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30.11.2007
L'esquisse d'une réorientation
L'intervention télévisée du président de la République esquisse une réorientation de ses axes de politique économique. Il semble renoncer au volontarisme incantatoire pour entrer dans une conception plus libérale de l'action publique.
Si l'inflexion amorcée le 29 novembre 2007 se confirme, ce sera d'abord l'aveu déguisé d'un échec, celui du volontarisme incantatoire (1) illustré par des envolées lyriques comme "Je serai le président du pouvoir d'achat" ou "Je veux aller chercher le point de croissance qui manque à l'économique." L'échec vient de ce que "le choc fiscal de confiance" invoqué en juin 2007 ne s'est pas produit et ne se produira pas.
L'intervention télévisée du 29 novembre 2007 est d'inspiration libérale dans la mesure où elle semble annoncer une atténuation des prétentions politiques à régenter toute l'économie. L'Etat libéral ne disparaît pas; il se contente de créer les conditions législatives, réglementaires (donc fiscales) propices à la libération du potentiel, du dynamisme et de la créativité des acteurs économiques. Ces "conditions propices" sont - à tort ou à raison - les réformes engagées et envisagées par le pouvoir politique issu des élections du printemps 2007.
Il n'est pas certain que l'inflexion libérale soit plus efficace que le volontarisme politique. L'Etat se faisant plus modeste, c'est maintenant aux entreprises privées d'assumer les implications du libéralisme qu'elles revendiquent. Ce qui est sûr, c'est que cette inflexion est plus cohérente que l'illusion lyrique (2) avec l'environnement économique mondial.
(1) D'inspiration colbertiste plus oun moins teintée de marxisme ou de keynésianisme, le volontarisme politique à la française comporte une variante néo-gaulliste et une variante socialiste. L'idée de soumettre les réalités économiques à la volonté politique a presque toujours sombré, en France, dans le ridicule. Il suffit de se souvenir qu'en 1981, les socialistes hexagonaux voulaient "changer la vie". C'était plus stupide que de "vouloir chercher le point de croissance" mais, de Mitterrand à Sarkozy en passant par Chirac, il y a une continuité dans l'illusion lyrique.
(2) L'illusion lyrique à la française s'effondre de deux manières:
- l'évaporation socialiste (de Mitterand à Jospin): le volontarisme s'accorde "une pause dans les réformes", puis un "infléchissement" (euphémisme de la rigueur salariale) avant de disparaître dans le "ni-ni" ( ni socialisme ni libéralisme).
- la dislocation chiraquienne: la volonté de réduire la "fracture sociale" se transforme en crise sociale (automne 1995)
14:55 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.11.2007
Les miaulements du dinosaure France Telecom
PDG de France Telecom, Didier Lombard voudrait bien faire payer Google, coupable d'avoir trouvé une solution logicielle et un modèle économique qui situent le retard technologique français à - au moins - sept ou neuf ans derrière les Etats-Unis.
De ce retard, France Telecom qui s'appelait naguère Direction Générale des Télécommunications, est largement responsable: après avoir torpillé, en 1979, le réseau "Cyclades" (solution française qui intéressait les fondateurs américains d'internet) le monopole brejnevien a défendu le stupide minitel et tenté d'imposer le grotesque téléphone semi-nomade bibop.
C'est d'ailleurs avec une réaction d'ingénieur opérant dans un monopole de type soviétique que Didier Lombard demande, en somme, l'aide de la puissance publique pour "punir" l'américain Google. Le dinosaure ne se demande pas comment les autres opérateurs du monde entier, américains, européens, asiatiques se débrouillent avec Google. Le patron d'une entreprise qui vient d'être condamnée à une nouvelle amende de 45 millions d'euros par le Conseil de la Concurrence veut de l'argent pour installer la fibre optique nécessaire à l'internet à très haut débit. Comme il ne peut pas faire payer Google, dont les dirigeants lui riraient au nez s'ils connaissaient son existence, il suggère une bonne vieille réglementation. Peut-être une taxe sur les questions posées en anglais au moteur de recherche.
Mais il n'y a aucune raison de faire confiance à une entreprise hautaine bien que déclassée. Une entreprise dont les salariés sont si maltraités que certains d'entre eux, chargés de la maintenance, avouent qu'ils ne savent pas ce qu'est l'ADSL, faute d'avoir obtenu des stages de formation. Une entreprise qui ne soigne que ses actionnaires et qui méprise les usagers, encore prisonniers de l'ancien monopole malgré le "dégroupage." France Telecom se plaint du coût de la fibre optique mais n'assure même pas l'entretien de son vieux réseau en fils de cuivre.

