21.02.2008
Croissance: ce que cachent les prévisions divergentes de Paris, Bruxelles et Washington
Le Fonds Monétaire International prévoit 1,5% de croissance pour la France en 2008. La commission européenne estime que la croissance française ne dépassera pas 1,7%. Mais le gouvernement français affirme que le taux de croissance atteindra 2,25 %.
On ne peut pas s'empêcher de remarquer, sur le tableau ci-dessus, que l'an dernier la Commission européenne avait révisé ses prévisions à la baisse de 2,4 en mai à 1,9 en septembre. Le gouvernement français avait maintenu ses prévisions à 2,5 jusqu'en décembre. Mais les chiffres définitifs produits en janvier 2008 montrent que c'est la Commission européenne qui avait raison et ce, dès septembre.
Ce qui s'est passé en 2007 ( + 1,9 au lieu de 2, 5) démontre que les prévisions du ministère français de l'économie sont fausses. La question est de savoir ce que cache cet entêtement à maintenir des affirmations fausses.

Elles cachent d'abord une aggravation du déficit de l'Etat. Une croissance à 2,25 % rapporte plus de recettes fiscales spontanées ( = sans accroissement des prélèvements ) qu'une croissance à 1, 5 %. En dissimulant la probable aggravation du déficit de l'Etat, le gouvernement s'octroie le privilège de dépenser comme si tout allait bien. Comme si un salarié qui sait que ses primes vont diminuer continuait à dépenser en proportion de revenus stables: il s'endette, évidemment.
C'est précisément ce que le gouvernement tente de camoufler. Car si les recettes diminuent alors que les dépenses restent constantes - ou augmentent compte tenu du comportement irrationnel de Nicolas Sarkozy - le déficit ainsi creusé va s'ajouter aux précédents déficits et alourdir la dette publique.
Il y a plus grave. Dans une conjoncture maussade, comme c'est le cas en ce moment, la dette augmente toute seule à cause d'un mécanisme peu connu. Il s'agit du rapport entre la croissance du PIB et les taux d'intérêt. Si l'Etat emprunte à 5%, l'aggravation de la dette s'arrête quand la croissance du PIB est de 5%. La réduction de la dette commence si la croissance est supérieure à 5% ou si les taux d'intérêt deviennent inférieurs aux taux de croissance.
Actuellement, avec des taux supérieurs à 5% et une croissance probable de 1, 5 % la dette s'aggrave toute seule de 3,5% par an, sans que Nicolas Sarkozy ait besoin d'engager la moindre dépense supplémentaire.
Or il engage une dépense nouvelle en moyenne tous les quinze jours. Il faut savoir, qu'une dépense représentant 1 point de PIB se traduit par une dépense de 3 points de PIB dans les cinq ans qui suivent. Une recette inédite, annoncée pour compenser une dépense nouvelle, ne compense pas tout à fait car cette recette nouvelle de 1% au départ ne produit que 1,5% de PIB au bout de cinq ans. Cet effet mécanique s'ajoute à la différence entre taux d'intérêt et croissance du PIB.
Une telle logique conduit à ce qu'un jour ou l'autre, la quasi totalité des recettes de l'Etat serve à payer les seuls intérêts de la dette. Trois situations peuvent contribuer à enrayer les mécanismes de l'endettement:
1 - le budget de l'Etat redevient excédentaire: c'est exclu puisque la France a renié son engagement de stabiliser son déficit en 2010 et a reporté cette vague promesse en 2012.
2 - l'inflation allège le poids de la dette: c'est possible mais au détriment des épargnants qui prêtent leur argent à l'Etat.
3 - la croissance redevient telle qu'elle améliore spontanément les recettes d'un Etat qui renoncerait à augmenter ses dépenses: il y aura certainement un retour de la croissance en 2009; mais on en ignore l'amplitude et la durée. Et on ne sait surtout pas ce que Nicolas Sarkozy aura dépensé en plus d'ici là.
Voir ici le compteur en temps réel de la dette publique française.
Toutes ces données se résument à une certitude: la dette d'aujourd'hui représente les impôts de demain. Une certitude soigneusement masquée par les faux problèmes - la Shoah, les sectes - dans lesquels les médias se laissent facilement embarquer.
15:20 Publié dans Conjoncture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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