportement irrationnel de Nicolas Sarkozy - le déficit ainsi creusé va s'ajouter aux précédents déficits et alourdir la dette publique.

Il y a plus grave. Dans une conjoncture maussade, comme c'est le cas en ce moment, la dette augmente toute seule à cause d'un mécanisme peu connu. Il s'agit du rapport entre la croissance du PIB et les taux d'intérêt. Si l'Etat emprunte à 5%, l'aggravation de la dette s'arrête quand la croissance du PIB est de 5%. La réduction de la dette commence si la croissance est supérieure à 5% ou si les taux d'intérêt deviennent inférieurs aux taux de croissance.

Actuellement, avec des taux supérieurs à 5% et une croissance probable de 1, 5 % la dette s'aggrave toute seule de 3,5% par an, sans que Nicolas Sarkozy ait besoin d'engager la moindre dépense supplémentaire.

Or il engage une dépense nouvelle en moyenne tous les quinze jours. Il faut savoir, qu'une dépense représentant 1 point de PIB se traduit par une dépense de 3 points de PIB dans les cinq ans qui suivent. Une recette inédite, annoncée pour compenser une dépense nouvelle, ne compense pas tout à fait car cette recette nouvelle de 1% au départ ne produit que 1,5% de PIB au bout de cinq ans. Cet effet mécanique s'ajoute à la différence entre taux d'intérêt et croissance du PIB.

Une telle logique conduit à ce qu'un jour ou l'autre, la quasi totalité des recettes de l'Etat serve à payer les seuls intérêts de la dette. Trois situations peuvent contribuer à enrayer les mécanismes de l'endettement:
1 - le budget de l'Etat redevient excédentaire: c'est exclu puisque la France a renié son engagement de stabiliser son déficit en 2010 et a reporté cette vague promesse en 2012.
2 - l'inflation allège le poids de la dette: c'est possible mais au détriment des épargnants qui prêtent leur argent à l'Etat.
3 - la croissance redevient telle qu'elle améliore spontanément les recettes d'un Etat qui renoncerait à augmenter ses dépenses: il y aura certainement un retour de la croissance en 2009; mais on en ignore l'amplitude et la durée. Et on ne sait surtout pas ce que Nicolas Sarkozy aura dépensé en plus d'ici là.

Voir ici le compteur en temps réel de la dette publique française.

Toutes ces données se résument à une certitude: la dette d'aujourd'hui représente les impôts de demain. Une certitude soigneusement masquée par les faux problèmes - la Shoah, les sectes - dans lesquels les médias se laissent facilement embarquer.

20.02.2008

Un journaliste du "Washington Post" s'interroge sur la santé mentale de Nicolas Sarkozy

Après le quotiden espagnol "El Païs", un journaliste américain s'intéresse à la santé mentale de Nicolas Sarkozy. Extrait:

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Il ne s'agit "que" d'un journaliste et son analyse n'est publiée "que" sur un blog. Mais ce journaliste appartient au "Washington Post" et son carnet est hébergé par le "Boston Globe", deux organes de presse prestigieux. John Ward Anderson cite une chercheuse de l'Institut de Sciences Politiques à propos des interrogations, encore feutrées dans l'Hexagone, sur l'instabilité psychologique de l'actuel président.

L'appel à la vigilance républicaine signé par plusieurs personnalités d'obédiences politiques opposées, et publié par l'hebdomadaire "Marianne", concerne moins une improbable dérive monarchique que les conséquences, sur le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, d'une confusion mentale de plus en plus apparente.

19.02.2008

Les déséquilibres du président

Une dépense nouvelle. L'actuel président de la République vient d'annoncer que chaque euro enlevé au service public de l'audiovisuel à cause de la suppression de la publicité sera compensé par le budget de l'Etat. Tous les quinze jours, en moyenne, Nicolas Sarkozy creuse davantage le déficit public.

En apparence, chaque nouvelle dépense improvisée par le chef de l'Etat semble compensée par une recette inédite. En l'occurrence, pour financer l'audiovisuel public, une taxe sur l'accès à internet et une taxe sur la téléphonie mobile.

Mais, première incohérence qui devrait inquiéter son électorat, le champion des baisses d'impôts fait le contraire de ce qu'il dit puisqu'en créant de nouvelles taxes, il alourdit le prélèvement de l'Etat sur la richesse nationale.

En fait, deuxième incohérence grave, la "créativité" fiscale délirante de Nicolas Sarkozy annule tous les efforts d'amélioration du pouvoir d'achat: le + 0,8% de point d'indice que le ministre du Budget octroie aux fonctionnaires est déjà amputé par les prochains prélèvements bricolés par l'Elysée. Ce qui, soit dit en passant, rend la Droite française plus fiscalement prolifique que la Gauche...