Voici dans quel état se trouve un sous-répartiteur dans une région du centre de la France.
Par cette poubelle passent non seulement les communications téléphoniques mais aussi, s'il ne pleut pas trop, les données en ADSL. Entre la boue, les crottes d'oiseau, les toiles d'araignée et les fragment demétal, il est encore possible, parfois, de poser une question à Google, qui répond. France Telecom ne répond jamais.(Le sac poubelle qui protège le sous-répartiteur de France Telecom des intempéries n'a pas été fourni par Google mais par un abonné à Club Internet , fournisseur d'accès qui n'a pas la possibilité d'obliger l'ancien monopole à assurer la maintenance du réseau physique, seul moyen de bénéficier de la continuité du service internet.)
16:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France Telecom, Didier Lombard, monopole, internet, "Cyclades", Google, ADSL
24.11.2007
Après les grèves
De même qu'il était artificiel , donc vain, d'observer les évènements de l'automne 2007 dans le rétroviseur de l'automne 1995, analyser l'issue du litige sur les régimes spéciaux de retraite en termes de "vainqueur" et de "vaincus" relève d'une perception obsolète des réalités françaises.
D'abord, parce que cette réforme ne pouvait pas ne pas être réalisée, maintenant, dans les conditions politiques, sociologiques et psychologiques de la France telle qu'elle est aujourd'hui. La seule surprise, peut-être temporaire, est de ne pas avoir vu l'actuel président de la République mettre en scène le spectacle télévisé d'un hypothétique triomphe personnel. Peut-être certains de ses conseillers issus de la Droite avisée (= intelligente et cultivée, donc lucide) lui ont-ils fait comprendre qu'il ne faut pas aller trop loin dans la provocation médiatique avec l'incident de Guilvinnec comme limite à ne plus approcher (1)
Ensuite, parce que la mise en oeuvre de cette réforme impliquait forcément la recherche d'un rapport de forces par la grève, moins pour faire capituler le gouvernement ou tenir les syndicats en échec, que pour évaluer le poids des compromis à consentir. Les syndicats ne pouvaient pas accepter d'emblée la réforme telle qu'elle était présentée. Il fallait, pour des raisons pédagogiques qui seront résumées dans le paragraphe suivant, passer du principe de la réforme aux conditions sonnantes et trébuchantes de son acceptation. Impossible de faire autrement et le fait que les grèves n'ont duré que neuf jours est même une performance dans le contexte d'émiettement et de surenchères qui caractérise le syndicalisme hexagonal.Les médias nombrilistes ont focalisé leurs reportages sur la tarte à la crème idéologiquement suspecte des "usagers pris en otages" en oubliant d'évoquer la grève des chemins de fer en Allemagne.
Les mêmes médias myopes viennent seulement de découvrir que la CGT est dirigée par des hommes - Bernard Thibault mais aussi Le Duigou, Didier Le Reste - qui, depuis l'élection présidentielle de 2002, ont opté pour la pédagogie du compromis en direction de leur base, contre les organisations corporatistes plus ou moins noyautées par les "gauchistes". Cette évolution a été marquée par des prises de position lucides et réalistes dès 2003, un désaveu sur le référendum européen en 2005, un congrès difficile en 2006. L'attitude de Bernard Thibault en novembre 2007 n'est donc pas la nouveauté dont les médias se gargarisent, c'est la poursuite d'un long processus qui n'a pas été observé de près.
Une stature gouvernementale se dégage du litige, celle de Xavier Bertrand, négociateur subtil et fiable, bien adapté à l'évolution d'interlocuteurs de plus en plus valables comme les dirigeants de la CGT. L'émergence de Xavier Bertrand est intéressante pour l'avenir c'est à dire non seulement pour les autres réformes mais aussi pour la maturation et l'avènement d'un syndicalisme efficace. Ce serait d'ailleurs un paradoxe de portée historique que la Droite crée les conditions propices à l'instauration de relations sociales comparables à celles qui prévalent dans les démocraties d'Europe du Nord.
Le fait que les grèves aient permis de dégager des compensations pécuniaires à l'acceptation de principe la réforme met en évidence l'incompétence des maximalistes syndicaux et politiques incapables - contrairement à leurs maîtres à penser marxistes - d'évaluer un rapport de forces.
