16.01.2009

Deux cas flagrants de manipulation élyséenne

Nicolas Sarkozy vient de se livrer à deux manipulations qui illustrent sa conception de la politique: la diversion et l'escamotage assistés par les médias.

Une diversion à la SNCF

En accusant le syndicat SUD-Rail d'être responsable des graves nuisances infligées aux usagers de la gare Saint-Lazare à Paris, le chef de l'Etat se trompe ou ment délibérément, ce qui est inquiétant dans les deux hypothèses. Il y a, à la SNCF depuis plusieurs semaines, un contentieux entre la direction et plusieurs syndicats. SUD-Rail n'est ni à l'origine du droit de retrait consécutif à l'agression d'un conducteur, ni à l'origine du verrouillage de la gare Saint-Lazare.

En désignant SUD Rail (car il faut toujours désigner un "ennemi" pour détourner l'attention) Nicolas Sarkozy fait oublier l'échec de sa loi inapplicable sur le service minimum dans les transports publics terrestres.

Un escamotage sur les banques

En menaçant les banquiers de sanctions parce qu'ils ne consentent pas suffisamment de crédits aux entreprises, Nicolas Sarkozy escamote le fait qu'il n'a aucune autorité sur les décisions d'établissements privés. Il aurait pu en avoir si, au lieu de prêter de l'argent aux banques, il avait fait entrer l'Etat dans le capital des établissements privés qui ont besoin de l'argent public. Devenu actionnaire des établissements en difficulté, l'Etat donc son chef, auraient pu imposer une politique du crédit conforme aux intérêts de la nation. Mais, en novembre dernier, le lobby des banquiers a rejeté cette solution et l'Elysée s'est incliné.

En désignant les banquiers (car il faut toujours désigner des "coupables" pour détourner l'attention), Nicolas Sarkozy profère une menace en l'air qui fait oublier sa capitulation devant les exigences des banquiers.

Avec la complicité des médias

Ces diversions et escamotages grossiers fonctionnent grâce à la complicité des médias qui les valident en les amplifiant.
La veulerie de la presse française a atteint un degré tel que l'exercice concret de la démocratie n'est plus garanti puisque les citoyens sont désormais privés des éléments, positifs et négatifs, qui leur permettraient d'ajuster en permanence leur jugement sur l'action de l'Exécutif.

Les réalités cachées

En accentuant une connivence servile qui n'existe que dans les régimes autocratiques (pays très proches où les journaux doivent publier chaque jour une photo du chef de l'Etat à la "une"), Nicolas Sarkozy et ses pitoyables thuriféraires médiatiques négligent des réalités décisives.

Par exemple, le fait que les tensions à la SNCF soient motivés par une surenchère syndicale dans la perspective d'élections professionnelles devrait inciter à s'interroger sur les raisons qui poussent de plus en plus de jeunes salariés de ce secteur à rallier le syndicat SUD-Rail et sur les conséquences à moyen et à long terme de ce phénomène.

Par exemple encore, le fait que les banquiers ne redistribuent pas aux entreprises sous forme de crédits l'argent que l'Etat leur prête devrait inciter à se pencher sur les conditions dans lesquelles les banques reconstituent leurs marges et surtout sur leur stratégie: profiter de la récession pour faire de bonnes affaires en organisant le rachat des entreprises qu'elles mettent en difficulté. La "crise" sera désignée comme responsable des disparitions d'entreprises mais comme le dit un banquier, la crise c'est aussi une occasion de faciliter les consolidations.
Comprenez "fusions".
Comprenez : rachat des plus vulnérables par les plus solides pour prendre des parts de marché.
Cela ne sera pas expliqué aux citoyens.

13.01.2009

Un exemple de réforme inutile et dangereuse

Plusieurs centaines de milliers de personnes viennent de subir les désagréments de la fermeture totale de la gare Saint-Lazare à Paris.
Conséquence d'une grève surprise des agents de conduite, cette fermeture est sans précédent.

La loi imposant un service minimum dans les transports terrestres a été votée en août 2007. La paralysie totale de la gare Saint-Lazare prouve qu'elle ne sert strictement à rien. Comme ne sert à rien la loi sur le service minimum dans l'Education nationale.

Ces deux exemples révèlent l'inanité de réformes bravaches qui, non seulement ne modifient en rien la vie concrète des citoyens, mais accélèrent la perte de crédibilité des hommes politiques.

