19.11.2008
DEFICIT: Sarkozy dans le piège mis au point par les conservateurs occidentaux
Le déficit du budget de l'Etat dépassera 51 milliards cette année, soit 10 milliards de plus que ce que prévoit la loi de finances adoptée par le Parlement il y a moins d'un an.
Depuis le début d'exécution - "exécution" est le mot qui convient - du Budget 2008, le gouvernement supervisé par le chef de l'Etat a aggravé le déficit des seules finances de l'Etat d'un milliard par mois.
Le camouflage technique...
La cause de ce phénomène est en apparence d'une grande banalité: en réduisant massivement les impôts le gouvernement s'est privé de recettes. Comme il n' a pas réduit ses dépenses dans les mêmes proportions, il emprunte. L'accumulation des emprunts augmente le volume de la dette publique.
Nicolas Sarkozy se comporte, dans ce domaine comme dans d'autres, en parfait continuateur de Jacques Chirac. Il invoque le même argument, qu'aucun résultat n'est jamais venu valider: diminuer les impôts stimulerait le pouvoir d'achat, donc la consommation, donc la croissance, donc l'emploi.
Ce raisonnement est en réalité le camouflage pseudo technique d'une stratégie idéologique particulièrement sournoise: la droite aggrave délibérément l'endettement de l'Etat afin d'empêcher la gauche de réaliser son programme quand elle accède au pouvoir.
Cette stratégie se vérifie aux Etats-Unis où, depuis Reagan, les administrations républicaines creusent les déficits que les administrations démocrates essaient de combler. Ce qui réduit d'autant les moyens dont elles disposent pour réaliser leurs programmes.
La même stratégie de sabotage est à l'oeuvre en France où, quelle que soit la conjoncture, les gouvernements de gauche s'épuisent à éponger les déficits que les gouvernements de droite ne cessent d'accumuler.
... d'une stratégie d'empêchement budgétaire
Outre sa dimension technique - diminuer les recettes sans vraiment réduire les dépenses - la stratégie d'endettement des pouvoirs conservateurs se double d'un comportement clientéliste en direction des catégories les plus favorisées qui sont les principales, voire les uniques, bénéficiaires des baisses d'impôts. Elle s'appuie surtout sur une remarquable opération d'intoxication: la droite parvient à culpabiliser la gauche en la faisant passer pour laxiste alors que c'est exactement le contraire.
Acceptée et amplifiée par les médias incultes ou complices, l'accusation de laxisme est une manière de camoufler le véritable objectif des conservateurs du monde entier: empêcher toute politique authentique de redistribution des richesses. (C'est à la lumière de cet objectif que la droite s'enracine dans l'essence du conservatisme, même et surtout quand elle prétend incarner le Progrès: conserver les privilèges en perpétuant les inégalités, voire en les aggravant par un partage des richesses plus favorable aux actionnaires qu'aux salariés.) Du coup, la gauche, même quand elle est porteuse d'un projet redistributif raisonnable, ne peut jamais réaliser entièrement la correction des inégalités qu'elle s'était engagée à entreprendre. Elle déçoit ses électeurs qui s'abstiennent et la droite revient au pouvoir afin de préparer l'étape suivante de l'empêchement budgétaire. Cette stratégie est réalisée depuis 1986 en France.
L'empêchement budgétaire que la droite inflige systématiquement à la gauche relativise beaucoup la notion d'alternance démocratique.
Le piège était caché dans la projet de Constitution européenne
C'est le moment de rappeler que le projet de traité constitutionnel rejeté par la Français et les Néerlandais en 2005 prévoyait que l'Union européenne ne pouvait pratiquer que l'économie de marché; ce qui signifie que toute politique économique différente aurait été contraire à la constitution européenne.
Il y avait, cachée dans le volumineux et volontairement illisible, projet de traité constitutionnel, une sacralisation juridique de la stratégie économique d'empêchement budgétaire. De même que les citoyens ne savent pas qu'un gouvernement de gauche est systématiquement mis dans l'impossibilité de réaliser une vraie politique redistributive, les électeurs de mai 2005 n'ont jamais été informés (1) du fait que l'Union européenne allait leur interdire de choisir une autre politique économique que celle des libéraux.
Mais Sarkozy, comme d'habitude, en fait trop
La nouvelle erreur de Nicolas Sarkozy est d'accentuer une stratégie cynique qui a beaucoup servi à Jacques Chirac et dont il a lui-même bénéficié en 2007 face à la candidate socialiste. La gauche étant totalement discréditée et pour longtemps (2), l'actuel locataire de l'Elysée peut envisager sereinement un deuxième quinquennat à partir de 2012. Mais il sera alors condamné à augmenter les impôts sans pouvoir accuser la gauche "redistributrice-laxiste". En effet, d'autres gouvernements conservateurs étrangers auront commis moins d'erreurs que lui: le poids politique de la France en Europe et ailleurs sera gravement affecté par sa vulnérabilité financière (3).