En second lieu, et c'est plus grave, la dynamique des dépenses ainsi décrétées sans réflexion est toujours plus lourde que celle des recettes envisagées de manière imprécise. Concrètement: les besoins budgétaires d'un audiovisuel public de qualité augmenteront plus vite que les recettes d'une taxe sur la publicité dans les télévisions privées. Surtout si le marché publicitaire s'effondre pour cause de ralentissement économique.

Le résultat du déséquilibre structurel qui caractérise les foucades économiques de l'actuel chef de l'Etat est une aggravation sans précédent du déficit public. Cette pathologie de "la dépense compulsive partiellement gagée" devrait inciter les proches du chef de l'Etat à le mettre en quelque sorte "sous tutelle" budgétaire.

Les déséquilibres du président aboutissent déjà à ceci: la France est, avec le Portugal, le seul pays de l'Union européenne dont la dette s'aggravera mécaniquement en 2008. Plus le temps passe, plus Nicolas Sarkozy rend difficile le redressement que ses successeurs devront entreprendre.

17.02.2008

Privatisation des profits, nationalisation des pertes

Le gouvernement travailliste de Grande-Bretagne vient de décider la nationalisation temporaire de Northern Rock, petite banque privée qui a eté "victime" de la crise des crédits hypothécaires.

En réalité, Northern Rock n'a pas été une "victime". Elle s'est comportée de manière particulièrement imprudente dans l'attribution de crédits immobiliers à taux variables à des ménages peu ou pas solvables.

Lorsque la banque a frôlé la faillite, au début de l'automne dernier, un mouvement de panique s'est emparé de ses clients qui ont fait le sièges des agences pour retirer leurs économies.

Le gouvernement a avancé de l'argent à Northern Rock en attendant que des repreneurs privés fassent des offres. Mais personne ne veut d'un établissement qui doit rembourser les quarante milliards d'euros "prêtés" par les contribuables britanniques.

En fait, la banque fautive ne remboursera jamais. Le gouvernement travailliste la nationalise en affirmant que c'est la seule solution pour que les quarante milliards ne soient pas définitivement perdus. Mais voici ce qui va se passer: Northern Rock sera remise d'aplomb avec l'argent public, puis privatisée quand elle sera à nouveau en mesure de faire des profits.

Privatisation des profits, nationalisation des pertes: ainsi va le capitalisme financier avec le concours de la gauche européenne.

14.02.2008

Sarkozy accélère le déclin de la France

La question de savoir pourquoi les responsables gouvernementaux s’obstinent à afficher des prévisions de croissance invariablement fausses n’appelle pas d’autre explication que celle d’une perception altérée de la réalité. Avec une croissance en 2007 de 1,9 %, inférieure à celle de l’Allemagne ( 2,5 %) à la moyenne européenne (2,7%), le problème prioritaire concerne la poursuite ou l’accélération du déclassement de l’économie française.

La réponse ne se situe pas uniquement dans l’échec cinglant de l’option démagogique, prise en mai 2007, du soutien de la croissance par la stimulation de la consommation des ménages. La demande intérieure a été au quatrième trimestre (celui des fêtes de fin d'année) de 0,3% seulement alors que tous les économistes attendaient 0,5% au minimum.

L’auto-proclamé « président du pouvoir d’achat » n’a donc plus de dents pour « aller chercher le point de croissance qui nous manque ». Car non seulement les exportations françaises s’effondrent mais, en plus, comme l’a reconnu le même président discrédité, « les caisses sont vides ». Elles sont d'ailleurs plus que vides: si le déficit du budget de l’Etat a été réduit en 2007 par rapport à 2006, l’endettement public s’est considérablement alourdi en un an, passant de 897 à 920 milliards.

Le déclassement de l’économie française remonte à 1990. Dans le contexte de la mondialisation, ce déclassement se mesure selon un critère facile à comprendre : la part des exportations françaises dans le total des exportations mondiales. Cette présence française dans les échanges internationaux était de 6,5% en 1990, elle descend actuellement en-dessous de 4%. Cette courbe signifie que la France n’aura bientôt plus qu’un poids résiduel appuyé sur quelques niches comme le luxe et les armes.

Il n'aurait pas été réaliste d’attendre de Nicolas Sarkozy, ou de n’importe quel autre président, qu’il redresse la situation en quelques mois. Il faut plusieurs années pour corriger des phénomènes aussi lourds et aussi complexes que la déliquescence d’un système de production inadapté. L’actuel chef de l’Etat aurait cependant pu prendre quelques décisions qui auraient été autant de signaux permettant de prévoir une stabilisation au cours des deux prochaines années, puis le début du redressement vers 2012 .