Voter une loi qui ne fonctionne pas accroît la défiance à l'égard de la loi. Cette défiance est une des sources de l'incivilité qui taraude nos sociétés.

Voter une réforme qui ne réforme rien, c'est brouiller la perception du réformisme. C'est mélanger les changements nécessaires avec les annonces cosmétiques. C'est faire planer un doute légitime sur les véritables objectifs de certains projets gouvernementaux.

Contrairement à ce que ses pathétiques thuriféraires essaient de faire croire, le "volontarisme" de Nicolas Sarkozy ne contribue pas à réhabiliter le politique. Au contraire, puisque ce "volontarisme" débouche sur l'inefficacité.
Le "volontarisme" du bateleur n'a rien à voir avec l'éthique du décideur.
L'homme qui a dernièrement affirmé qu'en France, désormais, "quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit" est un piètre dirigeant.

09.01.2009

Les lanceurs de relances

Les politiciens du monde entier se livrent depuis septembre à un concours de relances. Barak Obama prend le relais de George Bush (et procède, comme lui, à des réductions d'impôts, ce qui devrait faire réfléchir ceux qui se sont pâmés devant ses promesses électorales). Nicolas Sarkozy essaie de rattraper Gordon Brown (et procède comme Jacques Chirac en 1974 à des relances qui ne servent à rien). Angela Merkel galope derrière Nicolas Sarkozy parce qu'elle prépare des élections législatives.

Ces jeux olympiques de la relance économique révèlent trois phénomènes:

1- Panique des politiciens: ils ne comprennent pas ce qui s'est passé; il n'ont prise sur rien, ni sur les banques ni sur les consommateurs; ils ne savent pas ce qui va se passer. La panique inspire des décisions absurdes comme celle qui consiste à vouloir restaurer "la confiance" en multipliant des plans de relance qui accentuent la défiance.

2 - Impunité des incompétents: les banquiers d'affaires, gérants de fonds et financiers de tous poils qui sont à l'origine de la crise du crédit, élément déclencheur de la récession, elle-même génératrice de déflation sortent indemnes puisque les politiciens déversent des milliers de milliards sur leurs pertes.

3 - Le "sauvetage"prépare la prochaine crise: les milliards de dollars et d'euros que les politiciens font imprimer par "la planche à billets" afin d'exonérer les financiers incompétents de toute responsabilité vont créer une énorme inflation à partir de 2011 et créer une nouvelle bulle spéculative qui éclatera vers 2013.

Les politiciens, Obama compris, compliquent la résolution des problèmes.

Ils n'ont pas la lucidité qui leur permettrait de comprendre que la panique les discrédite.

Ils n'ont pas le courage de sanctionner les financiers dont les agissements troublent l'ordre public.

Ils n'ont pas suffisamment d'imagination pour proposer une vision régénérée de l'économie mondialisée.

27.12.2008

Philippe Marini honnête homme de droite de l'année

Sénateur UMP de l'Oise, Philippe Marini mérite d'être considéré comme l'homme de droite le plus honnête de l'année pour avoir proposé que les pertes subies à la Bourse soient compensées par un abattement fiscal égal au montant total de ces pertes.

Le sénateur Marini fait cependant preuve d'une grande modération dans son approche du partage de la richesse nationale: il s'abstient de proposer que les gains boursiers soient entièrement défiscalisés.

En effet, l'enrichissement sans cause (que les partageux envieux appellent "spéculation") cet enrichissement sans cause humaine connue ne peut provenir que d'une intervention divine. C'est à dire un miracle. Et seuls des sans-Dieu remplis de haine peuvent avoir la volonté de taxer les miracles.

16.12.2008

Reculs: Sarkozy = Chirac

Relances ratées, réformes sans pertinence, recul sur la réforme du lycée, recul sur l'ouverture des magasins le dimanche. L'actuel chef de l'Etat n'est pas plus lucide ni plus décidé que son fade et velléitaire prédécesseur.

Ceux qui ont cru voir en Nicolas Sarkozy, un réformateur capable de hâter l'adaptation de la France au nouvel état du monde manquent singulièrement de culture, de mémoire et de discernement.

