13.11.2007

Une confrontation asymétrique

De même qu'en géopolitique, la polémologie ( = étude des conflits armés) intègre désormais la notion d'asymétrie - entre hyperpuissance américaine et l'organisation terroriste Al Qaeda, par exemple - l'observation de la vie sociale française doit évaluer les conséquences d'un défaut de symétrie dans l'interaction entre les protagonistes d'enjeux nationaux.

Une confrontation symétrique (idéale, bien sûr) est celle dans laquelle les deux protagonistes ont une réserve de concessions à échanger afin que nul ne sorte totalement vaincu.

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Dans le schéma ci-dessus, le pouvoir veut réaliser une réforme (flèche bleue) à laquelle les syndicats s'opposent (flèche rouge). Le fait que le pouvoir dispose d'un réservoir d'aménagements (carré bleu) et que les syndicats disposent d'un réservoir d'adaptation (carré rouge) permet aux deux protagonistes de ne pas avoir le dos au mur. Dans une confrontation rationnelle, comme par exemple, l'échange " flexibilité" au profit des entreprises contre "sécurité professionnelle" au profit des salariés, chacun peut évaluer les compromis acceptables.

L'essentiel est que l'un et l'autre s'appuient sur des airbags qui favorisent des concessions équilibrées (flèches courbes dans la partie supérieure du schéma). La barre verte du milieu marque l'équilibre de départ. Elle peut être déplacée au profit du pouvoir, donc au détriment des syndicats, sur un dossier précis mais au profit des syndicats et au détriment du pouvoir sur un autre dossier: tout dépend des priorités nationales, des rapports de forces et de l'importance relative des enjeux sur un dossier comparé à d'autres dossiers.


Dans le cas des régimes spéciaux de retraite, le schéma de départ (ci-dessus) est asymétrique: le pouvoir a la légitimité démocratique pour lui ainsi que la faveur des médias et de l'opinion.

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Il dispose d'un réservoir de concessions dont nul ne peut évaluer le contenu. En face, les syndicats, n'ont rien à offrir. Parler de négociations dans le cas des régimes spéciaux est un abus de langage puisqu'un seul protagoniste peut décider des aménagements applicables à la réforme. Les syndicats sont , comme on dit, "le dos au mur". Tous les aménagements qu'ils peuvent demander sont, dès le départ, des atteintes objectives au principe même de la réforme.

Acculés, les syndicats sont condamnés à une confrontation dure pour deux raisons. La première est qu'il ne peuvent pas laisser le champ libre aux plus extrémistes d'entre eux. La seconde est qu'ils peuvent craindre qu'en cas de "capitulation" prématurée, les pouvoirs - gouvernement et patronat - en profiteront pour imposer toutes sortes de réformes aussi peu négociables que celle des régimes spéciaux de retraite.

Exemples de confrontations asymétriques:

- La réforme des retraites en 2003 = syndicats vaincus.

- La réforme du CPE en 2007 = gouvernement vaincu.

Conséquences de l'asymétrie:

- Aggravation de la défiance qui caractérise les relations sociales françaises.

- Persistance d'une culture syndicale largement axée sur le refus du compromis.

- Renforcement des surenchères syndicales extrémistes.

- Tentation au gouvernement de réformer le plus possible par la crise plus ou moins provoquée.

- Accumulation de "sentiment de puissance" au gouvernement et des rancoeurs dans le corps social.

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