09.11.2007

L'esquisse d'un échec

Peut-être est-il prématuré de mettre en relations les éléments constitutifs d'un probable échec économique de Nicolas Sarkozy. Après tout, six mois d'exercice du pouvoir ne représentent que le dixième d'un quinquennat et le chef de l'exécutif a encore une cinquantaine de mois pour faire en sorte que son bilan soit perçu comme positif au moment de solliciter un second mandat.

Mais, d'une part, je crois beaucoup à la théorie mathématique des "conditions initiales" en vertu de laquelle un projet (ou une action, une dynamique, une trajectoire) qui démarre mal ne peut pas atteindre son objectif, c'est à dire réussir. D'autre part, ce blog est dédié à la veille, laquelle consiste à déceler les signes qui permettent d'anticiper.

Bien que les mauvais chiffres qui vont suivre ne puissent pas être intégralement imputés à l'actuel président de la République, force est de les apprécier dans le contexte du "choc de confiance" que Nicolas Sarkozy a imprudemment érigé en condition nécessaire et suffisante du succès de sa stratégie économique. Or,

- Le moral des ménages a chuté de 6 points en septembre par rapport à juillet et la progression de la consommation des ménages devrait être inférieure (+ 2,1%) cette année à celle de 2006 (+ 2,3%). Quelques indicateurs avancés suggèrent que les dépenses pour les fêtes de fin d'année seront plus prudentes que d'habitude.

- Le moral des patrons de PME a chuté de 19 points en septembre avec 18% de chefs d'entreprises qui prévoient une baisse d'activité.

- L'investissement des entreprises va ralentir selon les économistes de la BNP à cause du coût trop élevé du crédit et de la parité de l'euro qui rend les produits européens plus chers sur les marchés mondiaux. L'investissement est, avec la consommation intérieure et les exportations, un des trois facteurs de croissance. La consommation des ménages étant en baisse et les exportations en chute libre, le risque est grand de voir les trois "moteurs" tomber en panne dès le début de 2008.

- 71% des Français jugent inefficace l'action du pouvoir sur la baisse du pouvoir d'achat qui est devenue, pour la première fois depuis longtemps, la préoccupation prioritaire des Français devant la santé et le chômage (*)

Sur le plan psychologique, le "choc" est négatif = il produit les résultats exactement inverses à ceux qu'il aurait dû produire.

Bien que l'objectivité des chiffres puisse être parfois prise en défaut, force est de rappeler que:

- Le déficit du seul budget de l'Etat (donc, sans tenir compte de ceux de la Protection sociale et des collectivités territoriales) était supérieur, en septembre, de 9 milliards à ce qu'il était en 2006 à la même époque. Cela signifie que la dette va s'alourdir, car la BCE va forcément augmenter ses taux directeurs, et paralyser davantage encore les moyens d'action de la puissance publique.

- Le déficit du commerce extérieur s'est aggravé de 500 millions en septembre à 3 milliards de différence mensuelle entre les importations et les exportations. Ce critère est décisif pour mesurer la capacité d'insertion de notre économie dans la mondialisation et pour le fameux point de croissance
que "veut" Nicolas Sarkozy.

- La production industrielle s'est affaissée de 1,1% en septembre, dont 1,3% pour la seule production manufacturière, c'est à à dire sans l'énergie et l'agro-alimentaire. C'est la preuve que les produits français se vendent de moins en moins, notamment dans les pays émergents, mais aussi dans la zone euro où le problème du dollar dévalué ne se pose pas.

Encore une fois, rien n'est encore joué et tout n'est pas imputable au nouveau pouvoir. Mais il apparaît déjà que, croyant sans doute trop à la magie du verbe incantatoire et par manque de profondeur, voire d'épaisseur, l'actuel chef de l'Etat s'est peut-être lourdement trompé au niveau de l'analyse, de la conception et de la mise en oeuvre d'une stratégie économique nationale.


(*) Je suis par expérience personnelle et par réflexion plus que réservé sur les sondages pour des raisons techniques et éthiques. Cependant, comme toute l'action politique de Nicolas Sarkozy sembre se réduire à des opérations de communication fondée sur les sondages, je retiens ce résultat avec d'autant moins de scrupules que, fournisseurs du gouvernement pour des sondages rétribués et non publiés, les "instituts" se sont montrés jusqu'à présent accomodants pour le candidat de l'UMP et pour le président élu.

Commentaires

Merci.

Le parler vrai,qui n'est jamais que le "Dire" du Vrai ne peut qu'être salutaire pour ce Pouvoir élu par les Français.
A une condition : écouter les sages conseillers ,aussi bien que les professionnels de la communication.
Je parle des Indépendants,libres de l'exposé de leurs analyses.
Mais ,est-ce possible ???
Reste l'espoir,sinon l'espérance !

Ecrit par : jean louis BARS | 10.11.2007

Les commentaires sont fermés.