De "l'agité" au "fébrile anxiogène"

Comme Jacques Chirac - que Valéry Giscard d'Estaing avait qualifié d'"agité" en 1978 - celui auquel une majorité de Français a cru devoir confier les destinées du pays en 2007 est un fébrile anxiogène qui masque ses insuffisances de décideur derrière un cynisme de bateleur. Fragile pellicule d'autoritarisme sur une complexion bardée d'incertitudes qu'un effrayante inculture aggrave encore. (D'où, peut-être, ces tics compulsifs que la chancelière essaie d'interpréter en regardant tous les films de Louis de Funès pour essayer de comprendre le fonctionnement mental du président des Français.)

Les ravages du clientélisme fiscal

Rien, dans son programme électoral, ne préparait l'économie française à la culture de l'innovation qui est l'avenir des sociétés développées. Avec ses allègements d'impôts, ce programme se situait dans la pure tradition du clientélisme chiraquien. Et, comme tous les allégements fiscaux décidés entre 2002 et 2007 par Chirac, les 17 milliards distribués par Sarkozy aux ménages les plus aisés n'ont absolument pas stimulé la croissance française. Pour une raison simple: les ménages aisés qui reçoivent un supplément de pouvoir d'achat ne consomment pas plus, ils épargnent.

Dans ce programme figuraient des réformes économiquement inutiles, comme la généralisation de l'ouverture dominicale des magasins qui n'accroît pas la consommation, surtout quand celle-ci est bridée par la baisse du pouvoir d'achat. Le président y a ajouté des initiatives clientélistes comme la suppression de la publicité dans l'audiovisuel public qui ne sert qu'à transférer des revenus vers les groupes privés qui le soutiennent depuis plusieurs années.

La droite a peur des images qui réveillent son effroi

La véritable nature, hyperchiraquienne, du sarkozysme de croisière se révèle précisément à travers l'abandon de la généralisation des emplettes dominicales ainsi qu'à travers le report de la réforme des lycées.

Ces deux reculs montrent que le pouvoir a peur.

Peur des conséquences de son échec économique, conséquences que la récession va aggraver.
Peur des réactions de désespoir de centaines de milliers de salariés promis au chômage.
Peur de la rage des jeunes devant le manque d'avenir.
Peur - et c'est le plus significatif - de l'effet que des images télévisées venues de Grèce pourrait avoir sur les ressentiments français.

La peur des images venues de Grèce prouve que la Droite française reste traumatisée, en profondeur, par l'effroi qu'elle a vécu en mai 1968.
Cet effroi a tétanisé les deux mandats de Jacques Chirac.
Il commence à paralyser le premier quinquennat de son meilleur disciple.

21.11.2008

Sarkozy puise dans l'épargne des Français

Le Fonds Souverain d'Investissements bricolé par Nicolas Sarkozy ne répond à aucune autre nécessité que celles-ci:

1- Masquer l'impuissance d'un Etat grandiloquent mais désargenté (1), notamment à cause des baisses d'impôts.

2 - Transférer une partie de l'endettement l'Etat sur l'épargne des Français.

Avec tous les risques que comporte un tel "détournement".

"Détournement" il y a par rapport à la vocation de la Caisse des Dépôts et Consignations. La Caisse a été créée le 28 avril 1816 afin de protéger l'épargne des Français dilapidée par Napoléon pour assurer le financement de ses guerres.

Deux transgressions graves

L'OPA sarkozienne a d'abord consisté à transgresser le principe d'autonomie de la CDC: réticents, ses dirigeants ont été contraints de cautionner le fonds élyséen. (Théoriquement, les dirigeants de la Caisse des Dépôts et Consignations ne doivent rendre des comptes qu'à la représentation nationale, c'est à dire aux députés et aux sénateurs. Le Parlement étant ce qu'il est, asservi au pouvoir exécutif, Sarkozy peut imposer ce qu'il veut aux organismes publics "indépendants".)

La seconde atteinte porte sur la gestion indépendante de l'argent confié à la Caisse des Dépôts et Consignations. Cet argent - épargne populaire, retraites des fonctionnaires - doit être géré sans liens avec les aléas du budget de l'Etat. Or, c'est parce que l'Etat n'a plus les moyens financiers de ses ambitions (1) qu'il puise dans l'épargne des Français. (La dotation du fonds élyséen correspond d'ailleurs à peu près (20 milliards) aux 17 milliards de recettes budgétaires supprimées par les baisses d'impôts).