Avec une politique démagogique proche du délire comptable (suppressions massives de recettes fiscales puis rafales de dépenses nouvelles non gagées ), Nicolas Sarkozy accélère dangereusement le déclin de l’économie française. Sa politique est en train de rendre la dette publique insoutenable. Le terme « insoutenable » ne signifie pas que l’Etat sera mis en faillite. Il signifie très exactement que le remboursement de la dette est supérieur à la croissance naturelle des recettes et qu'il ne peut donc plus être corrigé sans une énorme augmentation des recettes, c'est-à-dire un alourdissement considérable de la ponction publique.

Or, toute accentuation du prélèvement étatique sur la richesse nationale pèse sur le pouvoir d’achat, donc sur la consommation, donc sur la croissance. Mais surtout elle étrangle l’investissement privé. Ce qui signifie que l’économie française ne pourra plus jamais rattraper ses retards en innovation et en compétitivité.

Si le président choisi par 53 % des Français était un ménage, il serait mis sous tutelle. C’est d’ailleurs ce que suggère le quotidien espagnol « El Païs » quand il affirme que Nicolas Sarkozy est « malade », qu'il souffre d'une hypertrophie de son ego, déséquilibre mental qui expliquerait son agitation permanente et qui est susceptible de l’enfermer dans de profondes mélancolie.s Les effets contagieux de cette pathologie se manifestent déjà dans l’économie française.

08.02.2008

Allemagne, France, la différence

"Une image vaut mille mots", selon un adage chinois. Voici donc, en une image, comment l'Allemagne et la France s'adaptent à la mondialisation.

BALANCES COMMERCIALES COMPAREES

c5225fa760d7d436876d1ab5b234d425.jpgExprimées en milliards sur deux ans, les balances commerciales comparées des deux pays montrent que malgré la hausse du coût du pétrole et la surévaluation de l'euro par rapport au dollar et aux monnaies asiatiques, l'un (en vert) augmente ses excédents tandis que l'autre (en rouge) aggrave ses déficits.

Le MEDEF désavoue Sarkozy

Dans son rapport "Cartes sur table" qui expose chaque année le diagnostic patronal sur l'état de l'économie, le MEDEF condamne implicitement les orientations économiques de l'actuel chef de l'Etat.

En se définissant comme "le président du pouvoir d'achat", Nicolas Sarkozy s'inscrivait dans la longue tradition politicienne - de Chirac 1975 à Mitterrand 1981 - de stimulation de la croissance par la consommation intérieure.

A cette politique "de la demande" , qui privilègie la capacité des ménages à consommer, s'oppose "la politique de l'offre" qui met l'accent sur l'aptitude des entreprises à proposer des produits et des services. C'est la politique de l'offre, que le MEDEF défend dans son rapport annuel.

L'organisation patronale et l'actuel chef de l'Etat sont d'accord sur l'objectif: augmenter le rythme de création de richesses. Ils divergent gravement sur les moyens.

Pour augmenter le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy aggrave les déficits publics et accroît l'endettement national. (Un Etat ne peut pas être déclaré en faillite, mais il est limité dans ses moyens d'action par le poids budgétaire du remboursement de la dette et par les pressions européennes qu'exercent la Commission de Bruxelles et la Banque Centrale. )L'entrave de l'endettement interdit à la puissance publique toute initiative susceptible d'encourager l'innovation et les exportations, moteurs d'une politique de l'offre.

Selon le MEDEF, une croissance annuelle de 2% réduirait les déficits publics de moitié en cinq ans. Une croissance de 2,5% redonnerait à l'Etat de puissants moyens d'action en effaçant complètement la charge de la dette en cinq ans. A condition, bien sûr, que l'actuel chef de l'Etat cesse de promettre des dépenses nouvelles toutes les semaines pour essayer de redresser sa courbe de popularité dans les sondages d'opinion.

Ce que l'organisation patronale s'abstient d'expliquer, c'est la raison pour laquelle les entreprises françaises sont incapables de s'engager dans une politique de l'offre sans le soutien de l'Etat. (Voir ma note du 7 février sur le déficit commercial de la France). En effet, si la demande de produits industriels a augmenté de 11% entre 2000 et 2007 et si l'offre française de produits industriels n'a augmenté que de 4,5 % au cours de la même période, c'est bien parce que les entreprises françaises n'offrent pas les produits que les consommateurs français achètent à l'étranger - automobiles de nouvelle génération, ordinateurs, téléviseurs à écrans plats, appareils numériques de toutes sortes - d'où la hausse de 36% des importations au cours des sept dernières années.

Le diagnostic du MEDEF "sonne" juste. Il est plus conforme à la réalité de la mondialisation économique que le comportement de plus en plus irrationnel de l'actuel chef de l'Etat. Le problème est que le MEDEF a ouvertement appelé à voter pour un homme qui pratique de manière brouillonne une politique contraire à celle qui motivait ce soutien.

Il y a décidément un gros problème de discernement au sein des élites françaises. Et si les élites manquent de discernement, elles ne méritent plus d'être traitées comme telles.

SOURCE: "Le Figaro"

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