(1) La revue "Esprit" - un des laboratoires de pensée de la Droite intelligente et cultivée dont lucide - publie dans sa livraison de novembre l'analyse la plus implacable qui ait été faite jusqu'à présent du "sarkozysme". Remarquablement argumenté, ce document d'ores et déjà historique, va beaucoup plus loin, en profondeur, que toutes les critiques, anodines pour le coup, de la gauche deliquescente. En même temps, cette Droite estimable semble pressentir avec effarement ce que pourrait impliquer l'élection présidentielle de 2007 si le locataire de l'Elysée continue à se comporter comme il l'a fait depuis le début de son quinquennat.
13:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.11.2007
Croissance 2007: fourchette de crédibilité
La Banque de France vient d'actualiser ses prévisions de croissance à 1,9% pour 2007.
Rappelons que l'OCDE et la majorité des conjoncturistes privés s'accordent sur une progression de 1,8%.
Rappelons enfin que le gouvernement maintient une hypothèse de croissance comprise entre 2 et 2,25.
A partir de ces trois données, deux éléments d'appréciation:
1) En-dessous de 2% de croissance, le gouvernement enregistrerait l'échec de son "choc fiscal de confiance".
2) Les cours du pétrole ainsi que la parité euro/dollar s'étant stabilisés, la durée des grèves devient un paramètre important pour la crédibilité du gouvernement puisque le niveau du taux de croissance se joue à quelques dixièmes de point.
La fouchette de crédibilité s'établit ainsi à ce jour:
- 1,9% de croissance: échec léger.
- 1,8 % de croissance: échec sérieux.
- 1,7% de croissance: échec grave.
- 2% de croissance et plus : succès du gouvernement compte tenu des contraintes extérieures (pétroles, matières premières, parités monétaires) sur lesquelles il n'a aucune prise.
16:59 Publié dans Conjoncture | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : croissance 2007, crédibilité, gouvernement, Banque de France, OCDE, prévisions, hypothèse
14.11.2007
La croissance économique et la grève
Le fait que la croissance de l'économie française au troisième trimestre ait été, à + 0,7 %, supérieure aux attentes est à priori de nature à corriger, voire à démentir, mon analyse récente sur un possible échec de Nicolas Sarkozy. En réalité, et même si cette analyse du 9 novembre s'avère un jour erronée, les données sur la croissance mais aussi mon analyse du 13 novembre sur le caractère asymétrique de la crispation sociale valident l'hypothèse du risque d'échec.
Deux groupes d'observations sur la croissance au troisième trimestre :
1 - Cette "photographie" de la conjoncture est dépassée: toutes les données de juillet, août et septembre qui nourrissent ce résultat statistique se sont dégradées. Mon analyse du 9 novembre se fonde sur des données qui datent de la fin septembre, d'octobre et du début novembre. Exemples: en juillet le baril de pétrole ne valait pas encore 98 dollars, l'euro n'était pas proche de 1,50 dollar et les prix du lait et des céréales n'avaient pas encore augmenté.
2 - Le cimat psychologique a profondément changé: en juillet et en août, l'optimisme des lendemains électoraux prévalait encore; des réformes prometteuses ("travailleur plus pour gagner plus") n'avaient pas encore montré leurs limites (détaxation des heures supplémentaires).
Ainsi relativisé, le "bon chiffre" de la croissance modifie ainsi mon analyse du 13 novembre sur le caractère asymétrique de l'actuelle crispation sociale: des grèves longues peuvent affecter le taux de croissance en 2007; or le gouvernement a absolument besoin d'un chiffre pas trop mauvais pour installer sa crédibilité économique et poursuivre ses réformes. Les syndicats savent qu'ils ont perdu la confrontation sur les régimes spéciaux de retraite mais ils ont la possibilité en prolongeant les grèves de rendre la victoire sociale du gouvernement extrêmement coûteuse sur le plan économique et politique.
15:50 Publié dans Conjoncture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : croissance économique, économie française, troisième trimestre, Nicolas Sarkozy, conjoncture, pétrole, euro
13.11.2007
Une confrontation asymétrique
De même qu'en géopolitique, la polémologie ( = étude des conflits armés) intègre désormais la notion d'asymétrie - entre hyperpuissance américaine et l'organisation terroriste Al Qaeda, par exemple - l'observation de la vie sociale française doit évaluer les conséquences d'un défaut de symétrie dans l'interaction entre les protagonistes d'enjeux nationaux.
Une confrontation symétrique (idéale, bien sûr) est celle dans laquelle les deux protagonistes ont une réserve de concessions à échanger afin que nul ne sorte totalement vaincu.