Au départ, Sarkozy envisageait une "force de frappe" de 100 milliards. Avec ses 20 milliards - dont 6 milliards seulement sont immédiatement mobilisables - l'initiative sarkozienne est tout simplement ridicule face aux 3900 à 5000 milliards que totalisent les vrais fonds souverains arabes et asiatiques. (L'initiative française est tellement ridicule - comme celle du "nouveau Bretton Woods" ou de "la refondation du capitalisme" - que l'Union européenne a refusé de l'envisager, malgré l'insistance du président français de l'Union.)

La Caisse des Dépôts s'endette à la place de l'Etat

Ce ridicule risque, pour une fois, de "tuer". Car si les ressources mobilisables s'avèrent insuffisantes, la CDC va devoir emprunter, c'est à dire s'endetter. A la place de l'Etat. (L'astuce est suffisamment grossière pour que la Commission européenne sanctionne ce qui n'est qu'un jeu d'écriture: la France triche sur la réalité de son endettement public (1).

En outre, la CDC va être obligée, dans la conjoncture actuelle, de prendre des risques contraires à sa vocation. Elle détient des participations dans la moitié des entreprises du CAC 40. Or celui-ci a plongé de plus de 50% depuis le début de l'année. Les actifs de la Caisse sont d'ores et déjà affectés par la crise du crédit. Ils vont l'être davantage avec une récession déflationniste qui risque de durer jusqu'en 2011.

Boursicoter avec l'argent des autres

Ce que Sarkozy veut l'obliger à faire est extrêmement dangereux. Habituée à prendre des participations sur le long terme - ce qui est la sagesse même en Bourse - la Caisse va être amenée à prendre des options à court terme, à boursicoter, avec l'épargne des Français.

En effet, quand une entreprise est convoitée par des investisseurs, étrangers ou non, c'est en général parce que cette entreprise est mal gérée ou parce qu'elle est porteuse de synergies avec un autre groupe. Contrainte par Sarkozy, la Caisse bi-centenaire va donc protéger malgré elle des entreprises françaises éventuellement mal gérées ou les empêcher d'acquérir la taille critique en s'alliant avec d'autres entreprises, ce qui est la moindre des choses dans l'économie mondialisé. En investissant dans des entreprises inaptes à la mondialisation, la Caisse des Dépôts et Consignations va perdre de l'argent au lieu de faire fructifier l'épargne des Français en toute sécurité.

Elle en perdra davantage au début de l'année prochaine quand une baisse drastique des taux d'intérêts servis sur les livrets incitera les Français à lui retirer massivement leur épargne.

Une grotesque "ligne Maginot"

Contrairement à ce que prétendent les thuriféraires élyséens, dont l'incompétence n'a d'égale que la veulerie, le fonds de Sarkozy n'est pas un instrument de modernisation économique. Il s'agit, au contraire, d'une grotesque ligne Maginot financière. Elle sera, comme la précédente, rapidement contournée.

La manipulation budgétaire que représente le transfert d'endettement de l'Etat vers la Caisse des Dépôts s'ajoute à deux autres arnaques d'Etat: retards de remboursements à la Sécurité Sociale des allègements de charges décidés par l'Etat et non-compensation intégrale des transferts de charges imposés aux collectivités territoriales.

Grandiloquent bien que financièrement exsangue, l'Etat prend de l'argent à la protection sociale, aux communes, départements et régions et maintenant aux épargnants.

1) Si le budget de l'Etat était excédentaire, un fonds de vigilance eut été peu efficace mais au moins légitime puisque l'argent mobilisable eut été le fruit d'une gestion avisée.

19.11.2008

DEFICIT: Sarkozy dans le piège mis au point par les conservateurs occidentaux

Le déficit du budget de l'Etat dépassera 51 milliards cette année, soit 10 milliards de plus que ce que prévoit la loi de finances adoptée par le Parlement il y a moins d'un an.
Depuis le début d'exécution - "exécution" est le mot qui convient - du Budget 2008, le gouvernement supervisé par le chef de l'Etat a aggravé le déficit des seules finances de l'Etat d'un milliard par mois.

Le camouflage technique...

La cause de ce phénomène est en apparence d'une grande banalité: en réduisant massivement les impôts le gouvernement s'est privé de recettes. Comme il n' a pas réduit ses dépenses dans les mêmes proportions, il emprunte. L'accumulation des emprunts augmente le volume de la dette publique.