Donc, Nicolas Sarkozy se condamne à augmenter les impôts qu'il a imprudemment diminué en croyant "faire comme Bush" alors qu'en réalité, il pratique une sorte d'hyperchiraquisme budgétaire particulièrement stupide. Le type de stupidité qu'on appelle "politique de Gribouille" ou comment tomber dans le piège conçu pour paralyser l'adversaire. Chirac a pu neutraliser Jospin en 2002 en l'obligeant à avouer que lui, Jospin, socialiste ne mènerait pas une politique socialiste (Les électeurs de gauche n'avaient aucune raison de se mobiliser pour un candidat socialiste qui n'appliquerait pas un programme socialiste: Jospin a été battu dès le premier tour). Mais Sarkozy, lui, se paralyse lui-même tout seul sans l'aide de personne puisqu'il n'aura personne en face de lui.
1) Sauf les lecteurs du "Télégramme" dans la série d'articles qui m'avaient été demandés par la rédaction sur la dimension économique du projet soumis à référendum. Pour le reste, les journalistes n'avaient pas lu le texte de plus de 500 pages et se contentaient de répéter ce que prêchaient les politiciens de droite mais aussi de gauche, dont Ségolène Royal et Martine Aubry. La paresse et le conformisme des journalistes français a produit ce résultat qui en dit long sur la fiabilité de l'information et, donc, la "crise de la presse": 85% d'éditoriaux favorables à la ratification, 55% de Français contre la ratification.
2) La gauche française n'a actuellement que deux personnalités d'envergure présidentielle: Pascal Lamy qui dirige l'Organisation Mondiale du Commerce et Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Ils ne seront jamais reconnus comme tels par l'appareil obsolète du PS; on comprend , d'ailleurs, qu'ils n'aient pas envie de se frotter aux grotesques personnages qui peuplent cet appareil.
Quant à Dominique Strauss-Kahn, il est doublement disqualifié: il s'est laissé expédier au FMI par Sarkozy et il s'est montré incapable de canaliser sa libido dans ses nouvelles fonctions et dans un environnement puritain qu'il était censé connaître.
3) L'abaissement international d'une France budgétairement handicapée et financièrement amoindrie est perceptible dans le comportement d'Angela Markel à l'égard de Nicolas Sarkozy, dans l'évacuation humiliante pour son inspirateur élyséen des notions de "nouveau Bretton Woods" et de "refondation du capitalisme" au G20 des 15 et 16 novembre, sans oublier l'affront infligé au même Sarkozy par Barak Obama. Il a refusé de le recevoir à Chicago le 16 novembre alors que le président français avait fait préparer un plan de vol Washington-Chicago-Paris pour son avion. Il rêvait d'apparaître comme le seul homme d'Etat non américain "consulté" par le futur président des Etats-Unis. Réponse d'Obama:"No way". Du coup, le couple Sarkozy s'est résigné à faire des courses chez Wal-Mart, à New-York.
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24.10.2008
Sarkozy parle, les bourses plongent
Si on ajoute aux 360 milliards de garanties et "prises de participations" les dizaines de milliards du Fonds de Soutien aux firmes tricolores menacées d'OPA et le manque à gagner des exonérations de taxe professionnelle, Nicolas Sarkozy a virtuellement dépensé plus de 500 milliards pour sauver le système financier et les entreprises françaises.
Or, phénomène étrange, chaque fois que le locataire de l'Elysée parle en sauveur (1), les bourses - et notamment celle de Paris - s'écroulent. C'est ainsi que l'on pourrait attribuer à l'impromptu élyséen du 4 octobre (avec son communiqué officiel publié à 19h59 afin que les initiatives du Président fassent l'ouverture des journaux de 20 heures) la mésaventure des traders de la Caisse d'Epargne: ils avaient sans doute spéculé sur le fait que le G4 du samedi provoquerait un redressement des indices dans la semaine mais dès le lundi 6 octobre, les indices "dévissaient": 700 millions de pertes.
Un dirigeant anxiogène
Depuis l'inoubliable discours de Toulon, plus Sarkozy parle - et il parle plusieurs fois par semaine - plus la courbe du CAC descend vers le niveau où elle se trouvait il y a vingt ans.