Dans le schéma ci-dessus, le pouvoir veut réaliser une réforme (flèche bleue) à laquelle les syndicats s'opposent (flèche rouge). Le fait que le pouvoir dispose d'un réservoir d'aménagements (carré bleu) et que les syndicats disposent d'un réservoir d'adaptation (carré rouge) permet aux deux protagonistes de ne pas avoir le dos au mur. Dans une confrontation rationnelle, comme par exemple, l'échange " flexibilité" au profit des entreprises contre "sécurité professionnelle" au profit des salariés, chacun peut évaluer les compromis acceptables.
L'essentiel est que l'un et l'autre s'appuient sur des airbags qui favorisent des concessions équilibrées (flèches courbes dans la partie supérieure du schéma). La barre verte du milieu marque l'équilibre de départ. Elle peut être déplacée au profit du pouvoir, donc au détriment des syndicats, sur un dossier précis mais au profit des syndicats et au détriment du pouvoir sur un autre dossier: tout dépend des priorités nationales, des rapports de forces et de l'importance relative des enjeux sur un dossier comparé à d'autres dossiers.
Dans le cas des régimes spéciaux de retraite, le schéma de départ (ci-dessus) est asymétrique: le pouvoir a la légitimité démocratique pour lui ainsi que la faveur des médias et de l'opinion.

Il dispose d'un réservoir de concessions dont nul ne peut évaluer le contenu. En face, les syndicats, n'ont rien à offrir. Parler de négociations dans le cas des régimes spéciaux est un abus de langage puisqu'un seul protagoniste peut décider des aménagements applicables à la réforme. Les syndicats sont , comme on dit, "le dos au mur". Tous les aménagements qu'ils peuvent demander sont, dès le départ, des atteintes objectives au principe même de la réforme.
Acculés, les syndicats sont condamnés à une confrontation dure pour deux raisons. La première est qu'il ne peuvent pas laisser le champ libre aux plus extrémistes d'entre eux. La seconde est qu'ils peuvent craindre qu'en cas de "capitulation" prématurée, les pouvoirs - gouvernement et patronat - en profiteront pour imposer toutes sortes de réformes aussi peu négociables que celle des régimes spéciaux de retraite.
Exemples de confrontations asymétriques:
- La réforme des retraites en 2003 = syndicats vaincus.
- La réforme du CPE en 2007 = gouvernement vaincu.
Conséquences de l'asymétrie:
- Aggravation de la défiance qui caractérise les relations sociales françaises.
- Persistance d'une culture syndicale largement axée sur le refus du compromis.
- Renforcement des surenchères syndicales extrémistes.
- Tentation au gouvernement de réformer le plus possible par la crise plus ou moins provoquée.
- Accumulation de "sentiment de puissance" au gouvernement et des rancoeurs dans le corps social.
15:50 Publié dans Stratégies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grèves, confrontation sociale, concessions, pouvoir, gouvernement, patronat, syndicats
10.11.2007
Le plus gros transfert de richesses dans l'histoire de l'Humanité
Les consommateurs d'hydrocarbures dépensent chaque jour quatre à cinq milliards de dollars de plus qu'il y a cinq ans.
Ces quatre à cinq milliards de dépenses supplémentaires quotidiennes ont déversé, à ce jour, plus de deux mille milliards de dollars dans les coffres des pays producteurs et des compagnies pétrolières.
C'est le plus gros transfert de richesses enregistré dans l'histoire de l'Humanité.
Les conséquences d'un tel basculement sont esquissées dans une remarquable analyse du Washington Post.
14:55 Publié dans Marchés financiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Richesses, consommateurs, hydrocarbures, pays producteurs de pétrole, compagnies pétrolières
09.11.2007
L'esquisse d'un échec
Peut-être est-il prématuré de mettre en relations les éléments constitutifs d'un probable échec économique de Nicolas Sarkozy. Après tout, six mois d'exercice du pouvoir ne représentent que le dixième d'un quinquennat et le chef de l'exécutif a encore une cinquantaine de mois pour faire en sorte que son bilan soit perçu comme positif au moment de solliciter un second mandat.
Mais, d'une part, je crois beaucoup à la théorie mathématique des "conditions initiales" en vertu de laquelle un projet (ou une action, une dynamique, une trajectoire) qui démarre mal ne peut pas atteindre son objectif, c'est à dire réussir. D'autre part, ce blog est dédié à la veille, laquelle consiste à déceler les signes qui permettent d'anticiper.