Nicolas Sarkozy se comporte, dans ce domaine comme dans d'autres, en parfait continuateur de Jacques Chirac. Il invoque le même argument, qu'aucun résultat n'est jamais venu valider: diminuer les impôts stimulerait le pouvoir d'achat, donc la consommation, donc la croissance, donc l'emploi.

Ce raisonnement est en réalité le camouflage pseudo technique d'une stratégie idéologique particulièrement sournoise: la droite aggrave délibérément l'endettement de l'Etat afin d'empêcher la gauche de réaliser son programme quand elle accède au pouvoir.

Cette stratégie se vérifie aux Etats-Unis où, depuis Reagan, les administrations républicaines creusent les déficits que les administrations démocrates essaient de combler. Ce qui réduit d'autant les moyens dont elles disposent pour réaliser leurs programmes.

La même stratégie de sabotage est à l'oeuvre en France où, quelle que soit la conjoncture, les gouvernements de gauche s'épuisent à éponger les déficits que les gouvernements de droite ne cessent d'accumuler.

... d'une stratégie d'empêchement budgétaire

Outre sa dimension technique - diminuer les recettes sans vraiment réduire les dépenses - la stratégie d'endettement des pouvoirs conservateurs se double d'un comportement clientéliste en direction des catégories les plus favorisées qui sont les principales, voire les uniques, bénéficiaires des baisses d'impôts. Elle s'appuie surtout sur une remarquable opération d'intoxication: la droite parvient à culpabiliser la gauche en la faisant passer pour laxiste alors que c'est exactement le contraire.

Acceptée et amplifiée par les médias incultes ou complices, l'accusation de laxisme est une manière de camoufler le véritable objectif des conservateurs du monde entier: empêcher toute politique authentique de redistribution des richesses. (C'est à la lumière de cet objectif que la droite s'enracine dans l'essence du conservatisme, même et surtout quand elle prétend incarner le Progrès: conserver les privilèges en perpétuant les inégalités, voire en les aggravant par un partage des richesses plus favorable aux actionnaires qu'aux salariés.) Du coup, la gauche, même quand elle est porteuse d'un projet redistributif raisonnable, ne peut jamais réaliser entièrement la correction des inégalités qu'elle s'était engagée à entreprendre. Elle déçoit ses électeurs qui s'abstiennent et la droite revient au pouvoir afin de préparer l'étape suivante de l'empêchement budgétaire. Cette stratégie est réalisée depuis 1986 en France.

L'empêchement budgétaire que la droite inflige systématiquement à la gauche relativise beaucoup la notion d'alternance démocratique.

Le piège était caché dans la projet de Constitution européenne

C'est le moment de rappeler que le projet de traité constitutionnel rejeté par la Français et les Néerlandais en 2005 prévoyait que l'Union européenne ne pouvait pratiquer que l'économie de marché; ce qui signifie que toute politique économique différente aurait été contraire à la constitution européenne.

Il y avait, cachée dans le volumineux et volontairement illisible, projet de traité constitutionnel, une sacralisation juridique de la stratégie économique d'empêchement budgétaire. De même que les citoyens ne savent pas qu'un gouvernement de gauche est systématiquement mis dans l'impossibilité de réaliser une vraie politique redistributive, les électeurs de mai 2005 n'ont jamais été informés (1) du fait que l'Union européenne allait leur interdire de choisir une autre politique économique que celle des libéraux.

Mais Sarkozy, comme d'habitude, en fait trop

La nouvelle erreur de Nicolas Sarkozy est d'accentuer une stratégie cynique qui a beaucoup servi à Jacques Chirac et dont il a lui-même bénéficié en 2007 face à la candidate socialiste. La gauche étant totalement discréditée et pour longtemps (2), l'actuel locataire de l'Elysée peut envisager sereinement un deuxième quinquennat à partir de 2012. Mais il sera alors condamné à augmenter les impôts sans pouvoir accuser la gauche "redistributrice-laxiste". En effet, d'autres gouvernements conservateurs étrangers auront commis moins d'erreurs que lui: le poids politique de la France en Europe et ailleurs sera gravement affecté par sa vulnérabilité financière (3).