Bien sûr, le président français n'est pas le responsable principal et direct des paniques récurrentes. Celle d'hier, par exemple, a été plutôt provoquée par les avertissements sur résultats des grandes entreprises américaines et européennes. Mais surtout sont apparus en Chine et en Corée du Sud, des signes annonciateurs de récession dans les économies émergentes. Or, il était généralement admis jusqu'ici qu'elles seraient épargnées et qu'elles pourraient être un point d'appui pour une reprise dans le reste du monde.
Il reste que le comportement anxiogène de Nicolas Sarkozy agit simultanément sur deux plans:
1) Conséquences irrationnelles: plus il en rajoute dans les plans de soutien, de sauvetage, et de défense, plus il accrédite le sentiment que la situation est beaucoup plus grave que ce que les discours officiels tentent de faire croire. Pour signifier que cette fébrilité communicative n'est pas digne d'un homem d'Etat, Valéry Giscard d'Estaing est sorti de sa retraite pour suggérer à Sarkozy de se calmer.
Mais la conscience malheureuse, profondément et puérilement inquiète, du locataire actuel de l'Elysée l'amène à se démener davantage, et de plus en plus rageusement, quand la réalité ne lui obéit pas.
C'est ainsi que n'ayant pas réussi à concrétiser son caprice de plan européen de sauvetage copié sur le plan américain, il veut tenter une sorte de "putsch" sur l'eurogroupe quand ses six mois de présidence seront terminés. Colère de tous les autres dirigeants européens.
Pour les punir, le petit Français se fabrique un instrument financier susceptible (croit-il) d'empêcher des firmes européennes de convoiter des firmes françaises. (A noter que dans l'esprit très européen de Sarkozy, les firmes françaises, elles, ont le droit de convoiter des firmes européennes). Ulcérée par le comportement du bonhomme, la chancelière allemande a littéralement convoqué le président en exercice de l'Union, camouflet sans précédent. Le petit Nicolas, boudeur, fait répondre qu'il n'a pas le temps.
L'argent dépensé n'appartient pas à l'Etat
Effets rationnels: Nicolas Sarkozy dépense de l'argent qui n'appartient pas à l'Etat. L'Etat n'a absolument aucun excédent budgétaire qui lui permettrait de jouer le rôle de sauveur dans lequel Sarkozy essaie de se glisser.
Les emprunts que l'Etat "en faillite" selon Fillon va lever sur les marchés internationaux alourdiront une dette publique phénoménale dont les contribuables supporteront la charge.
Le Fonds patriotique de Protection des Firmes Françaises Contre les Firmes de l'Etranger sera gagé sur l'épargne des Français, que la CDC devrait normalement protéger.
La suppression de la taxe professionnelle sur les nouveaux investissements des entreprises n'est pas un manque à gagner pour l'Etat. C'est une recette enlevée aux collectivités locales. (La Cour des Comptes ne cesse de blâmer le gouvernement qui ne rembourse ni la Sécurité sociale ni les collectivités locales quand il puise dans leurs caisses).
La veulerie journalistique piégée
Le plus drôle est que les journalistes asservis se font piéger. Aveuglés par leur veulerie, ils proclament que "la crise financière est derrière nous" pour la seule raison que leur maître a pris la posture du sauveur.
Le ridicule ne tue pas puisqu'ils sont encore très nombreux à se pâmer, de manière un peu obscène quand même, devant ce qu'ils considèrent comme une stature.
Cette stature qui n'est faite que de tics les fascine comme certains personnages de jeux vidéo fascinent les enfants et les attardés. Ils sont creux mais ils bougent tellement. Et puis, "celui qui bouge tout le temps" est encore à l'Elysée pour trois ans et demi. Délai suffisant pour doper quelques mornes carrières de flasques flagorneurs.
(1) le phantasme sarkozien du "sauveur" date de l'affaire de la maternelle de Neuilly quand celui qui était alors maire de la localité s'est jeté devant les caméras de télévision avec des petits enfants sur les bras. D'après la confidence spontanée (non sollicitée par moi) dun magistrat qui était en charge de cette prise d'otages, Sarkozy a plutôt compliqué la situation. ce qu'il continue à faire dans la crise mondiale.
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14.10.2008
L'utilité relative de l'Europe et de sa monnaie
Contrairement à l'affichage politique qui en a été donné et qui est passivement relayé par les médias, l'Union européenne et sa monnaie unique n'ont pas servi à grand chose dans la mise au point d'une solution technique provisoire à la dimension financière de la crise.