Bien que les mauvais chiffres qui vont suivre ne puissent pas être intégralement imputés à l'actuel président de la République, force est de les apprécier dans le contexte du "choc de confiance" que Nicolas Sarkozy a imprudemment érigé en condition nécessaire et suffisante du succès de sa stratégie économique. Or,
- Le moral des ménages a chuté de 6 points en septembre par rapport à juillet et la progression de la consommation des ménages devrait être inférieure (+ 2,1%) cette année à celle de 2006 (+ 2,3%). Quelques indicateurs avancés suggèrent que les dépenses pour les fêtes de fin d'année seront plus prudentes que d'habitude.
- Le moral des patrons de PME a chuté de 19 points en septembre avec 18% de chefs d'entreprises qui prévoient une baisse d'activité.
- L'investissement des entreprises va ralentir selon les économistes de la BNP à cause du coût trop élevé du crédit et de la parité de l'euro qui rend les produits européens plus chers sur les marchés mondiaux. L'investissement est, avec la consommation intérieure et les exportations, un des trois facteurs de croissance. La consommation des ménages étant en baisse et les exportations en chute libre, le risque est grand de voir les trois "moteurs" tomber en panne dès le début de 2008.
- 71% des Français jugent inefficace l'action du pouvoir sur la baisse du pouvoir d'achat qui est devenue, pour la première fois depuis longtemps, la préoccupation prioritaire des Français devant la santé et le chômage (*)
Sur le plan psychologique, le "choc" est négatif = il produit les résultats exactement inverses à ceux qu'il aurait dû produire.
Bien que l'objectivité des chiffres puisse être parfois prise en défaut, force est de rappeler que:
- Le déficit du seul budget de l'Etat (donc, sans tenir compte de ceux de la Protection sociale et des collectivités territoriales) était supérieur, en septembre, de 9 milliards à ce qu'il était en 2006 à la même époque. Cela signifie que la dette va s'alourdir, car la BCE va forcément augmenter ses taux directeurs, et paralyser davantage encore les moyens d'action de la puissance publique.
- Le déficit du commerce extérieur s'est aggravé de 500 millions en septembre à 3 milliards de différence mensuelle entre les importations et les exportations. Ce critère est décisif pour mesurer la capacité d'insertion de notre économie dans la mondialisation et pour le fameux point de croissance
que "veut" Nicolas Sarkozy.
- La production industrielle s'est affaissée de 1,1% en septembre, dont 1,3% pour la seule production manufacturière, c'est à à dire sans l'énergie et l'agro-alimentaire. C'est la preuve que les produits français se vendent de moins en moins, notamment dans les pays émergents, mais aussi dans la zone euro où le problème du dollar dévalué ne se pose pas.
Encore une fois, rien n'est encore joué et tout n'est pas imputable au nouveau pouvoir. Mais il apparaît déjà que, croyant sans doute trop à la magie du verbe incantatoire et par manque de profondeur, voire d'épaisseur, l'actuel chef de l'Etat s'est peut-être lourdement trompé au niveau de l'analyse, de la conception et de la mise en oeuvre d'une stratégie économique nationale.
(*) Je suis par expérience personnelle et par réflexion plus que réservé sur les sondages pour des raisons techniques et éthiques. Cependant, comme toute l'action politique de Nicolas Sarkozy sembre se réduire à des opérations de communication fondée sur les sondages, je retiens ce résultat avec d'autant moins de scrupules que, fournisseurs du gouvernement pour des sondages rétribués et non publiés, les "instituts" se sont montrés jusqu'à présent accomodants pour le candidat de l'UMP et pour le président élu.
15:20 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : échec économique, Nicolas Sarkozy, mauvais chiffres, choc de confiance, moral des ménages, dépenses, consommation
08.11.2007
La pauvreté fait baisser la courbe du chômage
La version électronique du journal "Le Monde" daté du 7 novembre a trouvé dans un interminable compte-rendu d'obscurs travaux parlementaires la confirmation officielle d'un soupçon récurrent: les statistiques du chômage sont manipulées. Jamais le cynisme de cette manipulation (*) n'avait été révélé de manière aussi concise, en une seule phrase.
Cette confirmation se situe à la fin d'un très long procès-verbal qui transcrit mot à mot les réponses des membres du gouvernement aux questions des députés membres de la Commission des Finances et des Affaires sociales. Ces élus s'intéressent en ce moment, loin de l'actualité médiatique, aux dépenses de l'Etat dans le cadre de l'examen du projet de loi de Finances pour 2008. Dans son avant-dernière réponse, Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives déclare textuellement ceci: "Effectivement, si la moitié seulement des allocataires du RMI sont inscrits à l’ANPE, c’est aussi qu’on leur demande de ne pas s’y inscrire pour ne pas alourdir les statistiques."
