08.10.2007
Sarkozy, Bush et les actes irréversibles
Selon une nouvelle approche de la décision politique, certaines mesures à priori incompréhensibles pour le commun des mortels, seraient prises en raison de leur caractère irréversible et de leur portée, contraignante ou libératoire, sur les choix des successeurs au pouvoir.
Appliquée à l'actuel président de la République française, la théorie de l'irréversibilité contraignante explique le choix de la relance économique fondée sur les baisses d'impôts, l'agravation des déficits et le gonflement de la dette par le souci qu'aurait Nicolas Sarkozy d'imposer à la société française des réformes sur lesquelles nul, à l'avenir, ne pourra revenir. Pour les tenants français de l'irreversibilité contraignante, les successeurs du chef de l'Etat auront trop de soucis avec la dette amplifiée pour avoir la possibilité, et même l'envie, d'annuler les réformes sarkoziennes.
Cette explication rencontre quatre objections: les réformes irréversibles n'apparaissent pas clairement dans toute leur densité; il n'y a pas de lien évident entre la dette qui enfle et des réformes annoncées de manière incantatoire; il n'y a pas de successeur potentiel à l'horizon de l'actuel président, horizon qui se prolonge évidemment jusqu'en 2017; dans cette perspective, le fait d'alourdir la dette serait plutôt préjudiciable à l'action de Nicolas Sarkozy lui-même à la fin du premier quinquennat et tout au long du second.
La théorie de l'irréversibilité fonctionne assez bien, par contre, avec George Bush et l'hypothèse d'un bombardement par les Etats-Unis des installations nucléaires iraniennes. L'actuel président des Etats-Unis ne peut plus se représenter. Il a donc la possibilité de marquer l'Histoire en "libérant" ses successeurs - quels qu'ils soient - du souci majeur que représente la bombe atomique islamique. Deux issues sont envisageables:
A - des bombardements efficaces empêchent l'Iran de se doter d'un arsenal nucléaire comme ce fut le cas pour l'Irak après le bombardement d'une installation militaire par l'aviation israélienne.
B - des bombardements d'une efficacité relative retardent de plusieurs années le programme nucléaire iranien. Le temps pour les Etats-Unis de préparer les conditions d'un renversement du régime des mollahs.
Dans les deux cas, le président Bush n'a rien à perdre personnellement. Il peut même faire partiellement oublier l'échec politique qui a suivi la victoire militaire en Irak en se présentant comme celui qui aura protégé le monde d'une menace nucléaire islamique. Que le successeur à la Maison Blanche soit Démocrate ou Républicain, il leur aura rendu service.
Si les faits doivent vérifier la théorie de la décision irréversible, ce ne peut être que dans les huit à dix mois qui viennent, avant l'ouverture de la campagne pour l'élection présidentielle aux Etats-Unis, en novembre 2008.
Une telle crise géopolitique à moyen terme se situe aujourd'hui entre le possible et le plausible. Juste en dessous du probable.
19:20 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Bush, décision politique, relance économique, baisse des impôts, dette publique, réformes











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