L'Union européenne
Remarque N°1: Les solutions techniques adoptées dimanche soir n'ont pas été imaginées par l'Eurogroupe. Elles ont été importées de Grande-Bretagne dont le Premier ministre est hostile à l'adoption de la monnaie unique par son pays. Ces solutions ont été expérimentées dans les années quatre-vingt dix en Suède et au Japon. L'Eurogroupe, la Commission européenne et la Banque Centrale n'ont pas eu l'idée de les importer. Il a fallu que Gordon Brown vienne de Londres pour expliquer aux adeptes de la monnaie unique comment son pays a mise en place ce système, sans aucune référence à l'Union européenne.
Remarque N°2: L'adoption par l'Eurogroupe de la solution non-européenne a été réalisée par 15 états souverains et non par une instance européenne. Si l'Union européenne n'existait pas, ces 15 états auraient pu se concerter de la même manière et prendre la même décision.
Remarque N°3:Si l 'Angleterre qui refuse l'euro est venue au secours d'un Eurogroupe qui avait cafouillé une semaine auparavant lors du G4 réuni par le président en exercice de l'Union, elle continue à torpiller au sein de l'Europe toute idée de régulation du système financier. Un membre britannique de la Commission de Bruxelles refuse toute idée de contrôle des hedge funds (fonds spéculatifs) qui ont été et sont encore de puissants relais de la crise financière. Sous l'influence de la Grande-Bretagne et de la Commission, l'Union européenne restera libérale. Quand la grande peur financière sera passée, ce n'est pas d'Europe que viendront les nouvelles régulations mais des Etats-Unis si le candidat démocrate est élu.
Remarque N°4:Le seul avantage de la construction européenne aura été cette présidence tournante qui, assumée par un Nicolas Sarkozy très réactif, a permis d'accélérer la concertation entre les états et d'adresser à partir du 11 octobre à Coloimbey des signaux forts et cohérents aux marchés financiers.
La monnaie unique
Remarque N°5: Contrairement à ce que psalmodiaient les dévots de la monnaie unique, l'euro n'a pas mis l'Union européenne à l'abri d'une crise financière mondiale. On a vu précédemment que l'euro ne protège pas l'Union des hausses de matières premières. L'euro est une facilité mercantile qui ne protège pas l'Europe.
Remarque N°6:En fait, si l'euro protège quelque chose, c'est la fierté nationale française. Sans la monnaie unique - qui est un habillage du deutsche mark monnaie dominante en Europe - le franc aurait été gravement dévalué. En acceptant toutes les conditions d'Helmut Kohl et de la Bundesbank pour que le mark tout puissant se dilue dans un panier de monnaies faibles comme le franc ou la lire, François Mitterrand a rendu un grand service à ses successeurs. Il leur a évité de grosses humiliations.
11:25 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.10.2008
Sarkozy a du souci à se faire
Dans un premier temps de la crise, quand elle ne concernait encore que l'économie financière, Nicolas Sarkozy pouvait se réjouir: une application "flexible" du Pacte de Stabilité - prévue par le Traité de Maastricht dans des circonstances exceptionnelles - allait lui permettre de masquer ses échecs:
- accroissement des déficits publics
- alourdissement de la dette nationale
- chute des exportations, donc de la compétitivité de l'économie française qui aurait dû être l'absolue priorité
- pouvoir d'achat amputé par une inflation record
- croissance en baisse
- chômage en hausse
La possibilité de transgresser les fameux critères de Maastricht offrait une alibi laxiste au dispendieux président.
Mais voici que la crise se propage dans l'économie réelle avec une croissance que le FMI prévoit à 0,1 % en 2009. Autrement dit, une récession sévère et longue va hypothéquer le quinquennat.
Comme ce président, ancien secrétaire d'Etat au Budget et ancien ministre de l'Economie, n'a pas fourni beaucoup de preuves de ses compétences en matière économique (baisser systématiquement les impôts des classes supérieures s'apparente plus à la démagogie clientèliste qu'à la compétence), le redressement ne se produira pas de manière évidente avant la fin du séjour de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.
A moins qu'à l'instar de Valéry Giscard d'Estaing faisant appel à Raymond Barre "meilleur économiste de France", le président fasse appel à un premier ministre hautement convaincant en matière économique.
Mais alors, cet homme providentiel aura plus de valeur, politiquement parlant, que le président sortant.
17:35 Publié dans Action publique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.10.2008
Quand les politiques sèment la panique
Depuis le ridicule "somment du G4", qui n'aura servi samedi dernier qu'à donner un peu de matière aux journaux télévisés de 20heures, avec un communiqué publié par l'Elysée à 19h59 (1), les gourous médiatiques déplorent le caractère unilatéral (= égoïste, nationaliste) des mesures prises par différents gouvernements européens.