Donc, Nicolas Sarkozy se condamne à augmenter les impôts qu'il a imprudemment diminué en croyant "faire comme Bush" alors qu'en réalité, il pratique une sorte d'hyperchiraquisme budgétaire particulièrement stupide. Le type de stupidité qu'on appelle "politique de Gribouille" ou comment tomber dans le piège conçu pour paralyser l'adversaire. Chirac a pu neutraliser Jospin en 2002 en l'obligeant à avouer que lui, Jospin, socialiste ne mènerait pas une politique socialiste (Les électeurs de gauche n'avaient aucune raison de se mobiliser pour un candidat socialiste qui n'appliquerait pas un programme socialiste: Jospin a été battu dès le premier tour). Mais Sarkozy, lui, se paralyse lui-même tout seul sans l'aide de personne puisqu'il n'aura personne en face de lui.


1) Sauf les lecteurs du "Télégramme" dans la série d'articles qui m'avaient été demandés par la rédaction sur la dimension économique du projet soumis à référendum. Pour le reste, les journalistes n'avaient pas lu le texte de plus de 500 pages et se contentaient de répéter ce que prêchaient les politiciens de droite mais aussi de gauche, dont Ségolène Royal et Martine Aubry. La paresse et le conformisme des journalistes français a produit ce résultat qui en dit long sur la fiabilité de l'information et, donc, la "crise de la presse": 85% d'éditoriaux favorables à la ratification, 55% de Français contre la ratification.

2) La gauche française n'a actuellement que deux personnalités d'envergure présidentielle: Pascal Lamy qui dirige l'Organisation Mondiale du Commerce et Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Ils ne seront jamais reconnus comme tels par l'appareil obsolète du PS; on comprend , d'ailleurs, qu'ils n'aient pas envie de se frotter aux grotesques personnages qui peuplent cet appareil.
Quant à Dominique Strauss-Kahn, il est doublement disqualifié: il s'est laissé expédier au FMI par Sarkozy et il s'est montré incapable de canaliser sa libido dans ses nouvelles fonctions et dans un environnement puritain qu'il était censé connaître.


3) L'abaissement international d'une France budgétairement handicapée et financièrement amoindrie est perceptible dans le comportement d'Angela Markel à l'égard de Nicolas Sarkozy, dans l'évacuation humiliante pour son inspirateur élyséen des notions de "nouveau Bretton Woods" et de "refondation du capitalisme" au G20 des 15 et 16 novembre, sans oublier l'affront infligé au même Sarkozy par Barak Obama. Il a refusé de le recevoir à Chicago le 16 novembre alors que le président français avait fait préparer un plan de vol Washington-Chicago-Paris pour son avion. Il rêvait d'apparaître comme le seul homme d'Etat non américain "consulté" par le futur président des Etats-Unis. Réponse d'Obama:"No way". Du coup, le couple Sarkozy s'est résigné à faire des courses chez Wal-Mart, à New-York.

24.10.2008

Sarkozy parle, les bourses plongent

Si on ajoute aux 360 milliards de garanties et "prises de participations" les dizaines de milliards du Fonds de Soutien aux firmes tricolores menacées d'OPA et le manque à gagner des exonérations de taxe professionnelle, Nicolas Sarkozy a virtuellement dépensé plus de 500 milliards pour sauver le système financier et les entreprises françaises.

Or, phénomène étrange, chaque fois que le locataire de l'Elysée parle en sauveur (1), les bourses - et notamment celle de Paris - s'écroulent. C'est ainsi que l'on pourrait attribuer à l'impromptu élyséen du 4 octobre (avec son communiqué officiel publié à 19h59 afin que les initiatives du Président fassent l'ouverture des journaux de 20 heures) la mésaventure des traders de la Caisse d'Epargne: ils avaient sans doute spéculé sur le fait que le G4 du samedi provoquerait un redressement des indices dans la semaine mais dès le lundi 6 octobre, les indices "dévissaient": 700 millions de pertes.

Un dirigeant anxiogène

Depuis l'inoubliable discours de Toulon, plus Sarkozy parle - et il parle plusieurs fois par semaine - plus la courbe du CAC descend vers le niveau où elle se trouvait il y a vingt ans.