Dans cette logique, les gouvernements ont objectivement intérêt à favoriser un assistanat qui leur permet de s'attribuer des succès apparents dans la lutte contre le chômage. La "lutte" contre le chômage consisterait, en somme, à faire basculer le plus grand nombre possible de jeunes sans qualification, de femmes seules et de salariés âgés dans la pauvreté afin que des ministres puissent venir se rengorger chaque mois à la télévision quand les tombent "les bons résultats de l'emploi".
La pauvreté progresse mais elle n'est pas rendue perceptible sous la forme de statistiques que les politiques agitent comme des quolifichets fétichistes. Les dépenses publiques d'aides à la survie des exclus explosent - triplement en quelques années des dépenses sociales des départements - mais les sommes exhibées permettent aux gouvernements de "montrer" qu'ils font "du social" (à la manière des dames patronesses qui donnent ostensiblement une pièce aux miséreux le dimanche à la sortie de la grand messe). Les dépenses sociales qui augmentent contribuent à l'accroissement de la dette au même titre que les allègements d'impôts consentis aux contribuables les plus aisés.
(*) Un directeur de l'INSEE a été récemment et discrètement limogé pour avoir, pendant la campagne électorale, résisté aux arguments de l'actuel président de la République sur la présentation statistique du marché du travail.
Source: Assemblée nationale via "Le Monde électronique"
12:20 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, RMI, chômage, travaux parlementaires, commission des finances, Martin Hirsch, projet de loi de finances
07.11.2007
Un premier ministre tangentiel
François Fillon confirme le caractère improbable de sa fonction et de son personnage, en déclarant ceci: "Je pense que l'objectif de tangenter les 2% de croissance en 2007 est de nouveau réalisable et donc je maintiens les prévisions qui sont les nôtres pour 2008, c'est-à-dire au taux de croissance aux alentours de 2,5%."
L'emploi du verbe "tangenter" trahit une volonté de ne surtout pas se faire comprendre par le recours à l'hermétisme d'un jargon de technicien. Essayer de dissimuler dans un néologisme abscons le fait qu'on a rien à dire parce qu'on ne sait rien est un symptôme banal de l'impuissance politique. Ces mystères économiques les dépassent, ils feignent de les organiser par le verbe. Un verbe d'autant moins contestable qu'il est incompréhensible tout en essayant de produire l'effet d'une haute compétence.
Le pauvre homme se trompe de géométrie pour ses prévisions de croissance en 2007 car la courbe faiblement ascendante de la production nationale de richesse ne touchera en aucun point les prévisions initiales qui étaient de 2,25%, ni même les espérances de l'actuel gouvernement qui a déjà corrigé ces prévisions à 2 %. Cette courbe ne dépassera probablement pas une progression de 1,8%.
Quant à l'incantation verbale qui sert d'analyse pour 2008, elle flotte dans une géométrie non euclidienne que l'on peut qualifier de "fillonnesque". La croissance atteindra l'an prochain une progression de 2,5 %, clame le collaborateur de l'animateur de télévision installé à l'Elysée. Il oublie que sa délicieuse ministre de l'Economie a déjà soustrait un demi-point de croissance pour cause de crise boursière cet été. Ce qui ramène la prévision officielle à 2 %. Il néglige le fait que la valorisation accélérée de l'euro par rapport au dollar et aux monnaies asiatiques produira une conséquence du même ordre, ce qui abaisse encore la prévision. Sans oublier les effets de la hausse du pétrole et des produits de première nécessité. Ces effets perturberont la consommation des ménages, facteur principal de la croissance de l'économie française depuis de nombreuses années, puisque les entreprises préfèrent servir des dividences à leurs actionnaires plutôt que d'investir.
Une telle erreur d'appréciation ne peut s'expliquer que par un pathétique sentiment d'échec à propos du fameux "choc fiscal de confiance" qui devait "donner à la France le point de croissance qui lui manque."
Dans ces conditions, le recyclage du néologisme "tangenter" peut s'appliquer à l'entendement des gouvernants. Cet entendement semble bien "prendre la tangente".
17:25 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Premier ministre, tangenter, prévisions de croissance, production de richesses, incantation verbale, crise boursière, euro