Les gourous médiatiques, producteurs et diffuseurs d'un "prêt à penser" au rabais, sont désemparés. Ils n'ont cessé de célébrer, notamment en 2005 lors de la campagne référendaire sur le projet de traité constitutionnel, la puissance et la cohérence de l'Union européenne. Ils sont obligés de constater aujourd'hui que cette "construction" est impuissante, sans cohésion ni cohérence.
Voici, selon moi, la raison de leur désarroi.
Libéralisme et sélection naturelle
L'Union européenne est viscéralement libérale. Le projet de traité constitutionnel prévoyait que l'Europe ne pouvait se développer que dans l'économie de marché, ce qui enlevait juridiquement tout autre choix politique aux "citoyens" européens. L'Union européenne, que ses dévots tentent pathétiquement de faire passer pour une construction politique, n'est qu'un espace mercantile. Ce qui n"est déjà pas si mal, compte tenu du passé sanglant de cet espace. Mais le fait est que l'Union est un espace mercantile libéral.
Or, en vertu du libéralisme réel, une crise comme celle qui se déploie en ce moment fonctionne selon la logique de la sélection naturelle dans la théorie de l'Evolution. Les plus faibles tombent, les plus puissants ramassent les débris et recomposent le système. Quand la sélection est achevée, les plus faibles ont été éliminés. Ne survivent que les plus aptes.
Transposée dans l'actualité, cette loi libérale de la sélection naturelle fait disparaître les petits établissements et fragilisent les grosses institutions qui ont commis le plus d'erreurs spéculatives. Les grosses banques qui ont commis moins d'erreurs sont objectivement renforcées. Elles jouent le rôle des prédateurs dans la sélection naturelle. Elles commencent par absorber les petites banques qui n"ont pas commis trop d'erreurs mais qui n'ont pas la taille critique avant de se jeter sur les grosses banques qui ont commis plus d'erreurs qu'elles. Le dépeçage est en cours.
La chute de la banque américaine Lehman Brothers constitue l'épisode emblématique de cette sélection naturellement libérale.
Le double jeu des gouvernements
Cependant, le dépeçage libéral - implacable mais logique - ne convient pas aux élites de chaque pays qui s'appuient sur la puissance de leurs établissements financiers privés afin de disposer d'une influence politique au sein de l'Union. (Il n'est pas indifférent de se souvenir, à ce propos, que les gros intérêts financiers de chaque pays sponsorisent les carrières politiques afin d'être défendus le mieux possible au sein de l'espace libéral mercantile). C'est le sens des mesures unilatérales de soutien aux banques de chaque pays.
Les gouvernements européens - allemands, britanniques, espagnols et français - assument cyniquement une double hypocrisie:
1- ils font semblant de chercher une solution commune tout en agissant pour renforcer leurs établissements financiers nationaux en vue du futur dépeçage européen.
2 - ils font semblant de vouloir protéger les petits déposants et épargnants tout en ne songeant qu'à défendre les intérêts des plus gros établissements financiers privés de chaque pays.
Les ravages du cynisme politique
La conséquence de ce cynisme incontrôlé est désastreuse. Les petites et moyennes banques qui n"ont pas commis d'erreurs spéculatives et qui ne devraient donc pas se sentir menacées par la sélection naturelle du libéralisme deviennent objectivement des proies offertes aux prédateurs renforcés. Panique.
Pire: la méfiance s'installe entre les gros prédateurs eux-mêmes. Ils s'épient, prêts à se jeter sur le rival au moindre signe de faiblesse même relative. Il suffit qu'une grosse banque britannique soit plus soutenue, y compris en euros alors que la Grande-Bretagne ne participe pas à l'union monétaire, que leurs concurrentes allemandes ou françaises pour que celles-ci soient regardées comme une proie potentielle. Panique.
L'agitation de certains politiciens est à proprement parler anxiogène.
(1) Dans leur grotesque imitation de la "com" à l'américaine, les conseillers de l'Elysée ont oublié que leur communiqué de victoire du 4 octobre 2008 à 19h59 est une réplique du débarquement des Marines en Somalie organisé pour l'ouverture des grands journaux télévisés du soir aux Etats-Unis. Avec les mêmes résultats catastrophiques.
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06.05.2008
La faute originelle
Les historiens établiront un jour que l'actuel président de la République a compromis son mandat trois mois après son élection.
En août 2007, alors que s'effectuaient les arbitrages sur le projet de loi de finances pour 2008, l'Exécutif s'est divisé entre les partisans d'une politique économique de l'offre (François Fillon, Christiane Lagarde) et les tenants d'une relance par la demande intérieure (Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino). Quelques mois plus tard, le chef de l'Etat devait prononcer sur un ton bravache cette phrase terrible: " L'économie de l'offre, je ne sais pas ce que c'est. Il faudra qu'on m'explique..." En août 2007, il a imposé une relance budgétaire par la consommation qui n'aura servi à rien et qui hypothèque désormais toutes les décisions économiques importantes.
