24.09.2007

Assurance maladie: un peu de franchise

Lorsqu'il a annoncé pour la première fois l'instauration de moindres remboursements par l'Assurance maladie de dépenses médicales et pharmaceutiques, l'actuel président de la République a d'abord affirmé qu'il s'agissait de "responsabiliser les assurés sociaux."

Puis il s'est ravisé et il a invoqué une motivation compassionnelle, la maladie d'Alzheimer. Personne ne peut refuser d'être un peu moins remboursé, c'est à dire de dépenser un peu plus, pour aider les malades et leurs familles.

Enfin, ses collaborateurs viennent d'avouer que le déficit croissant des finances de la Protection sociale est la véritable raison de ces moindres remboursements. Ce qui signifie que la maladie d'Alzheimer n'était qu'un prétexte pour infliger une nouvelle ponction financière aux assurés.

Inventer une raison compassionnelle pour justifier un prélèvement est une vieille lâcheté politique. Paul Ramadier avait justifié l'instauration d'un impôt sur l'automobile - la vignette aujourd'hui disparue - par l'état de misère dans lequel se trouvaient certaines personnes âgées à la fin des années cinquante du siècle dernier. Il est troublant de constater que de Paul Ramadier à Nicolas Sarkozy, les mêmes émotions morbides sont activées pour "faire passer" des mesures iniques. Car la fameuse "vignette" a, en réalité, contribué au financement de la guerre d'Algérie. Comme la "franchise" servira notamment à améliorer le sort des médecins libéraux tout en faisant croire que le gouvernement lutte contre les déficits.

La vérité est que, de déficits creusés en petits prélèvements inefficaces, c'est vers une privatisation partielle de l'assurance maladie que s'oriente le gouvernement. Il s'agit de mettre à la disposition des compagnies d'assurances l'énorme clientèle captive de Français vieillissants, donc fragilisés, donc obligés de souscrire des contrats pour compléter les remboursements,de plus en plus chétifs, de la Sécurité sociale.

Les Français sont ainsi poussés à admettre qu'ils devront se tourner vers l'assurance privée s'ils veulent éviter de connaître le sort de 47 millions d'Américains sans couverture sociale. Mais, bien sûr, s'ils ont les moyens de ne pas subir cette rupture sournoise du pacte républicain.

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