15.09.2007

Sarkozy contre Trichet, comme Chirac...

Les critiques adressées par Nicolas Sarkozy à Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, étaient prévisibles. C'est une réaction typiquement française - inaugurée en 1995 par Jacques Chirac - d'attribuer les erreurs économiques faites par les politiques à la BCE. La raison de cette hargne tenace: la BCE empêche les politiques d'effacer leurs erreurs en dévaluant la monnaie.

Le président français a raison sur un point: il y a un bien un paradoxe dans le fait que la BCE lutte contre l'inflation en maintenant des taux élevés tout en alimentant l'inflation par des injections massives de liquidités afin d'empêcher la crise boursière d'affecter l'économie réelle.

Mais Nicolas Sarkozy a tort sur l'approche globale. D'abord, le fait de séparer les "bons" entrepreneurs et les "méchants" spéculateurs est tout simplement démagogique. Les responsables financiers des grandes entreprises sont obligés de spéculer et certains spéculateurs, stratèges de la finance, contribuent à la création de valeur quand ils favorisent les managers efficaces et quand ils sanctionnent les dirigeants ineptes.

Dans le conception sarkozienne du Bien et du Mal, la BNP qui dispose de fonds "dynamiques" (= spéculatifs) sur le marché du crédit immobilier américain devrait être rangée parmi les méchants spéculateurs, ainsi que de nombreux autres établissements financiers honorablement connus sur la place de Paris.

Il serait d'ailleurs intéressant de savoir pourquoi et comment certaines SICAV monétaires, à priori sans risques, ont été touchées cet été sans que les épargnants aient été prévenus par leurs gestionnaires. Lesquels ont pris des risques en espérant obtenir des rendements plus élevés. Nicolas Sarkozy devrait faire ouvrir une enquête sur ces agissements. Il ne peut pas le faire car il a annoncé son intention de soustraire les décideurs économiques à la vigilance de la Justice. Dommage. Il se pourrait bien que des gestionnaires financiers n'aient pas été très "corrects" - euphémisme - avec les petits épargnants qui leur confient leurs économies. (La panique survenue à Londres autour d'une banque spécialisée dans le crédit immobilier ne serait pas justifiée en France où les taux d'intérêt variables sont peu pratiqués; cependant, un effort de transparence dans l'Hexagone conduirait sans doute à d'inquiétantes révélations).

Bien que les Etats-Unis ne puissent pas être considérés comme un modèle absolu en matière de transparence et de capacité à corriger leurs fautes et leurs erreurs, le président français ferait bien de se renseigner sur le nombre de chefs d'entreprises incarcérés de l'autre côté de l'Atlantique pour avoir trompé les épargnants, les actionnaires et les analystes financiers. D'ailleurs sans attendre les éventuelles interventions de la Justice, redoutable, les milieux d'affaires américains tendent à s'autoréguler à la moindre erreur. On ne peut pas en dire autant du capitalisme hexagonal, bien installé dans un confortable sentiment d'impunité.

Quoi qu'il en soit, le président français a surtout le grand tort d'être complètement isolé en Europe sur la question de l'indépendance de la Banque Centrale. C'est ennuyeux parce qu'avec une politique économique fondée sur les déficits et l'endettement, la France fait partie des pays les moins rigoureux sur le plan financier et elle figure, en même temps, parmi les moins performants sur le plan de l'innovation, de la croissance, des exportations et des créations d'emploi. (Petite métaphore: le cancre donne des leçons aux professeurs.) C'est fâcheux parce que la présidence française de l'Union européenne se présente de plus en plus mal avec des partenaires européens - notamment allemands - ouvertement ulcérés par les inconséquences d'une France affaiblie mais hâbleuse.

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