La phrase "L'économie de l'offre, je ne sais pas ce que c'est." est affligeante pour trois raisons:
1 - L'économie de l'offre est celle qui convient le mieux à la mondialisation puisqu'elle consiste à mettre les entreprises en état d'offrir au marché intérieur et à l'étranger les produits et les services qui se vendent le mieux. Une économie de l'offre qui marche bien limite les importations et stimule les exportations. Elle produit de la richesse, ce qui est la définition de la croissance. La croissance crée de l'emploi et procure à l'Etat ainsi qu'au système de protection sociale des ressources importantes sans accroissement des prélèvements obligatoires.
2 - Que le chef de l'Etat, ancien ministre du Budget et ancien ministre de l'Economie, proclame ne pas connaître une telle solution est à la fois révélateur et inquiétant. Nicolas Sarkozy se targue de ne pas être un intellectuel. Il faut désormais comprendre qu'il est inculte. Or, qu'un président français soit moins lettré que Charles de Gaulle, Georges Pompidou ou François Mitterrand ou moins mathématicien que Valéry Giscard d'Estaing c'est fâcheux pour l'amour-propre national. Mais il y a pire et c'est désormais un fait : celui que les Français ont installé a l'Elysée n'avait pas et n'a toujours pas de vision économique. Il n'y a pas de "grand dessein présidentiel", comme on disait naguère quand la politique était l'ajustement de l'action à une vision de l'avenir. Pas de vision, pas de dessein. Juste une logorrhée de bonimenteur utile au camouflage de réflexes clientèlistes - cadeaux fiscaux - qui ramènent la notion de rupture à un inavouable chiraquo-sarkozysme.
3 - Avoir renoncé à l'économie de l'offre, c'est mentir sur les plus hautes intentions affichées par l'actuel locataire de l'Elysée. Une réforme n'a de sens que si elle a des objectifs clairs. Si les réformes brandies, réalisées ou en cours n'ont pas pour objectif d'adapter la France à la mondialisation par l'économie de l'offre, elles n'ont pas de sens. Ou alors elles ont un sens caché, comme le contentement prioritaire des actionnaires, ce qui fut le credo idéologique de Margaret Thatcher, désastreux pour l'économie britannique. Il est possible que Nicolas Sarkozy soit chiraquien par son clientèlisme fiscal et thatchérien par une inclination quasi religieuse pour l'accumulation de richesses par les possédants.
Le résultat est que plus les gens de l'Exécutif prononcent le mot "réforme", vidé de son sens, plus il apparaît que le président de la République est un chef de projet sans projet avouable.
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28.04.2008
Les mensonges qui érodent la démocratie
Contrairement à ce proclamaient les politiciens et les médias il y a quelques années, la monnaie unique européenne ne protège pas les Européens contre les bouleversements économiques mondiaux.
Les adulateurs de l'euro répétaient que la fusion des monnaies nationales en une unité de compte continentale ferait baisser le chômage et les prix. Une argumentation d'apparence rationnelle assénait comme un dogme l'idée que l'intensification des échanges commerciaux ne pouvait que créer des emplois, que l'essor mercantile serait réservé aux salariés et consommateurs du Marché Unique et que ce paradis de la consommation et du plein emploi serait éternellement soustrait aux néfastes influences du dollar et du yen.
Entonnés comme des cantiques par des prêcheurs se prévalant de l'onction du suffrage universel et psalmodiés par des journalistes en pâmoison idolâtre, ces discours n'étaient que de croyances religieuses. Elles suintaient d'une vieille mystique: la construction européenne.
Dans les faits, dans la vie quotidienne des Européens, l'euro n'a pas réduit le chômage. Il est désormais admis que son avènement a provoqué une hausse des prix. Il est aujourd'hui patent que la monnaie unique ne soustrait pas les Européens aux conséquences négatives des mutations mondiales.
Le meilleur exemple concret du mensonge religieux sur les vertus de la monnaie unique est celui du triangle "Dollar-Pétrole-Euro". Les Etats-Unis font baisser la valeur de leur monnaie, qui est aussi l'unité de compte planétaire En réaction, pour ne pas être lésés par cette dévaluation, les pays producteurs de pétrole et de gaz augmentent le coût de leurs ressources exportables. Logiquement, la réévaluation relative de l'euro devrait annuler les effets de la dialectique dollar-pétrole. L'euro n'absorbe pas cette hausse. Il n'a donc pas l'efficacité promise.