Bien sûr, le président français n'est pas le responsable principal et direct des paniques récurrentes. Celle d'hier, par exemple, a été plutôt provoquée par les avertissements sur résultats des grandes entreprises américaines et européennes. Mais surtout sont apparus en Chine et en Corée du Sud, des signes annonciateurs de récession dans les économies émergentes. Or, il était généralement admis jusqu'ici qu'elles seraient épargnées et qu'elles pourraient être un point d'appui pour une reprise dans le reste du monde.

Il reste que le comportement anxiogène de Nicolas Sarkozy agit simultanément sur deux plans:

1) Conséquences irrationnelles: plus il en rajoute dans les plans de soutien, de sauvetage, et de défense, plus il accrédite le sentiment que la situation est beaucoup plus grave que ce que les discours officiels tentent de faire croire. Pour signifier que cette fébrilité communicative n'est pas digne d'un homem d'Etat, Valéry Giscard d'Estaing est sorti de sa retraite pour suggérer à Sarkozy de se calmer.
Mais la conscience malheureuse, profondément et puérilement inquiète, du locataire actuel de l'Elysée l'amène à se démener davantage, et de plus en plus rageusement, quand la réalité ne lui obéit pas.
C'est ainsi que n'ayant pas réussi à concrétiser son caprice de plan européen de sauvetage copié sur le plan américain, il veut tenter une sorte de "putsch" sur l'eurogroupe quand ses six mois de présidence seront terminés. Colère de tous les autres dirigeants européens.
Pour les punir, le petit Français se fabrique un instrument financier susceptible (croit-il) d'empêcher des firmes européennes de convoiter des firmes françaises. (A noter que dans l'esprit très européen de Sarkozy, les firmes françaises, elles, ont le droit de convoiter des firmes européennes). Ulcérée par le comportement du bonhomme, la chancelière allemande a littéralement convoqué le président en exercice de l'Union, camouflet sans précédent. Le petit Nicolas, boudeur, fait répondre qu'il n'a pas le temps.

L'argent dépensé n'appartient pas à l'Etat

Effets rationnels: Nicolas Sarkozy dépense de l'argent qui n'appartient pas à l'Etat. L'Etat n'a absolument aucun excédent budgétaire qui lui permettrait de jouer le rôle de sauveur dans lequel Sarkozy essaie de se glisser.
Les emprunts que l'Etat "en faillite" selon Fillon va lever sur les marchés internationaux alourdiront une dette publique phénoménale dont les contribuables supporteront la charge.
Le Fonds patriotique de Protection des Firmes Françaises Contre les Firmes de l'Etranger sera gagé sur l'épargne des Français, que la CDC devrait normalement protéger.
La suppression de la taxe professionnelle sur les nouveaux investissements des entreprises n'est pas un manque à gagner pour l'Etat. C'est une recette enlevée aux collectivités locales. (La Cour des Comptes ne cesse de blâmer le gouvernement qui ne rembourse ni la Sécurité sociale ni les collectivités locales quand il puise dans leurs caisses).

La veulerie journalistique piégée

Le plus drôle est que les journalistes asservis se font piéger. Aveuglés par leur veulerie, ils proclament que "la crise financière est derrière nous" pour la seule raison que leur maître a pris la posture du sauveur.
Le ridicule ne tue pas puisqu'ils sont encore très nombreux à se pâmer, de manière un peu obscène quand même, devant ce qu'ils considèrent comme une stature.
Cette stature qui n'est faite que de tics les fascine comme certains personnages de jeux vidéo fascinent les enfants et les attardés. Ils sont creux mais ils bougent tellement. Et puis, "celui qui bouge tout le temps" est encore à l'Elysée pour trois ans et demi. Délai suffisant pour doper quelques mornes carrières de flasques flagorneurs.

(1) le phantasme sarkozien du "sauveur" date de l'affaire de la maternelle de Neuilly quand celui qui était alors maire de la localité s'est jeté devant les caméras de télévision avec des petits enfants sur les bras. D'après la confidence spontanée (non sollicitée par moi) dun magistrat qui était en charge de cette prise d'otages, Sarkozy a plutôt compliqué la situation. ce qu'il continue à faire dans la crise mondiale.

14.10.2008

L'utilité relative de l'Europe et de sa monnaie

Contrairement à l'affichage politique qui en a été donné et qui est passivement relayé par les médias, l'Union européenne et sa monnaie unique n'ont pas servi à grand chose dans la mise au point d'une solution technique provisoire à la dimension financière de la crise.