Deux conclusions peuvent être tirées de cet échec silencieux:
- l'économie n'est pas une science puisque les théories qu'elle énonce ne se vérifient pas.
- l'exploitation par les politiciens prêcheurs et par les médias béats des failles de cette fausse science débouche sur un système de croyances qui autorise tous les mensonges. Ces mensonges rongent lentement mais sûrement un des fondements de la démocratie: l'honnêteté intellectuelle des élites.
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18.04.2008
L'ineptie de Christine Lagarde
Peu courageuse dans sa posture ministérielle (1) et pas convaincante du tout dans ses prévisions économiques (2), Christiane Lagarde vient de proférer sur les chômeurs âgés des affirmations que l'on peut inscrire à l'inventaire du cynisme gouvernemental ou classer au rayon des inepties.
38% de vieux salariés en France contre 50% en Europe
Annoncer que les chômeurs âgés de plus de cinquante sept ans ne seront plus dispensés de recherche d'emploi relève d'un insupportable cynisme quand on sait que les entreprises françaises se débarrassent de cette catégorie de salariés afin de réduire la masse salariale. Les "vieux" qui, avec leur ancienneté et leur qualification, perçoivent les salaires les plus élevés sont mis au chômage et remplacés (ou non) par des jeunes moins bien payés pour accroître les profits et les dividendes. Avec un taux d'emploi de 38% contre 50% pour la moyenne européenne, la France est le pays utilise le moins le savoir-faire de ses salariés âgés.
Les entreprises améliorent leurs profits en se débarrassant des vieux
Ce qui est odieux dans le "raisonnement" de cette piètre ministre, c'est que s'il y a effectivement un sous-emploi spécifiquement français des salariés âgés, il ne peut être réglé qu'en obligeant au préalable les entreprises à conserver ou à embaucher des gens de cette catégorie. La solution est connue mais pas appliquée: pénalités fiscales pour les entreprises qui se débarrassent de leurs vieux salariés. Les pénalités doivent même être puissamment dissuasives: une entreprise perd de l'argent si elle licencie un salarié âgé de plus de 55 ans. Cette disposition peut même être complétée par une incitation: un avantage fiscal à celles qui embauchent des "vieux" entre 55 et 65 ans.
Un raisonnement qui pousse aux suicides
Ce dispositif n'existe pas et c'est pourquoi Christine Lagarde s'exprime de manière odieuse. Martine Aubry, elle, avait eu le courage d'interdire aux entreprises le recours au Fonds des Retraites pour faire financer les licenciements déguisés des employés grisonnants. La réalité est qu'un vieux travailleur éjecté du marché du travail n'a aucune chance de retrouver un emploi. Reçu par des employés de l'ANPE qui compatissent, il est voué à attendre la fin officielle de son employabilité. Si l'ineptie de Mme Lagarde devient réalité, il y aura une vague de suicides chez des salariés coincés entre le rejet et la perte de leur indemnité de survie.
Incompatibilité entre la licenciement des vieux et la durée de cotisation pour la retraite
Comme souvent au sein de l'Executif actuel, le cynisme masque une impuissance: il y a incompatibilité entre le fait que des vieux salariés soient licenciés et la volonté du gouvernement d'allonger la durée de cotisation pour la retraite. On ne peut pas obliger les gens à cotiser plus longtemps et les empêcher de cotiser en les empêchant de travailler. Cette contradiction, Christine Lagarde se garde bien de l'imputer aux entreprises qui "jettent leurs vieux". Elle préfère culpabiliser les victimes des licenciements. Ce qui en dit long sur ce qu'elle est et surtout ce qu'elle attend du patronal quand son incompétence ministérielle aura été reconnue et sanctionnée.
Si Christine Lagarde passaitr à l'acte, il y aurait 400 000 chômeurs de plus d'un seul coup
Mais la désolante ministre est aussi inepte que cynique. Si ses déclarations entraient immédiatement dans les faits, le nombre de chômeurs augmenterait automatiquement de 400 000. Car, autre hypocrisie dont profitent tous les gouvernements depuis 1985, les vieux chômeurs dispensés de recherche d'emploi ne figurent pas dans les statistiques du chômage. Les entreprises les éjectent pour améliorer leurs profits mais ces drames humains ne gênent pas les gouvernements puisqu'ils ne sont pas comptabilisés. Ce sont des chômeurs désespérés mais des fantômes statistiques.
Comme Nicolas Sarkozy ne tient pas à ce que les statistiques du chômage augmentent de 400 000 demandeurs d'un seul coup, il a ordonné à la pauvre de Christine Lagarde de préciser que sa réforme, ça sera pour plus tard. Elle s'est exécutée, comme d'habitude, mais cela n'enlève rien au caractère ignoble de son raisonnement.
1) Ses prises de position, tout au long de l'automne et de l'hiver, ont été démenties à plusieurs reprises dans des conditions humiliantes qui auraient amené toute personne ayant un peu de dignité à démissionner immédiatement.
2) Tous les ministres des finances sont obligés d'euphoriser leurs prévisions afin de ne pas répandre le pessimisme parmi les acteurs économiques. Elle est la seule à ne vraiment pas croire à ce qu'elle annonce mais à l'annoncer avec une troublante application. Comme si elle avait peur de perdre sa place si elle trahissait son manque de conviction(s). C'est tellement peu crédible qu'il est le plus souvent demandé à Eric Woerth de redonner un peu de crédibilité à la parole de Bercy.
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17.04.2008
Sarkozy sous "l'effet papillon"
La disparition d'Edward Lorenz, vulgarisateur de la Théorie du Chaos vient à point pour rappeler que dans les sciences physiques comme dans les faits sociaux, donc économiques et politiques, les conditions initiales d'une dynamique déterminent le comportement de cette dynamique.
Appliquée aux actes inauguraux de l'actuel président de la République, l'analyse des conditions initiales montre que Nicolas Sarkozy a faussé trois variables décisives:
- il a dépensé 15 milliards à un moment où le rythme de la croissance ne justifiait pas une relance de cette ampleur. Créer les conditions favorables à une entreprise réformatrice aurait consisté, au contraire, à utiliser cet argent pour compenser, à partir de maintenant, le ralentissement de l'activité économique.
- il a engagé des réformes dont certaines sont formellement réussies mais qui n'ont encore aucune valeur pédagogique: le service minimum en cas de grèves dans les transports en commun et la réforme des régimes spéciaux de retraite ne prouvent pas - et ne prouveront pas avant longtemps - que les décisions de Nicolas Sarkozy permettent à la France de s'adapter aux nouvelles conditions de l'économie mondiale.
- contraint par sa dépense fiscale de 15 milliards de réaliser des économies dans l'urgence, c'est à dire sans discernement ni planification, il ampute prioritairement les dépenses de redistribution, celles qui empêchent la société française de se désagréger dans les inégalités et les tensions.
Ces trois erreurs cumulées rendent de plus en plus aléatoire la réalisation de réformes pourtant nécessaires, urgentes et douloureuses.
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16.04.2008
Panique au sommet
Il n'y a pas d'autre explication que la panique pour essayer de donner un peu de sens au comportement actuel du pouvoir.
A l'origine de cette soudaine fébrilité budgétaire, la déclaration insultante du ministre allemand de l'Economie déplorant en public que la France se montre décidément incapable de maîtriser ses déficits.
Cette gifle a fait comprendre à Nicolas Sarkozy que l'Allemagne risque de lui gâcher ses six mois de présidence de l'Union européenne. Il essaie donc de faire croire que la France redevient sérieuse. Mais il est lié par ses précédents engagements de dépenses et il 'a aucune stratégie économique. D'où les premiers cafouillages:
François Fillon annonce 5 milliards d'économies. Nicolas Sarkozy en prévoit 7 milliards. Eric Woerth rectifie à deux reprises: 10 milliards, puis 40 milliards sur trois ans. Plus récemment, le sénateur UMP Philippe Marini estimait qu'avant de faire des économies sur les prochains budgets, il faudrait combler le déficit actuel tout en finançant les nouvelles dépenses engagées par le président de la République. Selon lui, il faudrait trouver 80 milliards pour que les finances publiques françaises soient en équilibre, comme promis, en 2012.
Nicolas Sarkozy, François Fillon, Christine Lagarde et Eric Woerth savent que c'est impossible. Pourtant, ils doivent faire semblant d'y croire, au moins jusqu'à la fin d'une présidence européenne qui devrait permettre à Nicolas Sarkozy d'atténuer la gravité de son échec économique en France. D'où le "spectacle" suivant:
Annonce de la suppression de la carte SNCF de réduction pour les familles nombreuses, annonce du non-remboursement des soins optiques et des soins dentaires, annonce d'une réduction des allocations familiales pour les adolescents, annonce d'un contrôle accru des chômeurs pour amplifier les radiations et diminuer les prestations UNEDIC.
Toutes ces annonces sont systématiquement démenties. Mais toutes - sauf celle qui concerne les chômeurs - ont jeté un grand trouble dans l'électorat de droite car ces annonces "pour faire croire à l'Allemagne que la France va enfin faire des économies" se concentrent sur la famille et sur les personnes âgées, thèmes favoris de la Droite.
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