L'Union européenne

Remarque N°1: Les solutions techniques adoptées dimanche soir n'ont pas été imaginées par l'Eurogroupe. Elles ont été importées de Grande-Bretagne dont le Premier ministre est hostile à l'adoption de la monnaie unique par son pays. Ces solutions ont été expérimentées dans les années quatre-vingt dix en Suède et au Japon. L'Eurogroupe, la Commission européenne et la Banque Centrale n'ont pas eu l'idée de les importer. Il a fallu que Gordon Brown vienne de Londres pour expliquer aux adeptes de la monnaie unique comment son pays a mise en place ce système, sans aucune référence à l'Union européenne.

Remarque N°2: L'adoption par l'Eurogroupe de la solution non-européenne a été réalisée par 15 états souverains et non par une instance européenne. Si l'Union européenne n'existait pas, ces 15 états auraient pu se concerter de la même manière et prendre la même décision.

Remarque N°3:Si l 'Angleterre qui refuse l'euro est venue au secours d'un Eurogroupe qui avait cafouillé une semaine auparavant lors du G4 réuni par le président en exercice de l'Union, elle continue à torpiller au sein de l'Europe toute idée de régulation du système financier. Un membre britannique de la Commission de Bruxelles refuse toute idée de contrôle des hedge funds (fonds spéculatifs) qui ont été et sont encore de puissants relais de la crise financière. Sous l'influence de la Grande-Bretagne et de la Commission, l'Union européenne restera libérale. Quand la grande peur financière sera passée, ce n'est pas d'Europe que viendront les nouvelles régulations mais des Etats-Unis si le candidat démocrate est élu.

Remarque N°4:Le seul avantage de la construction européenne aura été cette présidence tournante qui, assumée par un Nicolas Sarkozy très réactif, a permis d'accélérer la concertation entre les états et d'adresser à partir du 11 octobre à Coloimbey des signaux forts et cohérents aux marchés financiers.

La monnaie unique

Remarque N°5: Contrairement à ce que psalmodiaient les dévots de la monnaie unique, l'euro n'a pas mis l'Union européenne à l'abri d'une crise financière mondiale. On a vu précédemment que l'euro ne protège pas l'Union des hausses de matières premières. L'euro est une facilité mercantile qui ne protège pas l'Europe.

Remarque N°6:En fait, si l'euro protège quelque chose, c'est la fierté nationale française. Sans la monnaie unique - qui est un habillage du deutsche mark monnaie dominante en Europe - le franc aurait été gravement dévalué. En acceptant toutes les conditions d'Helmut Kohl et de la Bundesbank pour que le mark tout puissant se dilue dans un panier de monnaies faibles comme le franc ou la lire, François Mitterrand a rendu un grand service à ses successeurs. Il leur a évité de grosses humiliations.

09.10.2008

Sarkozy a du souci à se faire

Dans un premier temps de la crise, quand elle ne concernait encore que l'économie financière, Nicolas Sarkozy pouvait se réjouir: une application "flexible" du Pacte de Stabilité - prévue par le Traité de Maastricht dans des circonstances exceptionnelles - allait lui permettre de masquer ses échecs:

- accroissement des déficits publics

- alourdissement de la dette nationale

- chute des exportations, donc de la compétitivité de l'économie française qui aurait dû être l'absolue priorité

- pouvoir d'achat amputé par une inflation record

- croissance en baisse

- chômage en hausse

La possibilité de transgresser les fameux critères de Maastricht offrait une alibi laxiste au dispendieux président.

Mais voici que la crise se propage dans l'économie réelle avec une croissance que le FMI prévoit à 0,1 % en 2009. Autrement dit, une récession sévère et longue va hypothéquer le quinquennat.

Comme ce président, ancien secrétaire d'Etat au Budget et ancien ministre de l'Economie, n'a pas fourni beaucoup de preuves de ses compétences en matière économique (baisser systématiquement les impôts des classes supérieures s'apparente plus à la démagogie clientèliste qu'à la compétence), le redressement ne se produira pas de manière évidente avant la fin du séjour de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

A moins qu'à l'instar de Valéry Giscard d'Estaing faisant appel à Raymond Barre "meilleur économiste de France", le président fasse appel à un premier ministre hautement convaincant en matière économique.

Mais alors, cet homme providentiel aura plus de valeur, politiquement parlant, que le président sortant.

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